Web résistance : Telecomix, hackers libertaires

Publié le par dan29000

Telecomix, hackers libertaires

Ce groupe d'activistes européens lutte pour la liberté d'expression. À son tableau de chasse : rétablissement d'internet en Égypte et mise en échec de la censure syrienne. Rencontre à visage couvert.

  • 29/03/12
  • Par Boris Manenti,
    Journaliste

 

 

 

"Je n'aime pas le téléphone, je préfère que l'on se voit." Okhin, trentenaire parisien, est accoudé, quelques jours plus tard, à un bar. Derrière son look de geek se cache "un agent de Telecomix". Depuis plus d'un an, cet informaticien – qui refuse de donner son nom – officie avec ce groupe de hackers anarchiques pour "aider les gens à communiquer sans crainte grâce à un internet libre et ouvert".

Nous venons en paix, annonce Telecomix, défenseur d'une liberté pour tous, hommes et ordinateurs."

Une douceur apparente pour un groupe qui réunit 200 à 250 hackers "bénévoles", principalement en Europe occidentale, mais dont les actions n'en sont pas moins redoutables. Là est toute la différence avec les célèbres Anonymous. Les vengeurs masqués préfèrent le coup d'éclat informatique en attaquant des sites web tandis que Telecomix prône l'action réfléchie et durable.

C'est en avril 2009 que naît cette tribu imaginée par les Suédois du Parti pirate, créateurs également du site de téléchargements The Pirate Bay, pour peser sur les négociations du Paquet Telecom, loi européenne sur la régulation des réseaux. Avec le Printemps arabe, le groupe évolue vers un hacktivisme plus franc et organise des piratages informatiques pour défendre la liberté d'expression.

"Oui, les États peuvent couper internet !"

Okhin de Telecomix, vu de dos lors d'une rencontre avec des journalistes (Ophelia Noor/Flickr)

Dans sa structure, Telecomix ressemble à une désorganisation, sans chef, sans porte-parole, sans calendrier d'actions. Une nébuleuse anarchique fédérée sur des forums de discussions. Les actions les plus notables de ces hackers originaux ont lieu au Moyen-Orient.

Début 2011, alors que la contestation monte en Égypte, Hosni Moubarak décide de couper internet et les réseaux de téléphonie mobile dans tout le pays afin d'endiguer les rassemblements place Tahrir. "Nous avons été très choqués par ce black-out", raconte Okhin. "Une réalité s'est imposée : oui, les États peuvent couper internet !" Telecomix a alors mis à disposition de vieux modems pour reconnecter les Égyptiens à un web rustique mais fonctionnel.

Quelques mois plus tard, l'attention se concentre sur la répression en Syrie. "Nous avons découvert que le régime syrien surveillait tous les faits et gestes des internautes", se remémore Okhin. "Nous avons alors détourné l'infrastructure du pays pour rediriger tout le trafic syrien vers notre portail d'informations." Dès qu'un internaute se connectait, il était redirigé vers un site de Telecomix qui expliquait comment contourner la surveillance en place. Grâce aux contacts noués, les hackers s'activent à seconder des journalistes ou des organismes de défense des droits de l'homme dans une Syrie coupée du monde, secondant.

"Telecomix apporte un soutien technique sur place et sort des informations en complément des médias traditionnels", s'enthousiasme Lucie Morillon de Reporters sans Frontières.

"Nous ne sauvons pas le monde..."

Le logo de Telecomix (Capture d'écran)Les agents de Telecomix participent à tous les mouvements contestataires mais gardent la tête froide. "Nous ne faisons pas la révolution. Nous donnons simplement des outils", résume Okhin. Les hackers apportent avant tout une expertise technique, sans se poser en cyberjusticiers. "Ce n'est pas une question de bien ou de mal, mais plutôt de bousculer l'ordre établi. Nous ne sauvons pas le monde, mais aidons les gens à communiquer librement", poursuit Okhin.

Les États regardent d'un œil circonspect ces anarchistes numériques. Si les initiatives au Moyen-Orient sont fédératrices, les gouvernements occidentaux apprécient peu que Telecomix s'acharne à conserver des copies de sites interdits. Le groupe de hackers a dupliqué Copwatch, site dénonçant les violences policières, après qu'il ait été interdit par le ministère de l'Intérieur français pour fichage de policiers. "C'est le jeu du chat et de la souris, s'amuse Okhin. Une donnée ne doit jamais être supprimée et doit circuler."

Quel avenir pour ces altermondialistes numériques ? "Difficile à dire… Nous sommes devenus une grande bande de potes, toujours curieux et prêts à filer un coup de main", conclut Okhin, renvoyant au projet We Rebuild ("Nous reconstruisons") qui centralise les actions passées et en cours de Telecomix.

 

 

Source : Nouvel obs

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