Vivre sans télévision, c'est possible, et on survit bien...

Publié le par dan29000

 

 

 

 

Libertés
Ils vivent sans télévision - et s’en portent bien

De plus en plus de gens vivent sans télévision. Un sociologue, Bertrand Bergier, a enquêté. Sans télévision, mais pas sans écran : Internet remplace la petite lucarne.

Bertrand Bergier - Lexpansion.com

 


Ils font partie des 2% de Français qui ne regardent pas la télévision, pour la bonne raison qu’ils n’en ont pas. Bertrand Bergier, sociologue, professeur à l’université catholique de l’Ouest et professeur associé à l’université de Sherbrooke, directeur de recherche à l’université de Nantes, a rencontré durant trois ans 566 ménages "sans télé". Il a tiré de cette enquête un livre, Pas très cathodique (Editions Eres), dans lequel il évoque notamment une catégorie de population, les "natifs du numérique", pour laquelle internet a remplacé l’écran de télévision. Il nous éclaire sur cette nouvelle tendance, annonciatrice pour lui d’un mouvement de fond.



Quelle part de la population rencontrée lors de votre enquête ne possède pas de téléviseur parce qu’elle se reporte sur internet ?

Environ 25%. Sur le total des personnes que j’ai interrogées, 13% a reçu l’absence de téléviseur en héritage, leurs parents n’avaient pas la télé. Ce sont surtout des gens nés avant 1955. 17% vont tantôt l’avoir, tantôt s’en débarrasser. Ce sont des gens nés généralement entre 1955 et 1975. Enfin, 70% sont dans un comportement de rupture. C’est parmi ces derniers que l’on trouve les 25% de "natifs du numérique".

Qu’est-ce qui les caractérise ?

Ils ont entre 25 et 35 ans. Loin d’être coupés du monde, ils sont surconsommateurs de loisirs et de culture et ont un agenda plutôt saturé. La mise à l’écart de la télévision ne signifie pas un rejet de la culture de l’écran. Je me rappelle que dans un foyer, il y avait Télérama sur la table du salon. Ils s’en servaient pour les offres culturelles mais aussi pour regarder les programmes TV ! Cela donnait de bonnes raisons au père de ne pas avoir la télé, et permettait aux enfants de se tenir au courant de ce qui s’y passait pour en parler à l’école. Je n’ai pas observé chez eux de discours idéologique anti-télé. Pour eux, la télévision est simplement tombée en désuétude. Ils ne voient pas ni quand ni pourquoi la regarder. Ce sont des précurseurs.

Pourquoi pensez-vous qu’il s’agit d’une avant-garde ?

Mon travail de recherche converge avec les résultats de l’enquête Donnat sur les pratiques culturelles des Français, réalisée tous les dix ans. Pour la première fois depuis l’arrivée de la télévision dans les foyers, le temps que les Français lui consacrent a cessé d’augmenter, il a même diminué chez les jeunes. La durée moyenne d’utilisation des nouveaux écrans est de 21 heures chez les 15-24 ans contre 16 heures consacrées à la télévision. Sous sa forme radicale, celle de l’abandon, cette tendance annonce un mouvement de fond générationnel, qui voit les natifs du numérique investir massivement les nouveaux écrans au détriment du temps passé devant le téléviseur.

Nouveaux écrans, mais pas forcément nouveaux contenus, car les programmes de la télévision peuvent être regardés sur internet...

Ils ne se mettent pas devant la télé en se disant "je vais regarder ce qu’il y a". Ils ne consomment pas les programmes sous forme de flux, mais peuvent consommer quand même des programmes que l’on trouve à la télévision. De toute façon, aujourd’hui la convergence est telle que tout se recoupe.

S’ils regardent les mêmes contenus, ne pas avoir la télévision n’a rien de valorisant socialement ?

Avant, dire que l’on n’avait pas la télé était un signe distinctif qui procurait des bénéfices. Eux n’en tirent effectivement pas de bénéfices. Ils sont juste dans une génération où l’écran d’internet a pris toute la place. Il faut nuancer pour les enfants de ces ménages. Un quart des adolescents vivant dans des foyers sans télé le vivent négativement, comme une absence de marquage social. Les 75% restant s’y retrouvent et même le mettent en avant. Plus les enfants sont jeunes, plus ils le vivent mal. C’est le cas pour 77% des enfants scolarisés en primaire. Pour eux, la compensation par internet ne fonctionne pas.

Sans télé, pas non plus de home cinema, de très grand écran... Ce sont des gens que cela n’intéresse pas ?

Comme je l’ai dit, ils cumulent les loisirs. Ils vont plus souvent au cinéma que la moyenne.

En même temps tous ces équipements coûtent cher. Quelle est la part de l’argent dans la décision de ne pas avoir de téléviseur ?

Parmi cette population de réfractaires, il n’y a pas que des bobos, des enseignants et des cadres supérieurs. 15% sont ouvriers ou employés. Certains d’entre eux sont entrés dans la vie active avec l’idée d’avoir la télévision, mais ils ont fait passer des dépenses plus utiles en priorité. Ils m’ont expliqué comment ils avaient fait l’apprentissage d’un quotidien sans télé. Finalement, ils choisissent moins de ne pas l’avoir que de prolonger son absence.

Propos recueillis par Raphaële Karayan


Source : http://www.lexpansion.com/high-tech...


Publié dans écrans

Commenter cet article