Mariage pour tous : le retour des réseaux catholiques traditionnalistes, entretien avec Jean-Yves Camus

Publié le par dan29000

Mariage pour tous. "On assiste au retour des réseaux catholiques traditionalistes" selon Jean-Yves Camus

Pour Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste de l’extrême droite, cette radicalisation des anti-mariage pour tous marque le retour d’une frange de la droite qui déborde les groupuscules extrémistes.

D’où vient cette radicalisation ?

Jean-Yves Camus. Cette radicalisation n’est pas le fait des quelques dizaines de militants de groupuscules d’ultradroite qu’on a vu affronter les forces de l’ordre lors de la dernière manifestation. On ne la doit pas davantage à Civitas, dont les maigres troupes ne sont pas capables de faire descendre autant de monde dans la rue. On assiste plutôt au retour dans le jeu politique de ces réseaux catholiques traditionalistes, clairement à droite, mais pas nécessairement au Front national ou dans des groupuscules. Beaucoup ont voté pour l’UMP mais sont restés sur leur faim avec le quinquennat de Nicolas Sarkozy, estimant que sur les questions d’identité nationale, des valeurs et de l’autorité, l’ancien président n’a pas été assez loin.

Ont-ils des relais attentifs à l’UMP ?

Jean-Yves Camus. Ils ont sans doute une écoute. Mais l’UMP s’interroge désormais : jusqu’où peut-on aller dans les méthodes utilisées par le mouvement ? Tant que ce dernier se cantonnait dans sa version Frigide Barjot, c’était bon à prendre pour l’opposition. Mais ça l’est beaucoup moins dans sa version Printemps français, complètement incontrôlable… L’UMP en a conscience et redoute de se retrouver à soutenir des méthodes qui ressemblent, de plus en plus, à de la désobéissance civile. Christine Boutin, qui avait pourtant eu des mots très durs, parlant de « gazage » à l’issue de la dernière manifestation, prône désormais une résistance non violente à la Gandhi… C’est un signe de l’embarras de l’UMP.

L’opposition n’est-elle pas coupable de jeter de l’huile sur le feu ? Certains élus parlent de « coup d’État » à propos de la procédure accélérée sur ce texte.

Jean-Yves Camus. Je crois surtout que l’on assiste à un classique de l’histoire politique française. Quand la gauche détient le pouvoir, la droite ne remet pas en cause uniquement son projet politique mais sa légitimité démocratique même. Parler de « coup d’État » alors que le gouvernement ne fait qu’accélérer une procédure, c’est un vocabulaire totalement déconnecté de la réalité. Qu’on soit d’accord avec lui ou pas, le gouvernement reste dans le cadre démocratique. À moins qu’il ne faille considérer tous les exécutifs qui ont utilisé précédemment la procédure d’urgence comme illégitimes…

Jusqu’où peut aller cette radicalisation ?

Jean-Yves Camus. Après le vote définitif de la loi, il sera très dur pour le mouvement anti-mariage gay de continuer sous sa forme actuelle. Le risque sera alors de le voir perdurer en allant chercher ailleurs des raisons de se mobiliser, notamment dans la contestation de la légitimité du gouvernement. C’est ce qu’a essayé de faire le Bloc identitaire après l’élection de François Hollande avec sa campagne « Hollande n’est pas mon président ». C’est resté extrêmement minoritaire. Mais il est possible que certains cherchent à profiter de la passe difficile de la gauche pour accentuer cette radicalisation.

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SOURCE / L'HUMA

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