London Calling, réédition des albums des Clash, entretien

Publié le par dan29000

Entretien

La nouvelle lutte des CLASH

 

Palais des Glaces, Paris. Le théâtre est coquet. Fauteuils et rideaux se disputent un rouge pourpre classieux, les dorures scintillent, les moulures du plafond minaudent. Apparaissent les Clash. Le décor semble se tenir. Près de 30 ans après la séparation de ceux qui ont marqué l’histoire de leur hymne punk, « London Calling », l’élégance est toujours de mise. Et les Anglais rééditent leurs 5 albums accompagnés de morceaux inédits en live.

 

HD. Pourquoi sortez-vous aujourd’hui ce coffret ?

MICK JONES (guitariste et chanteur). L’idée n’était pas d’y mettre toutes les chutes, les faces B pourries. Nous avions l’opportunité de refaire un bon mastering, une sorte d’enregistrement patrimonial qui projette Clash dans le futur ! On a mis là-dedans tout ce qu’on a fait d’important.

PAUL SIMONON (bassiste). Le travail effectué pour réaliser cette « Sound System Box » nous a permis de vous remémorer toutes les bonnes choses du passé.

M. J. Le coffret nous a pris beaucoup de temps. Il nous a fallu trois ans pour le réaliser. Il a également permis le retour de Topper à nos côtés. C’est génial de se retrouver à nouveau tous les trois.

TOPPER HEADON (Batteur). Je suis très heureux du travail accompli avec Mike et Paul. Je suis très fier aussi d’être à nouveau à leurs côtés.
Après les Clash, j’ai mis un sérieux bordel dans ma vie. J’étais perdu. Aujourd’hui, je suis clean et sobre.

HD. Pourquoi « cut the crap », votre dernier album, ne figure pas dans le coffret ?

P. s. D’abord, Mike et Topper ne figurent pas sur cet album. Pour ma part, je n’y suis quasiment pas. La faute à Bernie Rhodes, notre manager de l’époque, qui avait pris le pouvoir. Il était devenu le groupe à lui seul.

T. H. Puis quand on pense aux Clash, on pense à nous quatre (Jones, Simonon, Headon et Joe Strummer, leader et fondateur du groupe décédé le 22 décembre 2002 – NDLR).

M. J. Oui, nous sommes les grands Clash qui s’opposent aux Clash foireux de cet album.

HD. L’idée de vous reformer vous a-t-elle déjà traversé l’esprit ? Pourriez-vous rejouer ensemble ?

P. S. Non. Topper a arrêté de jouer. Peut-être qu’un jour nous rejouerons tous les trois mais certainement pas sous le nom des Clash. Cela appartient au passé. Laissons-le où il est. Jamais nous ne retrouverons ce que nous avons vécu dans les années 1970 et 1980. Et puis, Joe n’est plus là.

M. J. On nous a proposé des millions de livres sterling pour nous reformer. Nous avons toujours refusé. C’est intéressant par ailleurs d’observer comment fonctionne ce business. C’est un autre monde.

HD. Vous étiez des icônes du punk et aujourd’hui on trouve vos photos sur des t-shirts, comment vivez-vous ce changement ?

M. J. C’est Paul qui dessine les t-shirts. C’est une manière de poursuivre l’héritage des Clash. P. S. Peut-être que pour certains nous apparaissons comme des vendus parce que nous avons signé chez CBS, etc. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit de notre groupe et de nos vies.

T. H. Le succès, c’est le succès et on ne peut rien faire contre ça. Toute ma vie, j’ai travaillé dans la musique. Nous avons essayé de faire en sorte de ne pas changer et de rester du côté de la rue. Ce n’est pas toujours simple.

HD. Qui sont à vos yeux aujourd’hui les rebelles ?

M. J. Personne ne fait aujourd’hui ce que nous avons fait, ou du moins pas de cette manière-là. J’aime bien Jay-Z mais j’ignore s’il s’agit d’un rebelle. J’imagine qu’il faut se pencher vers l’art contemporain. Nous faisions d’ailleurs une forme d’art de notre temps. J’aime penser que la musique est de l’art. Paul est toujours en train de faire de l’art. P. S. Mais maintenant nous allons finir dans les musées (rires). Nous avons appris la musique au travers des groupes que nous écoutions. Dès que ces groupes – les Beatles, les Kinks, les Rolling Stones ou les Small Faces – faisaient un disque, il était toujours différent.

HD. Quel regard portez-vous sur les groupes qui se reforment ?

P. S. C’est leur problème. Ils font ce qu’ils veulent. Dans le futur, tous les groupes seront des hologrammes. Il faudra inventer des récompenses, les hologrammies (rires).


HD. Pourquoi ne pas avoir ressorti plus tôt vos vieilles bandes ou des live des Clash ?

M. J. Nous avons déjà sorti des disques live. Je préfère de toute façon sortir des albums qui ne sont pas en public. Dans le coffret, il y a des titres inédits et quelques titres live enregistrés au Museum de Londres. P. S. Quand nous jouions devant le public, l’expérience était très visuelle et physique. Il est quasi impossible de reproduire ça sur un disque. Pour l’heure, nous n’avons aucun projet allant de ce sens.

HD. Une exposition vous est actuellement consacrée à Londres. Prévoyez-vous de la présenter à Paris ?

M. J. Oui, nous y travaillons. Paul et moi avons ressorti beaucoup d’affaires nous appartenant. Beaucoup d’affaires ayant appartenu à Joe aussi. Il nous en reste encore beaucoup, ce qui permettra de faire encore évoluer cette exposition. Le public est enthousiaste et considère un peu nos objets comme des trésors, c’est très flatteur et encourageant.

P. S. L’exposition est chronologique. Elle est très visuelle. À travers elle, il est possible de voir les évolutions du groupe avec le temps. C’est un peu comme un arrangement musical mais avec des objets.

HD. Quel souvenir gardez-vous de Paris ?

T. H. La première fois que nous sommes venus à Paris, nous nous sommes retrouvés entourés par un gang. Nous avons dû expliquer que nous étions les Clash d’Angleterre pour qu’ils nous laissent partir.

M. J. Oui, leur chef était grand avec un long manteau et une canne. On aurait dit le général de Gaulle.

T. H. Nous avons joué à la Fête de l’Huma. Ce fut un joyeux bordel. C’était vraiment très particulier. Nous avons joué au milieu des gaz lacrymogènes et je suis rentré chez moi avec un gourdin médiéval...

THE CLASH SOUND SYSTEM. Le coffret est imposant. Conçu sous la forme d’un ghetto-blaster, poste radio en vogue dans les années 1980, il offre l’intégralité de la discographie du plus grand groupe de punk. L’ensemble regroupe onze disques et un DVD figurent notamment, les cinq albums studio, dont les fameux « London Calling » ou « Combat Rock », entièrement remastérisés. Ce « Clash Sound System » regroupe plus de 50 morceaux rares ou inédits. Les amateurs seront comblés avec un imposant livre et des reproductions d’affiches de l’époque. Ce coffret est un monument pour un monument du rock. « The Clash Sound System » (coffret 11 CD + 1 DVD). Sony Music-Legacy Recordings.

Entretien réalisé par Lionel Decottignies

SOURCE / L'HUMA

Publié dans musiques

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