Nuisances : Monsanto, ennemi public numéro un

Publié le par dan29000

Monsanto: l'ennemi public n°1

 

Fondée il y a plus de 100 ans, Monsanto est une multinationale de biotechnologies végétales et d'agrochimie alimentaire, notamment reconnue pour la fabrication de l'agent orange - utilisée durant la guerre du Viêtnam - et de diverses formes de PCB. Mais Monsanto est aussi le leader mondial en matière de semences génétiquement modifiées (OGM).

 

Pour les néophytes, les OGM sont des organismes qui ont subi, grâce à l'intervention de l'homme, une modification de leur patrimoine génétique dans le but de lui conférer de nouvelles propriétés. Autrement dit, l'entreprise, dans ce cas-ci Monsanto, travaille à transformer les caractéristiques génétiques (par ajout, suppression ou remplacement d'au moins un gêne), donnant naissance à un nouvel organisme, qui n'existe pas intrinsèquement dans la nature. Monsanto, métaphoriquement parlant, se prend donc pour Dieu... D'accord, peut-être pas, mais presque!

Sa feuille de route prouve néanmoins que l'empire des pesticides s'inquiète exclusivement de son rendement individuel - soit de la productivité et de l'efficacité de ses produits et, conséquemment, des retombées économiques qu'ils génèrent - et non de la santé publique ou encore de l'environnement. Par conséquent, comment cette compagnie peut-elle encore opérer ? Voici quelques éléments de réponses.

Depuis des années, Monsanto est mise en cause dans plusieurs procès sur la toxicité de ses produits pour le domaine agricole. Malheureusement, la plupart des requêtes (ou enquêtes) ont soit été abandonnées, soit elles ont donné raison au défendeur. Rares sont ainsi les répercussions négatives pour Monsanto. En fait, seuls quelques litiges ont octroyé la faute à la multinationale, sans pour autant faire la Une médiatique. Et même lorsque cela est arrivé, l'image de Monsanto semble s'être accrue en notoriété. Comment est-ce possible?

En fait, plusieurs facteurs contribuent à la puissance quasi universelle de Monsanto. De nombreux éléments, au fil du temps, ont participé à octroyer pratiquement carte blanche à la compagnie; notons que cela est encore plus vrai depuis la promulgation par l'administration Obama du Monsanto Protection Act, une loi adoptée par le Congrès et le Sénat américain qui accorde un pouvoir important à la multinationale, en réfutant notamment toute forme de responsabilité criminelle.

À ce sujet, la sanction législative par la présidence des États-Unis - au milieu d'une loi budgétaire (similaire au projet de loi Mammouth orchestré par lesconservateurs canadiens), ainsi qu'au moment où l'actualité était davantage tournée vers les menaces nord-coréennes - fait en sorte que désormais personne ne peut s'élever contre les OGM, y compris le système de justice, et ce, même si un danger sanitaire est prouvé... Pardon?... Pour résumer, les deux assemblées ont épousé une loi qui contraint le ministère de l'Agriculture à ignorer toute décision judiciaire qui bloquerait la plantation de cultures génétiquement modifiées, même si un tribunal avait jugé illégale cette pratique. Incroyable, c'est à se demander si nous vivons collectivement un cauchemar? Cette dangereuse réalité crée hors de tout doute un précédent néfaste, ce qui ne présage rien de bon pour l'avenir...

 

 

L'important bassin de travailleurs que la compagnie emploie constitue par ailleurs un autre facteur de pouvoir pour Monsanto. En fait, ce sont 21 400 employés qui sont directement sous sa gouverne principale, sans compter les travailleurs de ses nombreuses filiales tentaculaires, ainsi que de ses multiples alliances stratégiques - avec des entreprises comme Procter & Gamble, General Mills, PepsiCo et ConAgra, pour n'en nommer que quelques-unes. Globalement, Monsanto et ses partenaires commerciaux représentent plus d'un million de travailleurs exclusivement aux États-Unis. C'est une force vive impressionnante, ainsi qu'un pouvoir sur l'économie du pays. Pensons simplement à la capitalisation boursière de l'empire des PCB, qui était de 66 milliards en 2008. Il n'est donc pas étonnant que Monsanto possède une influence considérable sur la scène politico-économique nationale et même mondiale.

Politiquement parlant, Monsanto a réussi à se rapprocher des sphères décisionnelles, particulièrement grâce à de nombreuses tactiques d'influence. Par exemple, en disposant de leurs ressources humaines loyales au cœur des processus de décision - notons, entre autres, les cas de Margaret Miller et de Micheal Taylor à la FDA (l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) ou encore des alliances stratégiques et des jeux de chaises musicales entre certains gros bonnets de l'entreprise et les administrations publiques (le cas de Gilbert Ommen, cet ancien directeur de Monsanto, maintenant conseiller scientifique du président Obama) - Monsanto a réussi à s'attirer des faveurs (certainement par des voies peu honorables), ainsi que des décisions favorables, et ce, malgré les échecs de toxicité de plusieurs de leurs produits. Vous savez, quand l'argent parle!

