Wikileaks statelogs : les documents arrivent toujours malgré la chasse à l'homme

Publié le par dan29000

 

 

 

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SOURCE / LE MONDE


WikiLeaks : Moscou, une ville criminelle


L'ambassade américaine à Moscou a longuement décrit les strates de la corruption dans la capitale russe dans un télégramme du 12 février 2010, obtenu par WikiLeaks et consulté par Le Monde.

Sept mois avant l'éviction de son maire, Iouri Loujkov, par le président Dmitri Medvedev, une note indique : "Les analystes identifient une structure à trois niveaux dans le monde criminel de Moscou. Loujkov se trouve à son sommet. Le FSB [service de sécurité, ex-KGB], le MVD [ministère de l'intérieur] et la milice se trouvent à un second niveau. Enfin, les criminels ordinaires et les inspecteurs corrompus sont au niveau le plus bas. Il s'agit d'un système inefficace dans lequel des groupes criminels remplissent le vide dans certains domaines car la ville n'assure pas certains services."

S'appuyant sur différentes sources, l'ambassade rappelle une évidence connue de tous à Moscou : il est nécessaire d'avoir une protection ("krycha", soit un toit) pour pouvoir se lancer dans une affaire d'envergure dans la capitale.
Article paru dans l'édition du 03.12.10

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WikiLeaks : le travail des organisations internationales en question

 
Les organisations comme le FMI, la Banque mondiale ou la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ont été la cible d'un télégramme incisif, le 21 août 2009, de l'ambassade américaine à Moscou, obtenu par WikiLeaks et révélé par Le Monde, qui narre une mission d'un représentant du comité des affaires étrangères du Sénat.

L'ambassade s'interroge sur l'efficacité de ces institutions dans les réformes en Russie, et notamment dans la modernisation des infrastructures. Une des raisons pour soulever cette question, souvent posée au début des années 1990 en Russie, était alors l'annonce, en juillet 2009, par la BERD, d'un crédit sans précédent d'un milliard de dollars au monopole public des chemins de fer russe.

L'ambassade se demande pourquoi "un créditeur net comme la Russie, avec d'énormes exportations pétrolières et un fonds de réserve, devrait recevoir 42 % des prêts de la BERD, dont le plus grand jamais consenti". La banque a répondu qu'il s'agissait d'accompagner la transition du conglomérat vers un modèle commercial moderne. "Un plus large impact sur l'économie aurait pu être obtenu avec un plus grand nombre de petits crédits régionaux à des entités qui en sont affamées."

Autre interrogation américaine : pourquoi un milliardaire russe, Vladimir Yevtouchenkov (classé au 77e rang sur la liste des fortunes de Forbes l'an passé), a-t-il bénéficié d'un crédit de 120 millions d'euros un mois plus tôt pour l'une de ses compagnies ?

 

 

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WikiLeaks : les choix de M. Sarkozy pour l'Afghanistan


La France restera engagée en Afghanistan "jusqu'à la fin", déclare en janvier 2010 Bernard Kouchner, alors ministre des affaires étrangères, recevant à Paris le secrétaire américain à la défense, Robert Gates. Les documents obtenus par WikiLeaks et consultés par Le Monde montrent que ce message a été constamment envoyé aux Américains : la France sera en Afghanistan un allié sur la longue durée.

Mais ils montrent aussi à quel point des considérations d'ordre électoral, et le souci de ménager l'opinion publique française, ont pesé sur l'approche de Nicolas Sarkozy. Préoccupé par l'impopularité de cette guerre, l'Elysée incite Washington à multiplier les déclarations publiques assurant que les alliés européens sont bel et bien consultés sur la stratégie d'ensemble.

C'est notamment le cas en 2008, alors que M. Sarkozy a décidé d'envoyer environ 1 000 soldats supplémentaires (le contingent est aujourd'hui officiellement de 3 750 hommes). "Tous les officiels français ont demandé que les Etats-Unis aident à convaincre l'opinion publique" que "les alliés ont une influence sur la stratégie civile et militaire", écrit l'ambassade américaine le 28 octobre.

MÉNAGER CEUX QUI ONT CRITIQUÉ LE RETOUR DANS L'OTAN

La demande devient plus pressante encore après la mort de dix soldats français tombés dans une embuscade dans la vallée d'Ouzbine, en août 2008, qui provoque une onde de choc. Les télégrammes ne dévoilent pas les dessous de ce drame, mais mentionnent une livraison en urgence de "50 postes de radios supplémentaires " américains aux troupes françaises.

