Mettre à plat les aides publiques, entretien avec Nasser Mansouri

Publié le par dan29000

Budget

Nasser Mansouri : « Mettre à plat les aides publiques »

 

Responsable des études économiques pour la CGT, Nasser Mansouri plaide pour un réexamen et une mise sous condition des quelque 200 milliards d’aides aux entreprises.

 

 

Que pensez-vous des orientations budgétaires 
pour 2014, présentées comme 
un outil favorisant 
la croissance 
et la compétitivité ?

 

Nasser Mansouri. Il faut être clair : 
ce budget ne rompt pas avec 
la politique d’austérité mise en place par ce gouvernement depuis dix-huit mois. Au contraire, il s’inscrit dans cette logique d’austérité qui n’est pas la solution mais le problème. Dès qu’il y a de l’austérité, loin de favoriser la croissance, cela affaiblit l’activité économique et 
la compétitivité. Aujourd’hui, on 
a un problème d’emploi, de précarité, de faiblesse des investissements. 
Les choix politiques et économiques doivent au contraire viser 
à augmenter le pouvoir d’achat des familles dont les revenus sont les plus modestes. Or, par exemple, 
en terme de fiscalité, c’est le contraire qui se passe. La pression est mise 
sur les revenus modestes dont les impôts sont en constante augmentation tandis que 
les détenteurs de capitaux ne sont pas mis à contribution. Nous sommes loin des promesses du candidat Hollande qui faisait de la finance 
son principal ennemi. Le compte 
n’y est pas.

Les entreprises reçoivent environ 200 milliards d’euros d’exonérations 
et de cadeaux fiscaux. 
Que faudrait-il en faire ?

Nasser Mansouri. La plupart de ces aides sont accordées sans aucune contrepartie. L’idée initiale n’est pas mauvaise. Quand une entreprise est en difficulté, il faut l’aider. La question, c’est : comment aide-t-on ces entreprises et sous quelles conditions ? Toutes ces aides qui sont autant d’argent public, il n’y a rien pour savoir ce qu’elles deviennent. Il faut donc qu’il y ait un outil pour vérifier comment cet argent est utilisé. Mais la pression du patronat est tellement forte qu’on a changé l’échelle des valeurs. On est passé d’une logique d’aide à une logique de droit et de dû. Les patrons considèrent que cette aide, produit de la solidarité nationale, est leur droit. Ce qui est dommage, c’est qu’un gouvernement socialiste accepte cette logique. La CGT demande depuis très longtemps une mise à plat des aides afin de vérifier chaque mesure et, en fonction des bilans, les supprimer ou les reconduire. Il y a quinze jours, la Cour des comptes a ainsi ciblé les difficultés du crédit d’impôt recherche. En dépit d’aides importantes, l’effort de recherche et de développement par rapport au PIB n’a pas bougé en France. On reste à 2,1 points contre les 3 points qu’aurait dû permettre d’atteindre une telle aide.

 

Quel rôle les salariés peuvent jouer 
au sein de l’entreprise pour changer 
ce rapport de forces favorable 
au capital au détriment du travail ?

Nasser Mansouri. Dans le cadre du crédit d’impôt compétitivité-emploi (Cice), par exemple, le gouvernement a mis en place une sorte de comité 
de surveillance. La CGT considère 
que l’on pourrait développer cette
 instance dans ces fonctions pour 
en faire un véritable observatoire 
des aides accordées aux entreprises. 
Si dans chaque entreprise, on a le droit de regarder les critères d’attribution, ce serait une avancée notable. Autre chose, depuis une dizaine d’années, le montant des dividendes donnés aux actionnaires progresse plus vite que l’augmentation des salaires, ce n’est pas normal. Si les salariés avaient un droit de regard sur le budget de l’entreprise, ils pourraient favoriser l’investissement. Pour 
les y aider, le gouvernement pourrait utiliser la fiscalité comme outil pour renforcer l’investissement productif. Par exemple, lorsqu’une entreprise 
qui fait des bénéfices privilégie 
les dividendes à l’investissement,
il faudrait qu’elle paie plus d’impôts.

Lire aussi :

Entretien réalisé par Stéphane Aubouard

SOURCE/ L'HUMA

Publié dans actualités

Commenter cet article