Bien plus, le facteur économique et de soutien politique est encore plus tentaculaire que des simples nominations partisanes. Effectivement, il est question de financement des grands partis politiques (des centaines, voire des millions de dollars de contribution électorale) aux États-Unis, ainsi que dans d'autres pays comme le Canada. Sur ce point, l'entreprise - responsable de milliers de malades et de mort au Viêtnam pendant l'invasion américaine des années 1960 - a contribué massivement à la réélection de Bill Clinton en 1996, un geste que l'ancien président remercia en dressant le panégyrique, lors de son discours sur l'état d'union (1997), de l'entreprise de Saint-Louis.


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Similairement, l'importante contribution de Monsanto à la campagne de Mitt Romney en 2012 n'était que la suite d'une longue lune de miel entre le candidat et la firme du Missouri, une collaboration qui avait débuté lors du passage de Mitt en tant que dirigeant de Bain Capital (pour plus de détails, voir l'enquête de Wayne Barrett). Les ramifications de Monsanto s'étendent aussi jusque dans les médias avec des alliances stratégiques avec certains magnats de la presse, notamment l'union quasi conjugale avec le groupe Fox News. Souvenez-vous de la censure entourant le reportage sur le Posilac effectué par les journalistes d'enquête Jane Akre et Steve Wilson, une demande directement attribuable aux liens entre les têtes dirigeantes conservatrices de Fox et celles de Monsanto.

Mais, concrètement, Monsanto c'est l'hormone bovine (laitière) de croissance, un OGM qui a pour objectif de faire produire les animaux au-delà de leur capacité naturelle de production (surexploitation, cruauté animale, etc.). C'est également l'aspartame, une histoire méconnue qui pourtant mérite une médiatisation d'envergure. Pour la résumer rapidement, la firme Searle (aujourd'hui une propriété de Monsanto) sous les efforts de son dirigeant Donald Rumsfeld (M.« They have weapons of mass destruction ») fit d'énorme pressions sur le gouvernement Reagan afin d'obtenir l'autorisation nécessaire à la commercialisation de l'aspartame, ce malgré les échecs de toxicité du produit. Actuellement, ce sont plus de 6000 produits (crème glacé, boisson gazeuse, chocolat, fromage, yogourt, etc.), se retrouvant sur les tablettes de nos épiceries et que nous consommons chaque jour, qui sont cancérigènes et néfastes pour la santé humaine. Comment une telle hérésie peut-elle être admissible?

Monsanto, c'est aussi RoundUp, un herbicide qui a été montré du doigt à maintes occasions par des études universitaires. De fait, ce désherbant est présentement soupçonné d'être un produit à haute teneur en toxicité. D'ailleurs, la recherche effectuée l'an dernier par l'équipe de Gilles-Éric Séralini démontre que la consommation de cet herbicide est un danger pour la reproduction, pouvant même être fatal à l'humain.

En somme, les produits développés et mis en marché par Monsanto - la plupart se retrouvant dans notre assiette sous une forme ou une autre - sont parmi les plus dangereux de l'ère contemporaine.

Cela dit, il est temps que les gouvernements mettent leur culotte et s'attaque à ce fléau avant qu'il ne soit trop tard et que les effets soient irréversibles. Ici au Canada et au Québec, il est grand temps que les divers paliers de gouvernements optent pour la protection de la santé et de l'environnement, plutôt que de raisonner en terme uniquement monétaire. Quelques stratégies peuvent aider à solutionner le problème, du moins une partie de celui-ci.

Il importe d'abord de conscientiser et d'informer le consommateur par l'étiquetage obligatoire des produits génétiquement modifiés. Cette simple obligation, déjà en vigueur dans plus d'une soixante de pays du monde, serait sans contredit une excellente façon d'assurer un minimum de conscientisation des individus, voire un apprentissage de ce qu'il manque, un peu comme cela a été fait avec les glucides, les lipides, etc.

Une seconde stratégie vise à certifier une plus grande transparence et honnêteté de la part de nos gouvernements, surtout lorsqu'une panoplie d'études scientifiques démontrent que les OGM sont nocifs pour la santé. Dans cet ordre d'idées, la promotion et le financement d'une agriculture écologique, voire biologique, plutôt que d'opter automatiquement pour la commercialisation d'une agriculture industrielle, telle que proposée par les industries utilisant les pesticides et autres produits de Monsanto, représente une avenue beaucoup plus souhaitable pour la santé humaine.

Sur ce point, l'idée d'accorder une subvention aux citoyens - qui produisent leurs propres légumes et fruits, que ce soit via du jardinage de cours, de balcon ou dans un jardin communautaire - me semble une voie assurément intéressante pour combattre le problème à la racine. Les incitations en termes d'argent constituent toujours une façon de changer les mentalités, surtout à une période où le capitalisme est roi.

Somme toute, la conscientisation s'avère néanmoins la meilleure défense contre les entreprises de type Monsanto. Ainsi, un individu conscientisé s'assurera de mieux s'alimenter à travers des méthodes plus saines, plus bio et plus écolo. Dès samedi 25 mai sortons dehors pour dire non aux OGM, aux pesticides, pour dire non à Monsanto... Voilà, après Le monde selon Monsanto, voici que le monde doit se dresser contre l'ennemi public numéro un !

 

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SOURCE / Yannick Barrette, Huffingtonpost.ca

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