A l'automne 2009, l'administration Obama demande aux alliés de nouvelles contributions de troupes. M. Sarkozy répond par la négative. "Pas un seul soldat combattant" de plus, dit-il à la télévision. Les conseillers de l'Elysée expliquent à leurs interlocuteurs américains que M. Sarkozy doit ménager ceux qui, "au sein de son camp politique, ont critiqué le retour de la France dans l'OTAN", en avril 2009. La perspective des élections régionales de mars 2010 pèse beaucoup, ajoutent-ils. Les documents américains évoquent aussi "les ressources financières limitées" de la France.

 

 Les responsables américains espèrent néanmoins que M. Sarkozy changera d'avis. Le chef d'état-major de l'armée française, Jean-Louis Georgelin, discute à Paris d'un scénario d'accroissement du contingent français avec son homologue américain, Mike Mullen.

"LA FLATTERIE MÈNERA TRÈS LOIN"

M. Sarkozy "a été jusqu'à récemment un vrai atlantiste", mais "il cherche actuellement à se distancer des Etats-Unis et à améliorer sa popularité", dit le général Georgelin, selon un document daté du 25 novembre. Un appel téléphonique de Barack Obama au président français pourrait selon lui avoir un impact décisif : "Le président Obama doit faire la demande maintenant (…). Il doit parler au président Sarkozy et, dans ce cas, la flatterie mènera très loin."

L'amiral Mullen demande 2 000 soldats supplémentaires à la France (et non 1 500, comme le disaient des médias à l'époque). En entendant ce nombre, "les Français ont ri nerveusement", écrit un diplomate américain. "Le général Georgelin a répondu que le nombre discuté au sein de l'état-major français avait été d'environ 1 500. C'est un nombre important pour les Français, mais il est envisageable, étant donné la taille des forces françaises et la réduction de leur présence outre-mer", ajoute le document.

M. Sarkozy a, en tout cas, campé sur sa position. En janvier 2010, alors que plusieurs pays européens annoncent des renforts pour l'Afghanistan, l'Elysée s'en tient à la seule décision d'envoyer plus d'instructeurs pour l'armée afghane.

Natalie Nougayrède

Le télégramme utilisé pour cet article :

http://cablegate.wikileaks.org/cable/2009/11/09PARIS1589.html

 

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WikiLeaks : comment le clan Karzaï a mis Kandahar en coupe réglée 


C'est un dilemme cornélien, ou plutôt un piège afghan. Comment traiter avec le clan Karzaï ? Comment se comporter avec ce clan familial, à la fois allié formel des Américains en Afghanistan – qui l'ont installé au faîte de l'Etat post-taliban – et obstacle à la stratégie à long-terme de Washington ? Comment gagner une guerre avec pour partenaire un pouvoir dont l'incurie, la corruption et les accès cycliques d'anti-américanisme font objectivement le lit de l'insurrection talibane ?




Les télégrammes diplomatiques signés de l'ambassade américaine de Kaboul, obtenus par WikiLeaks et consultés par Le Monde, ne cessent de se faire l'écho de cette tension, voire cette contradiction. A Kaboul, la relation entre le "palais" et les diplomates américains est chaotique depuis l'arrivée aux affaires de Barack Obama.

L'épisode de la crise autour de la réélection controversée à la présidence de la République de Hamid Karzaï à l'été 2009 est connu et déjà bien documenté. Mais c'est la préoccupation – croissante – autour de Kandahar qui transparaît dans les câbles de l'ambassade.


Kandahar, la capitale du Sud pashtoune, berceau historique de la monarchie afghane (fondée en 1747), pépinière du mouvement taliban au milieu des années 1990. Et … bastion du clan Karzaï. Kaboul ne vaut rien si Kandahar est perdu. A l'heure du surge ("renforts de troupes") décidé fin 2009 par M. Obama dans le sud afghan, cette géopolitique régionale gagne en acuité. Les Américains veulent déminer Kandahar, politiquement autant que militairement.

DÉNOMMÉ "AWK" DANS LES CÂBLES

A cette fin, il leur faut contrôler les agissements d'un homme, le patron politique de la cité, un certain Ahmed Wali Karzaï (dénommé AWK dans les câbles), demi-frère du président. Son titre de président du conseil provincial de Kandahar ne signifie pas grand-chose. C'est bel et bien sa connexion familiale avec le chef de l'Etat qui lui confère influence et pouvoir. Il en use et abuse.

