Marseille : marche contre les violences samedi

Publié le par dan29000

A Marseille, marche contre les violences le 1er juin

 

Louise Fessard

 

Dans l’actualité marseillaise, un règlement de compte chasse l’autre, et les larmes d’une famille celles de la précédente. Chaque année, c'est le même décompte macabre qui s'enclenche : 24 morts en 2012, 17 en 2011et 2010, 16 en 2009 et 2008, etc. Avec des victimes parfois très jeunes. Pour ne pas s’en tenir à l’émotion des marches blanches à répétition, plusieurs habitants et travailleurs sociaux marseillais appellent à une marche contre «toutes les formes de violence», qui partira de la gare Saint-Charles le samedi 1er juin 2013.

 

C’est la fusillade des Bleuets le 10 mars 2013, qui a été le déclic de cette mobilisation. En pleine matinée, dans cette cité du 13e arrondissement, deux jeunes avaient tués et un troisième sérieusement blessé sous les balles de ce que le procureur de la République avait décrit comme une «véritable expédition meurtrière». Puis le 9 mai, c’est un autre jeune, Iskander, 17 ans, qui est mort, criblé de balles. Le 6ème règlement de comptes depuis le début de l'année.

Depuis fin mars, des commissions de travail du «collectif du 1er Juin» se réunissent tous les mardis au centre social Malpassé (13e arrondissement) autour de thématiques emploi-formation, sport-culture, parentalité, prévention-sécurité, etc. Patrick Cassina, directeur du centre social voisin de Malpassé, explique comment «l’angoisse des mamans, traumatisées» est d’abord ressortie lors d’une première réunion. «Puis nous avons voulu passer du sentiment de colère à quelque chose de plus organisé, explique ce travailleur social. Il y avait quelques militants du 15e et 16e arrondissements présents qui nous ont dit “Nous vivons la même chose”, et maintenant nous avons des gens d’une vingtaine de quartiers présents. On voulait que la parole des habitants se libère avant d’organiser toute rencontre avec les partenaires institutionnels.» Le bouche à oreille a fait le reste, même si les militants associatifs avouent ne pas pouvoir se compter. «C’est la convergence de ce qui se passait déjà plus lentement dans d’autres quartiers», dit Mohamed Bensaada, de «Quartiers Nords Quartiers Forts». Leur appel est publié ci-dessous.

Ce mardi 21 mai, sur les pelouses du Parc de Font Obscur (14e arrondissement), une quinzaine d’habitants sont présents, presqu’exclusivement des femmes, pour une conférence de presse. Parmi les militantes, beaucoup ont fait la marche pour l’égalité, dite «marche des Beurs», en 1983. En ligne de mire, la lassitude face à l’incohérence de l'action des pouvoirs publics. «L’Etat lâche des dispositifs puis ne les suit pas, on se retrouve avec du court terme, des services qui durent quatre-cinq ans et disparaissent, dit Yamina Benchenni, militante associative. C’est toujours du coup par coup en fonction des situations d’urgence, puis ils repartent. Et ça, les familles le vivent directement sur les ados.»

Elle prend l’exemple du désengagement de l’Etat qui menace un point accueil écoute-jeune dans le 13e et 14 e arrondissement. Ou encore la disparition des bus gratuits de la régie des transports marseillais (RTM) qui acheminaient les ados jusqu’aux plages l’été. « Aujourd’hui, c’est 3,60 euros aller-retour pour rejoindre la plage, plus le pique-nique, si vous avez deux ados, ce n’est pas possible pour aller à l’Estaque», compte-t-elle. «Les parents font le maximum, mais quand les dispositifs n’existent pas, ils sont seuls, rage-t-elle. L’engrenage des trafics et des drogues, il est sur cette situation d’oisiveté des ados.» Fatiha Aibeche, maman de Yassin tué le 14 février 2013 par un policier hors service, opine. A Félix Pyat, elle a cherché en vain des stages ou activités pour son autre fils de 14 ans.

Leurs demandes n'ont rien de nouveau : des enseignants expérimentés, des policiers qui «connaissent les quartiers», des permanences sociales dans les quartiers - «La CAF est la seule présente»-, l’ouverture des rares équipements sportifs pendant les vacances, des occupations pour les enfants, l'emploi, etc. Mais surtout être enfin pris en compte. «On veut être considérés comme des gens à part entière, on n’est pas des victimes», lâche une maman. «Nous ne supportons plus la discrimination dans notre vie et celle de nos enfants, renchérit une autre. Nous vivons dans des quartiers transformés en ghettos. Nos enfants sont diplômés, on ne leur propose que des ménages. Ils en ont marre.»

