Metz, suites du CPE (2006) : 40 000 euros pour Fouad Harjane (CNT) suite à un blocage de gare

Publié le par dan29000

Le Messin Fouad Harjane, 33 ans, secrétaire confédéral (niveau national) des relations médias de la Confédération nationale du travail (CNT), a été condamné, le 23 mars dernier, à 40 000 euros de dommages et intérêts pour “entrave à la circulation ferroviaire”. Une sanction individuelle étonnante pour un blocage collectif de la gare de Metz, en 2006, durant le mouvement contre le CPE. Entretien.

 

 

Le 30 mars 2006, Fouad Harjane se fait interpeller en fin de manifestation au cœur de Metz. Alors étudiant, il dispose d’un mandat dans la coordination nationale étudiante luttant contre le projet de contrat première embauche (CPE). Une garde à vue et un procès plus tard, il est condamné à 150 euros d’amende. Un article de Politis détaille le cheminement judiciaire - tordu – de son cas. En janvier 2012, sa condamnation est confirmée en appel et monte à 300 euros, une procédure civile s’ouvre alors. Le 23 mars dernier, le tribunal de grande instance de Metz greffe sa décision sur la démonstration de la SNCF : Fouad Harjane est le responsable des 5729 minutes de retard, pour un coût horaire de 414,06 euros, ce qui fait une addition de 39 534,45 euros. S’y ajoutent 800 euros de frais pour la partie civile. Jeudi matin, nous avons rencontré Fouad Harjane aux abords de la gare de l’Est.

Dans quel contexte se déroule ton interpellation ?

Le 30 mars 2006, dans le cadre d’un mouvement national contre le CPE, on se retrouve entre 800 et 1000 personnes à bloquer la gare de Metz, pendant une à deux heures. Après le blocage, on part en cortège à la chambre de commerce, puis on repart et on bloque un carrefour routier. Et là, sur instruction du procureur, la police m’interpelle.

Pourquoi juste toi ?

Ma supposition, c’est que l’Etat est bien renseigné et cible les militants, il y a des faisceaux de présomption, comme ils disent eux mêmes. En gros, on cible les militants repérés comme des moteurs dans une lutte. Les moteurs, c’est la capacité d’analyse, la capacité d’expression, la capacité de regrouper. Durant cette période, j’étais en licence de conception et développement de projets culturel et j’avais un mandat dans la coordination nationale étudiante. Metz, c’est une ville de 200 000 habitants, tout le monde se connaît, ils ne peuvent pas se permettre de ramasser à la pelle toute la jeunesse de la ville.

Concrètement, comment opère la police  ?

Elle me piège. Nous, on reste avec les lycéens sur le blocage de l’axe autoroutier pour ne pas les laisser tout seul. A ce moment là, les flics arrivent. Ils m’interpellent en me faisant entrer dans le Virgin. Ça, c’est marrant, c’est un petit détail où tu peux voir qu’il y a des complicités et des intérêts entre le patronat et la police. Ils me rentrent dans le Virgin et, tout de suite, la direction baisse les stores. Ils ferment le magasin avec des clients dedans ! Ainsi, les autres manifestants ne peuvent pas venir me chercher.

Comment expliquer que la condamnation du 23 mars dernier soit aussi lourde ?

C’est un procès politique pour l’exemple. Ce que l’on comprend, nous, dans ce jugement, c’est qu’ils cherchent à briser, entre guillemets, les “meilleurs” militants. Dans la mesure où nous sommes les plus volontaire, les plus déterminés, les plus organisés. Ils se disent : “ces gens là, pour qu’on puisse réformer à notre guise, il faut qu’on leur mette une épée de Damoclès au dessus de la tête. Comme ça ils ne bougent plus.” C’est en ça que c’est un procès politique car quand on te met 40 000 euros au-dessus de la tête, tu réfléchis à deux fois avant de recommencer. Pour moi, c’est vite vu, je recommencerai sans aucune hésitation. Pourtant, quand Chirac annonce qu’il ne promulguera pas la loi (sur le CPE), c’est justement parce que, dans tout le pays, il y a des milliers gens qui ont fait comme moi. Qui sont allés bloquer des gares, des axes économiques et autoroutiers, des transports… Donc notre action a été légitimée.

Désormais, vous voulez politiser ton histoire ?

Bien sûr. Nous, on s’adresse à la gauche. Attention, on parle de la gauche de gouvernement. Du temps où elle était dans l’opposition, la gauche appelait à manifester dans la rue. Aujourd’hui qu’elle est au gouvernement, il faut qu’elle amnistie ceux qui ont mené le combat social. C’est une évidence.

Tu fais référence à la loi proposée par le Front de gauche, dite “d’amnistie sociale”, qu‘Hollande a enterrée récemment…

Oui. Dans son allocution télévisée du 16 mai, François Hollande a dit : “je suis contre une loi d’amnistie mais pour une situation exceptionnelle, je suis prêt à faire du cas par cas”. Pour nous, c’est une insulte faite à l’ensemble des mouvements sociaux. Venant d’un gouvernement de gauche, le cas par cas, c’est le fait du Prince. C’est de dire : “Moi, je suis président de la République, je gracie“. C’est pas égalitaire. S’il n’y a pas égalité, il n’y a pas justice. Notre revendication est simple : amnistie civile et pénale pour tous les faits commis dans le cadre de mouvements sociaux depuis 2002.

C’est large…

Certes, mais on va déjà poser sur la place publique le débat et dire au gouvernement “vous êtes de gauche ou vous l’êtes pas ?” C’est bas les masques. Par son attitude, Hollande est en train de donner une dynamique à l’extrême droite. On l’a vu sur le mariage pour tous.

Sur le plan purement juridique, quels sont les arguments ?

On a enclenché un appel, le jugement du 23 mars n’est pas exécutoire. On pointe la disproportion de l’amende et le fait que l’on en prenne un pour en juger 800. C’est la peine de l’exemple. Ça, c’est notre défense juridique. Et on fait aussi pression sur la SNCF avec une campagne de mails à Guillaume Pépy demandant que la SNCF annule sa demande en dommages et intérêts. Pour l’instant, pas de réponse.

PS: Voir aussi la vidéo de la CNT où Fouad Harjane explique son affaire

 

 

SOURCE / LES INROCKS.

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