Voir et pouvoir : qui nous surveille ? de Jean-Gabriel Ganascia

Publié le par dan29000

En ces temps de société chaque jour un peu plus sécuritaire, imposée par des élus surfant sur les peurs engendrées par des médias manipulateurs, les livres sur la surveillance généralisée, les dispositifs technologiques, les fichiers, les services spécialisés de l'Etat de plus en plus orwellien ne manquent pas, et c'est tant mieux.

 

Mais qu'en est-il de la "sousveillance" ?

 

Ce livre soulève cette question à juste titre.

 

La réflexion de l'auteur par de Neda. Neda, 26 ans, étudiante en philosophie, tuée d'une balle dans le thorax par la milice paramilitaire Bassidj en Iran. Grâce à Twitter, le tragique événement fut instantanément relayé dans le monde entier, presque en direct. Rapidement elle est devenue le symbole de la protestation démocratique dans ce pays asservi par les mollahs.

 

L'auteur est professeur d'informatique à l'Université Pierre et Marie Curie, poursuivant des recherches au LIP6 (Laboratoire d'informatique de Paris6) sur l'intelligence artificielle et la modélisation congnitive. Il a aussi publié "L'âme machine" au Seuil, et "Les sciences cognitives" au Pommier poche.

 

L'épisode de Neda semble illustrer le fait que la dépendance entre pouvoir et regard serait inversée. Dans la logique classique de surveillance, celui qui voyait avait le pouvoir. Pensons aux sociétés totalitaires de l'Est ou aux dictatures militaires d'Amérique du sud...Dans la nouvelle logique de sousveillance, ceux qui ont le pouvoir attirent le regard. Le livre va donc explorer les conséquences éthiques et aussi politiques d'une généralisation de la sousveillance à la planète entière.

L'auteur revient, à juste titre sur le très fameux Panopticon, symbolique de la société de surveillance. D'après lui, celui-ci  cède plus ou moins le pas à un nouveau dispositif, le Catopticon.

Bien entendu nous sommes depuis longtemps conscient des dangers de la surveillance généralisée. Mais sommes-nous réellement armés contre la sousveillance généralisée ? Elle pourrait d'après l'auteur se révéler encore plus injuste et inégalitaire que la surveillance.

 

En fin de volume, Ganascia pose une question qui fait froid dans le dos.

1984 est-il derrière nous ou devant nous ?

L'aspiration  à la transparence se manifeste déjà dans toute la société contemporaine, de Twitter à Facebook, en passant par certaines émissions de téléréalité. Il est donc vrai que les théories actuelles de l'information et de la communication sont un peu insuffisantes pour aborder la dimension éthique de notre infosphère.

 

Dan29000

 

Voir et pouvoir : qui nous surveille ?

Jean-Gabriel Ganascia

Editions Le pommier

Collection : les essais du Pommier !

2009 / 255 p / 20 euros 

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