Bataille sur la future Convention collective du cinéma : le dogmatisme syndical contre la création

Publié le par dan29000

Convention collective du cinéma : les jeunes cinéastes se mobilisent

 

Cinéma | A deux mois de la mise en place d'une nouvelle convention collective dans le cinéma, des jeunes réalisateurs et réalisatrices se sentent exclus et ont lancé une pétition.

 

Le
Cécilia Di Quinzio

 Coloranz avec The noun Project

Coloranz avec The noun Project

 

En plein débat sur l'entrée en application d'une extension de la convention collective en octobre 2013, la nouvelle génération du cinéma français a décidé d'intervenir en prenant la plume dans un texte adressé au président de la République. « Risques », « dangers », « disparition » : les jeunes réalisateurs et techniciens du cinéma affichent leur pessimisme à l'égard des négociations en cours.

La pétition en ligne a déjà été signée par près de 730 personnes. En épigraphe, une citation du livre de campagne de François Hollande, alors candidat à l'élection présidentielle, qui portait le titre évocateur Changer de destin. La nouvelle génération entend renvoyer le président de la République à ses promesses. « La jeunesse est la grande sacrifiée de la société française (...) C’est pourquoi j’ai décidé d’en faire la grande cause de cette élection ».

Retrouvez en fin d'article cinq jeunes cinéastes interviewés durant le festival de Cannes de mai 2013.

« Les syndicats ne nous représentent pas »

Le 1er juillet 2013, Michel Sapin, ministre du Travail, et Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, appelaient les syndicats « à poursuivre dans un esprit de sérénité le dialogue afin de conclure un avenant avant le 1er octobre 2013 pour tenir compte de l’impact de cette convention sur les productions les plus fragiles », dans un communiqué.

Le gouvernement misait alors sur « la responsabilité » des partenaires sociaux. Seulement, les jeunes cinéastes affirment clairement ne pas se reconnaître dans ces syndicats et se sentent livrés à eux même dans des discussions qui se font en dépit de leur avis, voire sans eux. « Ils sont restés sur leur position, indifférents aux difficultés énormes que nous rencontrons déjà », déplorent-ils dans leur lettre ouverte.

Les signataires appellent le gouvernement à s'impliquer et soulignent que le débat autour de la convention a provoqué un dangereux déchirement du secteur du cinéma, « art collectif par excellence » . « En abandonnant le débat à la loi des plus forts, votre gouvernement a mis dos-à-dos techniciens, producteurs et cinéastes qui pourtant créent ensemble et partagent les mêmes aspirations ».

« Cette convention, censée nous protéger, nous enterre vivant »

La pomme de discorde se cristallise autour de la rémunération des techniciens. La convention prévoit en effet que la grille des salaires demeure strictement la même, quelque soit le budget d'un film. Pour les signataires, cette exigence remet en cause ouvertement la faisabilité des films au budget inférieur à 2,5 millions euros.

Concernant la mise en place d'une commission dérogatoire, qui pourrait statuer sur le sort de 20 % de films par an, les autorisant à négocier avec les techniciens, elle n'est pas satisfaisante non plus pour les jeunes cinéastes. L'obscurité qui plane autour de son fonctionnement concret et sur sa composition, est redoutée. Surtout, la nouvelle génération du cinéma se demande « au nom de quoi elle s’arrogera le droit de décider quels films auront ou n’auront pas le droit d’exister »...

Les signataires se basent sur le rapport du médiateur, Raphaël Hadas-Lebel, qui selon eux pointe explicitement les dérives d'une telle convention et propose des solutions, mais qui pourtant « n'a pas été écouté ».

« Que devient une société qui se prive du regard de sa jeunesse ? »

Les risques sont importants. Si la convention en l'état devait être appliquée, les jeunes cinéastes assurent qu'elle signerait l'arrêt de mort des longs métrages au budget de moins de 1 million d'euros, c'est à dire une grande majorité des premiers et deuxièmes films, pénalisant les réalisateurs en début de carrière.

« Un amour de jeunesse, Tomboy, La guerre est déclarée, La fille du 14 juillet, Grand Central, Suzanne, Rendez-vous à Kiruna, Ce qu’il restera de nous, Rengaine... » En invoquant ces quelques titres de premiers films de grande qualité, les signataires invitent à imaginer un monde où ces œuvres n'auraient jamais existé. Ces longs métrages, sélectionnés dans les festivals les plus prestigieux, ont participé au rayonnement du cinéma français dans le monde.

Pour la nouvelle génération du cinéma français, les alternatives sont peu nombreuses. Le chômage ou bien les voies parallèles, en dehors du système et hors-la-loi. Le texte actuel de la convention collective n'apporte pas de soutien aux jeunes techniciens, aux jeunes réalisateurs. « Nous voulons absolument une autre convention ».

 

Cinq jeunes cinéastes signataires témoignent de leurs conditions de création

Mia Hansen-Løve : « Mon premier film coûterait aujourd'hui le double ou le triple »

Yann Gonzalez : « Plus tu essaies de mélanger les genres, plus c'est compliqué d'obtenir un soutien »

Rebecca Zlotowski : « Je fais partie d’une génération artistique qui joue sur le sampling »

Katell Quillévéré : « J'essaie de faire le grand écart entre Maurice Pialat et Douglas Sirk »

Serge Bozon : « Les grosses machines vampirisent tous les autres »

 

 

SOURCE / TELERAMA

Publié dans écrans

Commenter cet article