«On n'a rien inventé, »,remarque Zoubida Meguenni, fondatrice de Schebba une association de femmes, qui a vu passer tous les dispositifs de la politique de la Ville depuis les années 1980. «A l'époque, nous faisions des matchs de foot avec les policiers du centre de loisirs jeu­nes (CLJ) à la Busserine, puis nous avons travaillé sur la police de proximité avec l’école nationale de police de la Paternelle (fermée en 2010, ndlr), se souvient-elle. C’était beaucoup de l’occupationnel, mais nous avons sauvé pas mal des jeunes de la ZUP n°1 (la zone à urbaniser en priorité). On a vraiment fait marche arrière

Elles refusent l’image renvoyée par les médias «comme si les gens étaient responsables de ce qui leur arrive». Yamina cite le cas d’une chaine de télé nationale qui a fait le siège d’une famille victime d’un règelment de compte. «On dirait que le regard des médias veut cette agonie, dit-elle. Si vous posez des questions à des gens en souffrance, vous avez l’émotion qui répond.» Fait plutôt rare, le collectif a même été rejoint par des Comité d’intérêt de quartier (CIQ), dont celui de Malpassé. «On en a ras le bol d’entendre parler des Quartiers Nords, ici c’est Marseille, explique Patrick Rizzitelli, président du CIQ de Malpassé et de la fédération des CIQ du 13 e arrondissement. Il y a un rôle important des logeurs, des politiques. On a vu le quartier se dégrader car on a trop laisser faire. »

Le collectif a élaboré 23 propositions qui seront déposées le 1er juin à la préfecture des Bouches-du-Rhône. L’une d’elle, l’interdiction de vente d’alcool la nuit par les épiceries, a déjà fait l'objet de plusieurs arrêtés municipaux de la Ville de Marseille. Mais les propositions sont bien plus larges allant du retour de la police de proximité à la culture pour tous. «Si les dispositifs sont des réponses techniques, ça ne peut pas marcher, met en garde Yamina Benchenni. Il ne faut pas renvoyer à des traitements sociaux, comme si nous étions des cas sociaux. Les gens sont aussi porteurs de réponses positives possibles».

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QUARTIERS POPULAIRES : NOUS SOMMES TOUS DES MARSEILLAIS

EGALITE DES DROITS ET DES TRAITEMENTS POUR TOUS ET PARTOUT

« NON A TOUTES LES FORMES DE VIOLENCE : Nous aussi nous aimons nos enfants, et nous sommes fatigués de les accompagner jusqu'à leurs tombes ! »

Nous ne supportons plus d’être montrés du doigt, d’être assimilés à l’image des violences, des mafias et des assassinats qui endeuillent notre ville et nos vies à jamais. Au-delà de l’émotion et de la douleur, le constat est partagé : la dérive et la banalisation de la violence ne sont que la résultante d’un profond malaise social.

« Egalité des Droits, Egalité de traitement, JUSTICE POUR TOUS et PARTOUT ! »

Nous ne supportons plus les discriminations à notre égard et celui de nos enfants. Nous ne supportons pas les inégalités face à l’école et la formation des jeunes, l’emploi, la maladie et les difficultés de la vie, simplement parce que nous vivons dans des quartiers qui ont été volontairement abandonnés et qui se sont transformés en ghettos, engloutissant notre confiance et nos combats !

« Un Avenir pour nos Enfants, MAINTENANT ! »

Nous ne sommes pas responsables du chômage, de la pauvreté, de l’échec scolaire, des logements délabrés, des quartiers délaissés, des services publics dépassés, de l’absence de jardins d’enfants, d’équipements sportifs et culturels pour les adolescents, de l’absence de traitement adapté pour lutter contre le chômage et pour la formation des jeunes de nos quartiers ; autant de violences quotidiennes.

« Nous voulons l’état de Droit même dans nos quartiers populaires! »

Nous refusons toutes les violences qui endeuillent nos quartiers. La Républiquede l’égalité, de la fraternité, de la vraie liberté de vivre en sécurité, a abandonné nos quartiers ; nous demandons un vrai plan d’urgence pour ramener tous les services publics, en concertation avec les habitants, et dès maintenant !

« La Police OUI, pour nous Protéger, pas pour nous Enfermer ! »

Nous ne supportons plus les trafics de drogue sans aucun moyen de prévenir, de résister et de soigner. Nous ne supportons plus que la seule réponse soit le déploiement de forces de police agressives qui déplacent le problème sans jamais le résoudre. Nous voulons une police exemplaire et de proximité.

« Nous sommes des citoyens pas des victimes ni des complices ! »

NOUS LES FAMILLES, nous voulons parler, nous voulons comprendre, nous voulons des réponses, nous voulons être entendues, nous voulons agir. Nous avons des demandes précises, élaborées en commun avec les acteurs de terrain, et nous voulons les faire entendre pour qu’elles soient mises en œuvre.

Nous sommes des citoyens responsables et nous disons ensemble, « ce n’est plus possible »!

C’est pourquoi nous marcherons le 1° Juin de la gare St Charles à la préfecture. Et nous appelons tous, les marseillaises et les marseillais, qui veulent vivre ensemble dans la paix et la diversité, à nous rejoindre.

RENDEZ-VOUS SAMEDI 1° JUIN à 14H30

AUX ESCALIERS DE LA GARE St CHARLES

Appel des collectifs d’Habitants des quartiers populaires

Pour nous rejoindre, participer, soutenir : <collectif1erjuin@gmail.com>

 

 

SOURCE / MEDIAPART

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