Des cinéastes européens refusent la fin programmée de l'exception culturelle

Publié le par dan29000

Ils refusent le libre-échange transatlantique

 

Alors que des négociations sont lancées pour l’adoption, d’ici l’été, d’un accord entre Bruxelles et Washington, des cinéastes européens pétitionnent, à l’initiative des frères Dardenne, pour la sauvegarde de l’exception culturelle.

 

Les négociations pour la conclusion d’un accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne (UE) ont démarré sur les chapeaux de roue. À peine Barack Obama avait-il révélé l’existence d’un tel objectif dans son discours sur l’état de l’Union (l’Humanité du 14 février) que Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, annonçait, à la mi-mars, le lancement de tractations entre l’UE et Washington. Il faisait part, lundi 22 avril, de son « espoir » d’aboutir « avant l’été ». Ce retour par la fenêtre de l’accord multilatéral sur l’investissement (AMI), que de très fortes résistances françaises et européennes avaient fait sortir par la porte à l’automne 1998, fait courir un immense danger à l’activité, à l’emploi et à la culture en Europe.

Le mode très discret sur lequel se sont engagés les premiers rounds de la négociation vient toutefois d’être salutairement troublé par des réalisateurs européens. Très inquiets des conséquences que ne manquerait pas d’avoir un tel accord sur la création cinématographique, ils viennent de lancer une pétition dans laquelle ils demandent à tout le moins l’exclusion des secteurs audiovisuel et cinématographique des marchandages en cours. « L’exception culturelle n’est pas négociable », relèvent les deux frères et réalisateurs belges, Luc et Jean-Pierre Dardenne, à l’origine de cette initiative. Les pétitionnaires soulignent : « Nous nous battrons pour que l’Europe continue à écrire son histoire par l’esprit, par la culture, par un regard divers sur soi et sur le monde, afin que les citoyens puissent apporter des réponses profondes et complexes aux défis que notre époque soulève. »

Le texte a d’ores et déjà été signé par près d’une centaine de réalisateurs européens, parmi lesquels l’Autrichien Michael Hanecke (auteur de Amour, récemment oscarisé), les Français Michel Hazanavicius (The Artist), Olivier Nakache (Intouchables) et Éric Toledano, l’Espagnol Pedro Almodovar, les Britanniques Ken Loach, Mike Leigh et Stephen Frears. Quelques réalisateurs américains, comme David Lynch, conscients des dégâts globaux que pourrait infliger le triomphe organisé de la seule loi d’un marché transatlantique « libre et non faussé » sur la production cinématographique, ont apposé aussi leur signature au bas de la pétition.

La chancelière Angela Merkel est en pointe parmi les dirigeants européens pour arracher la conclusion de cet accord transatlantique. Elle est là en pleine cohérence avec le forcing qu’elle déploie pour soumettre toujours davantage la construction de l’UE aux normes de la concurrence dont les groupes industriels allemands sont les grands bénéficiaires.

La France n’a aucun intérêt à s’engager dans une pareille démarche. Pourtant, Paris a accepté d’intégrer pleinement la négociation en cours. La ministre française du Commerce extérieur, Nicole Bricq, vient de participer ainsi à Chicago à une des réunions de négociation. Elle maintient certes de fortes réserves sur certains secteurs sensibles comme la défense ou la culture. Mais sans fermer la porte pour autant à la possibilité de déboucher sur un « compromis ».

 

Bruno Odent

 

SOURCE / L'HUMA

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