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Monsieur le président de la République, nous sommes les habitants d’un campement...

 

Menacés d'expulsion, les habitants « de nationalité roumaine, pour la plupart de culture rom » d'un campement de Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne) adressent une lettre ouverte à François Hollande: « Nous pouvons, nous voulons vivre et travailler. Pourquoi nous chassez-vous ?» et invitent le chef de l'Etat « à venir vivre avec (eux) trois jours ».

 

Monsieur le président de la République,

 

Nous sommes les habitants d’un campement de Champs-sur-Marne menacé d’expulsion dans les jours qui viennent. Ici vivent des personnes de nationalité roumaine, pour la plupart de culture rom. Nous sommes des hommes, des femmes, des familles, beaucoup d’enfants, des tout-petits qui ont besoin de sécurité. Comment peuvent-ils grandir en paix, toujours déplacés, dans la peur permanente d’être expulsés ? Ici, les habiller, les nourrir, les laver est difficile. Nous avons besoin du renfort de l’école pour nous aider à les éduquer. Une des mamans ici a quatre enfants. Elle s’est battue longtemps pour réussir à scolariser deux de ses enfants, elle n’est pas la seule. Si vous nous expulsez du campement, comment iront-ils retrouver leur classe au matin ? Et après, on dira de nous : « vous voyez, les enfants ne sont plus là, ces gens-là ne veulent pas mettre leurs enfants à l’école ! »

Nous ne sommes pas venus en France pour retrouver la misère de la Roumanie, mais pour faire une vraie vie à nos enfants. Nous voulons qu’ils puissent avoir un futur meilleur que ce que nous avons connu. On nous prend pour des voleurs, des mendiants qui refusent de travailler ? Si nous faisons la manche, c’est pour continuer à vivre. Si nos enfants pouvaient aller à l’école comme les autres enfants, si nous pouvions travailler comme les autres, nous pourrions vivre comme les autres. Nous pouvons, nous voulons vivre et travailler.

Pourquoi nous chassez-vous ? Pourquoi les Roms sont-ils traités ici comme des animaux ? Et pire encore, parce qu’ici, les animaux, eux, ont le droit de vivre dans les maisons. Ici beaucoup d’entre nous sont malades, souffrent d’attaques de panique, ont des problèmes de cœur à cause des conditions de vie. Nos enfants jouent au milieu des poubelles et sont exposés à toutes les maladies. Et nous sommes chassés des hôpitaux. Certains ici ont fait des demandes d’aide médicale mais dans les campements, avec les expulsions, c’est difficile de garder les papiers. Parfois même on nous les garde, on nous les perd.

Pourquoi ne pas nous laisser en paix ? Ne pas nous accorder les droits de tous ?

Vivre dans les campements, nous ne le faisons pas par choix, mais pour avoir un lieu où dormir. Vous nous refusez l’eau, le ramassage des poubelles. Vous tenez nos enfants à l’écart de l’école et après, vous prétendez que nos conditions de vie sont trop difficiles puis vous nous expulsez.

Monsieur le Président, on vous demande de venir vivre avec nous trois jours. Vivre de la même façon que nous. Si vous voulez manger un plat traditionnel roumain (du choux à la viande avec des galettes de farine de maïs), boire un café avec nous, parler avec nous, échanger des sourires, venez et vous verrez que nous ne sommes pas ce que les médias font de nous. Mais venez vite avant que nos cabanes soient détruites. Venez nous rencontrer. Vous verrez que nous ne méritons pas d’être traités de cette façon.

Quel être humain peut le mériter ?

Dans l'attente, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre plus haute considération

Denemarca Constantin, Marcel Feraru, Dorina Vasile et Viorel Zamfir, pour les habitants du campement du Bois de Grâce, à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne).

 

SOURCE / MEDIAPART

 

Tag(s) : #actualités

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