"Bien que nous devons traiter avec AWK en tant que président du conseil provincial, il est considéré par beaucoup comme corrompu et impliqué dans le trafic de drogue", note un télégramme daté de novembre 2009. Son cas a longtemps fait l'objet de rudes batailles au sein de l'administration américaine, entre ceux qui dénoncent ses turpitudes et ceux qui le protègent au nom d'une vieille accointance avec la CIA.

AWK sait ce que les Américains pensent de lui. Il sait surtout que le vent a tourné et que la montée en puissance de la doctrine de la contre-insurrection, où l'accent est mis sur la "bonne gouvernance", ne lui est guère favorable. Aussi cherche-t-il à plaider sa cause. Le 23 février 2010, un diplomate américain le rencontre à Kandahar – pour la seconde fois en cinq mois – afin de lui expliquer que l'imminente offensive militaire de l'OTAN sur la cité requiert la "non-intervention" des hommes forts locaux, en particulier dans les affaires de police.

Ce jour-là, rapporte un câble, AWK "apparaît nerveux mais désireux" de discuter. Il se veut affable, raconte "avec passion" sa relation de travail avec les Etats-Unis depuis 2001. Il assure qu'il "peut fournir" tout ce dont les Américains auraient "besoin". Il clame son "innocence" sur les affaires de l'opium, exprimant même son souhait de se prêter à des tests de graphologie. Le commentaire final du "mémo" est implacable : "Il n'a pas l'air de comprendre le niveau de notre connaissance de ses activités et que la coalition jugent celles-ci nocives."

SUBITEMENT, LES AMÉRICAINS VEULENT TOUT COMPRENDRE

Le surge n'est finalement pas une bonne nouvelle pour AWK. Car il place Kandahar, et donc ses propres affaires, au cœur du radar de Washington. Subitement, les Américains veulent tout comprendre. Un passionnant télégramme daté du 6 décembre 2009 offre un portrait saisissant de Kandahar mise en coupe réglée par le clan Karzaï. Il est intitulé : "La politique à Kandahar complique les objectifsà long terme des Etats-Unis en Afghanistan".

L'auteur de la petite étude souligne l'importance de "comprendre comment Kandahar est fondamental pour la bonne fortune du régime Karzaï ". Car la "légitimité nationale revendiquée par le président Karzaï trouve sa source à Kandahar", où la tribu des Popalzaï (dont Karzaï est le chef) – issue de l'ancienne aristocratie royale des Durrani – lui offre une vraie base politique. Sur ce passé, le clan Karzaï, revenu d'exil dans les fourgons américains après la chute du régime taliban, a bâti depuis 2001 un véritable royaume.

Le câble dépeint une "domination politique" s'exerçant en "parallèle des structures formelles du gouvernement" avec des "clans politiques" utilisant les "institutions de l'Etat" pour protéger leurs "affaires licites et illicites". Au cœur de cette stratégie figure l'appropriation de deux ressources clés : "les terres fertiles" et l'"eau". Selon le télégramme, cette emprise est si lourde qu'elle provoque des tensions – notamment quand les Karzaï s'ingèrent dans la succession de la tribu des Alikozaï – habilement exploitées par les talibans.

Tout aussi inquiétante est la volonté d'AWK de mettre la main sur l'ensemble des compagnies de sécurité privées de Kandahar. Il en dispose déjà d'une, le Watan Group – qui a obtenu le lucratif contrat de sécurité du barrage de Dalha – mais il cherche apparemment à engloutir ses concurrents. Si elle devait être couronnée de succès, met en garde le câble, une telle OPA aurait le "potentiel d'armer le clan Karzaï d'une entité non-étatique". Et cela est contraire aux "objectifs américains".

Frédéric Bobin

Les télégrammes utilisés pour cet article :

http://cablegate.wikileaks.org/cable/2009/10/09KABUL3068.html
http://cablegate.wikileaks.org/cable/2009/12/09KABUL3890.html
http://cablegate.wikileaks.org/cable/2010/02/10KABUL503.html
http://cablegate.wikileaks.org/cable/2010/02/10KABUL693.html
http://cablegate.wikileaks.org/cable/2009/10/09KABUL3364.html
Article paru dans l'édition du 04.12.10


 

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le journal des tueursnet 04/12/2010 08:31




dan29000 04/12/2010 20:59



merci pour le lien, excellent...tuant...