Né sous les coups, un premier roman de Martyn Waites, chez Rivages

Publié le par dan29000

Si vous avez envie de comprendre le monde actuel, en lisant des romans, la catégorie "romans noirs", est la meilleure approche. C'est encore le cas en cette rentrée littéraire. Il y a quelques semaines nous chroniquions "Une certaine vérité" sur le Salvador après la guerre civile, où l'implantation nord américaine était toujours là. Aujourd'hui, c'est le premier roman de Martyn Waites qui nous offre un terrible portrait de l'Angleterre des années 2000, c'est à dire maintenant, tout en nous rappelant d'où vient la situation actuelle.

Avant.

Avant ce fut 1984, et Thatcher.

Donc une double narration particulièrement futée, car cela fait bien saisir au lecteur l'ampleur d'une défaite historique du mouvement ouvrier en Europe. Les années 80 furent un virage pour les pays développés. Ce que nous avons coutume de nommer les années Reagan-Thatcher. A la même époque, les États-Unis subirent aussi une défaite cuisante, la longue et puissante grève des aiguilleurs du ciel, cassée par Reagan.

Face à ce duo de choc, un monde nouveau était né sous les coups...

Un monde où tout empira.

Ce n'est pas juste une formule, mais une réalité mortifère que Martyn Waites décrit avec un incroyable talent, en situant son histoire à Coldwell, une petite cité minière du nord, maintenant sinistrée.

Les mines fermées, le système social presque démantelé, le chômage endémique, le reflux syndical, misère et criminalité pouvaient s'épanouir en paix. L'ultra-libéralisme y règne depuis. Les commerces fermés, les réseaux des trafiquants de drogues et de pornographie, s'installèrent.

Avant, pourtant la résistance des mineurs fut rude et longue. Sans compromis. Les pages consacrées à la répression sanglante d'une manifestation font écho, à deux décennies d'intervalle, à la violence des gangs régnant, maintenant.

Difficile de ne pas songer au grand David Peace (GB 84)...

Bien entendu, il y a une histoire, de vengeance, donc de haine, car les situations de naufrage impactent aussi les vies privées. Les vies professionnelles ne sont pas les seules à partir à vau-l'eau. Les amours aussi sont perdus.

Martyn Waites nous offre une superbe galerie de personnages attachants, comme ce journaliste écrivain qui se pose la question de la fidélité à son engagement dans un monde devenu résigné face au naufrage général.

Difficile de ne pas partager le constat de Waites, fait de lucidité, vis à vis de populations mises KO.

Une des belles révélations de cette rentrée littéraire 2013. Et une preuve de plus que le roman noir est le meilleur vecteur pour passer au scanner nos sociétés qui se délitent. Dans la lignée d'Ellroy et de Robin Cook.

Sans oublier, la cerise sur le pudding, la bande-son du roman, le rock anglais des Eighties qui participe aussi à la coloration de l'ambiance. D'ailleurs le titre anglais de ce roman était "Born under punches", une chanson des Talking Heads !

 

 

Dan29000

 

Né sous les coups

Martyn Waites

Traduit de l'anglais par Alexis Nolent

Rivages thriller

2013 / 464 p / 22 euros

Existe aussi en numérique

 

 

 

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