Calais : entretien avec Françoise Millot, militante de LO qui enseigne et publie

Publié le par dan29000

Nord-Littoral - dimanche 9 juin 2013

 

« Les idées fraîches des Lumières »
 
Françoise Millot, enseignante, responsable LO, publie « Les Philosophes des Lumières »
 
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Leader calaisienne de Lutte Ouvrière, Françoise Millot enseigne le français au lycée Léonard de Vinci. Elle publie « Les Philosophes des Lumières, “Entends-tu le tonnerre ? Il roule en approchant...” » aux éditions des Bons Caractères.

 

Sans jamais se départir de ses convictions, Françoise Millot parle des philosophes des Lumières avec passion. Responsable de la section calaisienne de Lutte Ouvrière, elle enseigne également le français au lycée Léonard de Vinci. La Calaisienne publie son premier livre, consacré aux philosophes des Lumières , avec pour sous-titre : « Entends-tu le tonnerre ? Il roule en approchant... »

Vous enseignez la littérature et avez attendu l’âge de 61 ans pour publier votre premier ouvrage...

Françoise Millot : « Publier n’est pas un but en soi. Voilà deux ans que je travaille à ce livre. Il est le fruit d’une vie d’enseignant. Je me suis par exemple aperçue que parmi mes élèves certains connaissaient Voltaire ou Rousseau sans vraiment les connaître. Il m’a paru intéressant d’apporter un autre regard sur les philosophes des Lumières. »

Pourquoi eux justement ?

« Ce sont des hommes qui ont mené des combats essentiels au grand ébranlement qui suivra. Ce sont eux qui ont fécondé la Révolution française. Ils ont mené des combats contre l’injustice, pour la liberté des hommes, contre les privilèges de certains qui se prétendaient de sang supérieur, etc. contre une société féodale qu’on considérait comme immuable. Il me semble qu’il y a des rapprochements possibles entre eux, leur époque, et nous. Et ils ont fait tout cela avec un enthousiasme très communicatif. »

Quels ponts dressez-vous entre leur époque et la nôtre ?

« Ils ont par exemple combattu une Eglise qu’on considérerait avec nos mots actuels comme intégriste. A leur époque on brûlait des livres et des hommes simplement parce qu’ils n’avaient pas la même religion. »

Vous qui êtes prof de lettres modernes, vous évoquez plus les philosophes que les écrivains

« Les philosophes des Lumières étaient des écrivains qui s’inscrivaient dans un mouvement global à la fois philosophique, littéraire mais aussi scientifique et même économique. L’écrivain Diderot a enseigné les maths et le biologiste Buffon a écrit des livres. Les philosophes des Lumières c’est aussi un hommage à la culture et à l’instruction qui est pour moi une valeur essentielle. »

Le XVIIIe siècle français reste néanmoins le siècle le moins littéraire de notre histoire.

« Je suis une littéraire. Ceux qui mettent leur plume au service d’une cause m’intéressent. Les philosophes des Lumières ont posé les bases de la pensée scientifique, de la pensée moderne. Ces hommes croyaient en l’avenir de la science ; ils pensaient que la science serait au service de l’humanité. »

Vous avez fait des études de lettres modernes, quel siècle littéraire préférez-vous ?

« Il y a des grands hommes très intéressants partout. C’est impossible de choisir. Quand il dit : « J’ouvre une école, je ferme une prison », Victor Hugo est un très grand homme. Un homme d’avant-garde, comme le sont les philosophes des Lumières. »

Quels sont vos auteurs préférés ?

« J’aime ceux qui sont les grands classiques et qui ont su faire avancer le monde par la beauté de leur œuvre et la grandeur de leurs idées. Aujourd’hui il y a beaucoup d’écrivains comme ça de par le monde. Je m’intéresse à la littérature internationale qui dénonce toute injustice. »

Que lisez-vous en ce moment ?

« « Photo de groupe au bord du fleuve » d’Emmanuel Dongala. C’est un livre qui parle de femmes en lutte. L’auteur a su remarquablement se mettre à leur place. »

Toujours une littérature d’idées...

« Je suis sensible à la beauté littéraire. Et les philosophes des Lumières maîtrisaient la langue. Personne ne peut dire le contraire. Qu’on pense à l’élégance de Rousseau, à l’ironie de Voltaire ou à la rigueur de Montesquieu. »

Votre livre et votre vision des Lumières sont également militants.

« C’est un regard marxiste. Cela signifie que j’inscris ces philosophes dans le grand ébranlement historique de leur siècle. Ils sont à la fois le produit de leur époque et concourent au devenir de leur époque. Marx a forgé des outils intellectuels qui permettent d’appréhender l’histoire des hommes et de leurs idées. Qu’on soit marxiste ou pas – c’est important de le préciser – on utilise ces outils. Moi, je me suis appuyée sur ces outils et sur les recherches et les récits des spécialistes. Il y a dix mille façons de s’intéresser aux philosophes des Lumières. Moi, ce qui m’a intéressée, c’est leur combat à leur époque et les parallèles que le lecteur peut faire aujourd’hui. »

C’est l’apport de votre ouvrage ?

« Mon livre fait la synthèse d’études peut-être partielles, qu’elles soient philosophiques, religieuses, historiques, etc. Avec cet objectif de comprendre le monde d’aujourd’hui. Il est essentiel de connaître le passé pour comprendre le présent et, peut-être, améliorer l’avenir. »

C’est également l’objet de votre maison d’édition.

« Les Bons caractères est une maison d’édition récente qui, comme elle l’indique en quatrième de couverture, a pour « ambition de contribuer à la compréhension de la marche de l’histoire et d’apporter son éclairage sur les éléments du passé, lointain ou proche, dont l’influence se propage dans l’actualité politique ou sociale ». »

Selon vous, les philosophes des Lumières sont-ils d’une grande modernité ?

« Sur les deux tiers de la planète on va aujourd’hui en prison pour avoir soutenu les mêmes thèses que Rousseau ou Voltaire ! »

Forte d’avoir réussi à publier votre premier texte, vous songez à un second livre ?

« Non. Je n’ai pas d’autre idée en tête. Ça m’a donné envie d’écrire, c’est sûr. Mais je n’ai pas de projet actuellement. »

Avez-vous un objectif de vente ?

« Non, non, non... Absolument aucun. Je n’en sais rien du tout. Si le lecteur passe un bon moment à lire mon livre, si mon enthousiasme pour ces philosophes des Lumières a été communicatif et donne envie au lecteur de se replonger dedans, ce sera déjà pas mal. »

Vous mettez une telle énergie à parler de ces auteurs !

« Oui, parce que, paradoxalement, ils ont développé des idées qui, 250 ans après, sont encore très fraîches. Ceux contre lesquels ils se sont battus sont toujours les mêmes. Je ne dis pas desquels il s’agit dans mon livre. Au lecteur de le découvrir. Ce qui est certain c’est que je me sens plus proche de ces philosophes des Lumières que de ceux qui sont parfois dans la rue. »

Propos recueillis par A.TH.

« Les philosophes des Lumières, "Entends-tu le tonnerre ? Il roule en approchant... », Françoise Millot, éd. Les Bons caractères, 144 p, 8,20 euros

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SOURCE / LUTTE-OUVRIERE.ORG

 
 

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