Georgia, un premier roman signé Julien Delmaire, chez Grasset

Publié le par dan29000

Pour cette nouvelle rentrée littéraire des premiers romans, un thème, entre autres, se dégage, les drogues et leurs dépendances. Trois romans déjà sur ce sujet délicat, sur lequel nous avons tant lu depuis bien des années. Alors le niveau est contrasté. Le meilleur avec "Narcopolis" et "Georgia". Le pire avec "Le produit".

 

Donc "Georgia", premier roman de Julien Delmaire. Issu du mouvement slam, il a déjà écrit pour le théâtre et anime des ateliers d'écriture, dans les écoles, et moins courant, dans les prisons et autres HP. Sans oublier ses chroniques dans la revue Culture Sud.

 

Un profil intéressant.

 

Comme pour Jeet Thayil dans Narcopolis, Julien Delmaire nous propose des portraits d'humains un peu perdus dans une grande ville hostile. Tout en brossant le portrait de cette ville et donc de notre société, elle même partie à la dérive.

 

Hier, Georgia fut une superbe chanson immortelle de Ray Charles.

Aujourd'hui, Georgia est une jeune femme à la dérive dans la cité. Elle parle.

Et Venance, jeune sénégalais sans-papiers, va croiser son chemin et sa vie.

 

Cette rencontre entre deux êtres en marge va être une parenthèse, certes pas enchantée, mais tout de même un moment d'amour face aux hantises quotidiennes. Car il s'agit aussi de cela, résister pour survivre en milieu hostile. Résister à une grève de la faim quand on est sans-papiers, résister à la précarité, résister au froid de la rue, et aux divers "produits" qui donnent de l'illusion.

 

C'est aussi un roman sur l'exil. Celui de Venance qui voulait exister en dehors de sa terre natale. Qui se retrouva avec bien d'autres, entre les murs froids d'un centre de rétention, antichambre de l'aéroport, ou de la rue. Georgia, elle, était en exil de son enfance... Pas vraiment mieux.

 

Les sombres sonorités de Joy Division enveloppent avec justesse, ce roman qui absorbe assez vite son lecteur. Malgré des situations bien connues, les deux personnages sont bien réels, d'autant plus qu'ils évoluent au sein d'autres figures bien charpentées.

 

Mais la grande qualité de ce premier roman est, au-delà de ce sujet qui nous touche au plus profond, la beauté de la langue. Une alliance réussie entre velours et crudité.

Si, comme nous, vous passez du temps à feuilleter des livres dans les librairies, ne vous laissez pas stopper par la quatrième de couverture, totalement loupée. Pourtant il parait que c'est un métier d'en écrire ! Et lisez une ou deux pages au hasard dans ce roman. Vous aurez aussitôt l'envie de poursuivre en l'achetant... Un vrai coup de cœur qui donne envie de lire ses autres textes.

 

Le signe du talent.

 

Dan29000

 

Georgia

Julien Delmaire

Éditions Grasset

2013 / 254 p / 17 euros

 

"And she gave away the secrets of her past

And said I've lost control again."

Joy Division, She's lost control.

 

 

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