Narcopolis, un premier roman de Jeet Thayil, Editions de l'Olivier

Publié le par dan29000

Mumbai.

Plus connue sous le nom de Bombay.

Mégalopole indienne foisonnante, toujours en mouvements désordonnés où semblent se côtoyer extrême pauvreté et insolence des buildings ultra-modernes du XXIe siècle.

Souvent le chaos.

Parfois les émeutes entre hindous et musulmans.

Toujours les solitudes en groupes et les drogues.

Ici l'opium. Plus précisément une fumerie où va se perdre Dom, nouvel arrivant issu d'une autre mégalopole New York.

C'est un tableau d'une ville, via les portraits des usagers de cette fumerie, que nous offre Jeet Thayil pour son premier roman. C'est beaucoup, notamment parce que nous suivons ces personnages sur plusieurs décennies, depuis les seventies. La ville a évolué, les habitants aussi, et la drogue également. Hier l'opium et la non-violence à la Gandhi, aujourd'hui l'héroïne et l'ultra-violence entre croyants déchaînés. Les années hippies se sont évanouies dans les volutes de fumée, laissant place aux adeptes de Wall Street dans leurs buildings aseptisés.

Très vite le lecteur se laisse volontiers happé par l'ambiance du roman et par une vraie tendresse que l'auteur éprouve pour ses personnages. Jeet Thayil a connu durant deux décennies le phénomène de l'addiction. Cela se sent parfois. Sa galerie impressionnante sonne juste.

De Fossette, la belle prostituée, qui fut d'abord un garçon, à cet Hindou adorateur de Jimi Hendrix, les parcours se croisent au fil des destins. Et il y a aussi M. Lee, qui a fui les errements de la Chine maoïste. A cinquante cinq ans, sa toux endémique n'est pas un frein pour ses pipes quotidiennes.

Tout ceci aurait pu donner un roman aussi froid que ceux de Bret Easton Ellis. Au contraire, le lecteur ressent au fil des pages, une chaleur proche de Kerouac, Ginsberg ou Rushdie, pour tous ces gens qui tentent de survivre. La qualité de la langue est au service de la forte réalité des humains rencontrés dans l'enfer de certains quartiers. Pas surprenant que ce roman d'une force rare fut finaliste du Man Booker Price en 2012.

Alors que la littérature est abondante sur ce thème, Jeet Thayil, nous surprend encore, avec une prose poétique, brossant un tableau chaleureux malgré la noirceur des situations. Un premier roman qui dégage une forte puissance, cela est assez rare.

A noter aussi, même si cela est un détail, la belle couverture de ce livre. Toujours un petit plus...

 

Dan29000

 

Narcopolis

Jeet Thayil

Traduit de l'anglais (Inde) par Bernard Turle

Éditions de l'Olivier

2013 / 302 p / 22 euros

 

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