Outdoor art, la sculpture et ses lieux, de Joëlle Zask

Publié le par dan29000

Outdoor art, le livre de Joëlle Zask est rare. En effet rares sont les livres où se croisent l'art et la politique, deux de nos préoccupations majeures. Elle a choisi comme angle d'attaque la sculpture contemporaine, évitant les lieux communs des statues classiques du XIXe siècle ou encore les œuvres plombantes des représentations fascistes ou staliniennes, où la sculpture est dans l'espace public afin de glorifier et de construire une pensée totalitaire édifiante...

 

Ainsi que nous l'explique l'auteur dans son introduction, elle nous propose dans cet essai, une belle exploration des œuvres en interaction avec des lieux, ce qui nous permet d'échapper aux positions de dominés ou dominants, avec un choix assumé, l'art est dehors, il n'est plus comme il le fut bien longtemps, dedans. Dans les musées, les galeries, les lieux officiels ou les palais d'hiver ou d'été.

 

Nous ne résistons pas à citer Oldenburg :

"Il faut que l'art qui a si longtemps sommeillé dans des mausolées dorés et dans des cercueils de verre sorte prendre l'air, fume une cigarette, boive une bière."

 

Tout au long de cet essai vivifiant et érudit, l'auteur, qui est philosophe, passe en revue les conditions d'existence de cet outdoor art, propose une critique de ces sculptures, avec l'exemple du land art et de l'art furtif, sans oublier l'étude des spectateurs-visiteurs que nous sommes lors de la confrontation entre le public et l'œuvre exposée. Ou encore la composante ludique, car il s'agit de se promener, d'explorer, de se laisser surprendre au détour d'un rond-point, d'un square, d'un forum. L'essai s'achevant sur l'étude particulièrement subtile des notions d'antimaisons et d''antimonuments. Bien entendu, la réussite de cet essai tient aussi aux nombreux exemples donnés par Joëlle Zask, des plus célèbres comme Richard Serra ou Jean Tinguely, en passant par nombre d'artistes moins connus du grand public.

 

Une trentaine d'illustrations vient à la rescousse du profane, ce qui est fort utile, même si l'on trouve là le seul défaut du livre, des photos en noir et blanc et surtout de tailles réduites où il est assez difficile d'apprécier, par exemple, le Garden of stones, d'Andy Goldsworthy à New York... Dommage. Mais il est vrai que cela aurait été alors un autre livre, et sans doute un autre public visé.

 

Mais cela ne pourra que donner l'envie à un nouveau public, politique notamment vu l'éditeur, d'approfondir les œuvres de ces artistes "outdoor" qui couvrent de leurs talents tant d'espaces publics de part le monde, changeant ainsi notre perception à la fois de l'art et de notre rapport à l'art, dans un sens bienvenu de désacralisation, de gratuité, dans un espace ouvert.

 

Un essai qui surprend, motive la curiosité et la réflexion, et qui enchante.

En ces temps plutôt obscurs, que demander de plus ?

 

Dan29000

 

Outdoor art

La sculpture et ses lieux

Joëlle Zask

Éditions La découverte / Les empêcheurs de penser en rond

2013 / 2308 P / 26 euros

 

Publié dans lectures, arts

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