Collaboration entre NSA et Etats européens, l'exemple allemand

Publié le par dan29000

La collaboration entre la NSA et les Etats européens. Le cas allemand

 

 

Les révélations de Edward Snowden ont mis en évidence aux yeux de tous les liens étroits qu'entretiennent les Etats européens et les services américains (NSA et FBI notamment) dans la surveillance des citoyens européens.

Un article du World Socialiste Web Site fourni de nombreuses preuves des relations entre la NSA et le BND allemand (Bundesnachrichtendienst ) ou Service fédéral de renseignement (sur celui-ci, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Service_f%C3%A9d%C3%A9ral_de_renseignement).

Après que la Chancelière Merkel ait promis sur le coup de l'émotion provoquée par les révélations de Snowden que toute la lumière sera faite concernant un éventuel espionnage des citoyens et des entreprises allemandes par la NSA, avec la collaboration éventuelle du BND, le chef du bureau de la Chancellerie, Ronald Pofalla, un des premiers collaborateurs de Mme Merkel, vient d'affirmer le 12 août devant une commission parlementaire qu'il n'existe pas en Allemagne de surveillance globale imputable aux services secrets américains et britanniques. L'opinion n'a donc pas lieu de s'inquiéter. Pour lui, l'affaire Snowden est close. C'est dans l'ensemble la même position qu'on pris différents autres gouvernements européens. Aux Etats-Unis, les défenseurs de l'action de la NSA répètent ces jours-ci exactement la même chose: face à des activités aussi marginales, les inquiétudes sont ridicules.

On pourra toujours faire valoir que le WSWS, dont les appartenances trotskystes sont bien connues, n'est pas un bon témoin à charge dans cette affaire. Les arguments fournis par l'article, repris d'autres débats sur le même sujet, sont pourtant impressionnants. Il est bien évident que faire confiance aux services secrets pour garantir qu'il n'existe pas de surveillance de leur part empêche très vite l'enquête de se poursuivre. Pour le BND, qui reprend d'ailleurs les arguments constants de la NSA aux Etats-Unis, les surveillances sans mandat sont en très petit nombre et portent sur des individus ou activités recélant des dangers véritables. Les 500 millions d'éléments de dossiers transmis par le BND ou des compagnies allemandes à la NSA chaque mois, selon Snowden, ne concernent pas les citoyens allemands. Il ne s'agit que d'informations générales intéressant des acteurs étrangers. Il en est de même des quantités massives de données passant par les câbles et les serveurs internationaux et transitant par l'Allemagne.

Ceci dit, la collaboration entre les services allemands et américains date du début de la guerre froide et s'est poursuivie sans interruptions depuis lors, au service notamment d'une surveillance de l'Union soviétique et d'intérêts susceptibles de travailler pour elle. Elle s'est généralisée avec la mise en place du programme Echelon, qui concerne aussi d'autres services secrets européens. Qu'elle ait été étendue à des individus aujourd'hui suspectés de terrorisme ne choquera sans doute personne en Allemagne, même lorsque le « suivi » de certains de ces individus entraine leur élimination ultérieure en Afghanistan ou au Pakistan lors de frappes de drones américains.

Plus choquantes sont en Allemagne les révélations selon lesquelles la plupart de ces informations portent sur le domaine économique, au service de la protection des intérêts américains contre une éventuelle concurrence industrielle allemande. De même, certains défenseurs des droits de l'homme en Allemagne ne comprennent pas la nécessité de surveiller des milliers ou centaines de milliers de citoyens « innocents » avec l'ampleur présentée comme « orwelienne » du phénomène. Qui choisit ces cibles et pour quelles raisons? On trouve là, disent-ils, les germes d'une véritable dictature possible, dont les motivations ne seront jamais rendues publiques. En extrapolant, nous avons toutes les raisons de penser, nous autres auteurs et lecteurs d'articles comme celui-ci, que nous sommes depuis longtemps répertoriés parmi les personnes à surveiller de près, simplement parce que nous nous faisons bien innocemment l'écho de certains protestations.

Le WSWS pour sa part, d'accord avec un certain nombre d'organisations de l'opposition, qui ne sont pas nécessairement des activistes anti-Système, ne se fait pas d'illusions. Les services secrets et les gouvernements occidentaux se préparent à faire face à des mouvements de résistance sur le modèle de Occupy Wall Street. Ces mouvements pourraient prendre de la virulence si la crise actuelle s'étendait, ainsi que les contraintes économiques imposées aux populations. A ce moment, la défense des intérêts dominants justifiera toutes les entorses à la légalité. Les classes moyennes seront appelées à la rescousse pour faire reconnaître de telles priorités.

Il est certain que l'indulgence aujourd'hui manifestée par tous les partis politiques allemands, y compris le SPD et les Verts, à l'égard de la surveillance évoquée lors des récentes révélations montre bien le consensus général manifestée par les forces politiques concernant les pratiques en question. La lutte contre le terrorisme n'est plus seulement l'argument imparable, mais une lutte contre de possibles désordres. Les services américains et leurs collègues européens ont toutes les raisons, au service d'un objectif dont l'ampleur le dispute au flou, de poursuivre de fructueuses collaborations. Les gouvernements n'en conviennent pas encore officiellement, mais l'objectif est manifestement sous-jacent à l'indulgence qu'ils manifestent à la suite des fuites révélées par les quelques organes, tels le Süddeutsche Zeitung, le Guardian ou le Washington Post, timidement relayés en France par Le Monde ou Marianne. L' « Occident » ne se gardera jamais assez contre de possibles complicités au service d'éventuels fauteurs de trouble. Qu'on se le dise.

Source
WSWS https://www.wsws.org/en/articles/2013/08/17/gnsa-a17.html


SOURCE / MEDIAPART

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