Migrants : mourir en Méditerranée

Publié le par dan29000

Migrants, bateaux gonflables et Méditerranée

par Carine Fouteau

Avec les beaux jours reviennent les naufrages en Méditerranée de migrants en quête d’une vie meilleure. A nouveau, cette mer se transforme en tombeau. Moins nombreuses qu’en période de révolution ou de guerre, les traversées périlleuses se poursuivent néanmoins: au moins onze personnes, dont trois femmes et deux enfants, viennent de mourir au large d’Al Hoceima, dans le nord du Maroc. Elles étaient parties de Nador dans l'espoir de rejoindre l’enclave espagnole de Melilla. Les victimes sont originaires d’Afrique subsaharienne, a indiqué Fayçal Oussard, le responsable de l'Association marocaine des droits humains (AMDH). Selon lui, le drame est survenu le 16 avril à la mi-journée, à 9 kilomètres des côtes. La mer était calme mais le bateau était «bien trop petit pour le nombre de personnes à bord», a-t-il souligné. Douze personnes sont saines et sauves et onze autres ont été hospitalisées. Leur sort est incertain, dans la mesure où les autorités marocaines multiplient les interpellations et refoulent les migrants, dans des conditions contestables, vers la frontière algérienne.

De leur côté, les services de secours maritimes espagnols ont annoncé le 17 avril la mort d’un migrant et le sauvetage de quatorze autres montés à bord de deux bateaux de fortune, à proximité du port de Tarifa en Andalousie. Après avoir été pris en charge, les survivants ont été conduits vers un centre de rétention. Le Détroit de Gibraltar semble redevenir un lieu de passage des exilés alors même que cette route avait été abandonnée pendant plusieurs années en raison de la dangerosité des courants marins à cet endroit. Le risque est, ces jours-ci, démultiplié par un nouveau phénomène: l’usage de plus en plus fréquent de petits bateaux gonflables. Un responsable de la Croix-Rouge en Espagne a récemment observé que les candidats à l’immigration embarquaient plus souvent sur des bateaux en plastique, type canoë de plage aux allures de «jouets». «C’est encore plus précaire. Il y a plus de risque de naufrage et donc de noyade», a souligné Antonio Fernandez, responsable des opérations d’urgence de cette organisation. «Comme il est chaque fois plus difficile de passer par voie terrestre ou d'autres voies, c'est la voie maritime qui est choisie», insiste-t-il.

Le 13 avril, le marine libyenne avait annoncé le décès de cinq migrants, les garde-côtes libyens en ayant sauvé quatre-vingt neuf autres, après le naufrage de leur bateau pneumatique tombé en panne au large de Zaouia, à 50 kilomètres à l’ouest de Tripoli. Ils auraient dérivé pendant cinq jours avant d'être repérés par un pêcheur. Selon le porte-parole de la marine, le colonel Ayoub Omar Gacem, les survivants, originaires «du Nigeria, du Sénégal, du Ghana et du Mali», ont indiqué que les cinq personnes décédées étaient mortes sur le bateau pendant la panne et que les corps avaient été jetés à la mer. Le haut-responsable avait rappelé qu’il s’agissait du deuxième groupe de migrants secourus cette semaine-là.

Le 12 avril, le décompte venait des garde-côtes italiens. Ceux-ci avaient annoncé avoir sauvé deux-cent treize migrants entassés sur deux embarcations à moteur, portant à six-cent cinquante le total des immigrés secourus ces derniers jours aux abords de l’île de Lampedusa, la plus proche des côtes africaines. «L’amélioration des conditions météo attendues dans les prochains jours encourage les départs», avaient souligné les autorités italiennes.

Fin mars, c’est du côté de la Turquie qu’un drame a eu lieu. Six réfugiés syriens, dont une adolescente enceinte et trois enfants, se sont noyés en tentant de rallier l’île grecque de Lesbos, et trois autres ont été portés disparus. Selon le Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU, eux aussi avaient pris la mer sur un canot gonflable.

L'été dernier, j'avais consacré une série d'articles à La Méditerranée, cimetière migratoire.

SOURCE / MEDIAPART

Publié dans actualités

Commenter cet article

Melanie 16/05/2013 17:59

Merci pour cet article!