Maroc : vérité et justice, contre l'impunité des violences politiques

Publié le par dan29000

MAROC : Les violences politiques- Pour la vérité et la justice- Contre l’impunité et l’oubli"

, par Hayatmardi 9 avril 2013

Le 6 avril 2013 s’est tenu à Paris un colloque sur le thème « les violences politiques au Maroc, pour la vérité et la justice, contre l’impunité et l’oubli. » organisé par l’Association des Marocains en France (AMF) et l’Institut Mehdi Benbarka-Mémoire Vivante et en Hommage à Mehdi Ben Barka, leader marocain des causes nationale et internationale, enlevé en plein centre de Paris le 29 octobre 1965 et à Omar Bengelloun, grande figure de la gauche radicale marocaine, assassiné le 18 décembre 1975.

Cette journée, 2 mois jour pour jour après l’assassinat alors qu’il sortait de son domicile de Belaïd Chokri, démocrate tunisien qui s’est battu pour toutes les libertés dont la liberté de conscience, nous a rappelé celui de Omar Bengelloun qui eut lieu aussi à la porte de son domicile.

A l’écoute de toutes les interventions, cette journée a montré la vigilance nécessaire contre l’oubli et l’impunité quels que soient le lieu et le temps où la barbarie s’utilise.

Ces thèmes centraux du colloque ont donné à ces assassinats et ces disparitions, leur dimension de souffrance. Ils nous ont interpelés sur le sens même des droits humains, de Vérité, de Justice, sur nos regards croisés sur le passé et le présent, sur nos convictions diverses des sujets largement débattus, ceux d’impunité et de justice transitionnelle.

Patrik Beaudoin, président d’honneur de la FIDH a fait L’ouverture de cette journée en affirmant que les démocrates français espéraient, suite au décès de Hassan II, un changement et une volonté de vérité et justice. Ils ont été déçus. Il a en outre, rappelé non seulement la situation inhumaine dans laquelle se trouvent les réfugiés sub-sahariens dans le Nord du Maroc mais aussi, les violations des droits humains, les tortures endurées par les prisonniers sahraouis indépendamment des convictions de chacun sur la question du Sahara.

Plusieurs interventions ont donné une approche des fondamentaux de la monarchie marocaine : une monarchie absolue basée sur l’inculture et l’instrumentalisation de la religion pour le contrôle et l’asservissement du peuple marocain . Elles ont relevé un système de déni de la réalité comme cela a été observé lors de l’interview du premier ministre islamiste A. Benkirane en février 2013 dans laquelle il niait la torture et l’existence de prisonniers d’opinion du mouvement du 20 février.

L’accent a été aussi mis sur les liens qu’entretiennent les pouvoirs occidentaux avec la monarchie marocaine et l’attitude conciliante du président français lors de sa dernière visite auprès du roi Mohamed VI quand il déclarait que le Maroc était un pays"stable" sans s’interroger sur les violations des droits humains.

Maître Buttin, avocat de la famille Ben Barka a affirmé le rôle incontestable de la France et la responsabilité du roi Hassan II dans l’enlèvement du leader marocain. Selon lui, il n’y a, des deux côtés, aucune volonté pour dévoiler la vérité d’un enlèvement qui a marqué l’histoire de la France.

Mahmoud-Omar Bendgelloun, neveu de Omar Bendgelloun, a clarifié que les responsables islamistes de l’assassinat de son oncle ont été désignés et incarcérés mais ils ont été outillés par le régime. Il y eut, selon lui, travestissement de la vérité. Il a aussi actualisé la situation au Maroc en nous donnant un aperçu des mouvements de protestation actuels en particulier les manifestations pacifiques du Mouvement du 20 février ainsi que la répression qui s’est abattue sur les manifestants.

Louis Joinet, rapporteur spécial auprès des Nations-Unies sur la question de l’impunité a présidé les interventions et débat autour des questions de justice transitionnelle et d’impunité.

Deux avocats et juristes marocains : Abderrahim Berrada, avocat de plusieurs militants marocains dont Abraham Serfaty, défenseur des droits humains, des libertés dont la liberté de conscience et Abderrahman Benamor, ancien bâtonnier, détenu à maintes reprises pour ses positions contre l’injustice et pour la démocratie ont fait le déplacement du Maroc et ont permis de clarifier tant l’aspect juridique que l’aspect politique de ces questions.

A. Benamor nous a affirmé, en l’étayant de plusieurs exemples, qu’il n’y avait pas de justice au Maroc : elle n’est ni indépendante, ni impartiale et que l’institution royale domine tous les pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) sans oublier l’extension de cette domination dans les domaines (religieux, militaire et économique).

Pour A. Berrada il serait absurde de parler de justice transitionnelle dans le cas marocain car l’impunité est toujours institutionnalisée et ouvre la voie vers la récidive. il n’y a eu ni justice sanctionnant les auteurs de ces crimes, ni recherche véritable de la vérité rajoutant que la transition implique une rupture avec l’ancien régime. Ce qui n’est pas le cas.

Ceci, malgré la mise en place en 2004 d’une instance Equité et Réconciliation dont l’action était limitée et qui, en n’autorisant pas l’identification et la poursuite des responsables, a laissé les coupables impunis. De plus, ses recommandations n’ont pas été prises en compte, laissant les familles des victimes de disparitions forcées entre promesses et désillusions.

En référence à ce que déclarait Louis Joinet dans une interview à TV5 en 2012. « Les droits de l’homme sont un garde – fou contre la barbarie » , la synthèse de la journée a conclu qu’au Maroc, la barbarie avait plusieurs visages : celui des années sombres dits « de plomb » marqués par des enlèvements, des morts dans les fosses communes, des assassinats, des exécutions, des bagnards enfermés pendant plusieurs années dans des lieux secrets (Tazmamart) dont certains existent toujours et celui de ces années 2000 où cette barbarie se présente acidulée et vitrine pour l’étranger. Une barbarie où insidieusement on humilie, on dénigre jusqu’à l’immolation par le feu.

Ce que l’on peut retenir de cette journée : au nom des principes fondamentaux des droits humains, ceux d’universalité, de globalité et de totalité, il ne peut y avoir de relativisme en barbarie au risque de voir la ré-émergence des violations massives des droits humains

Hayat Berrada-Bousta- 9 février 2013

SOURCE / REZO CITOYEN

Publié dans Monde arabe - Israël

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