Pour l'extradition de Mario Sandoval vers l'Argentine

Publié le par dan29000

Mario Sandoval doit être extradé vers l'Argentine

 

La justice française rend jeudi 9 octobre son avis sur la demande d'extradition formulée par un juge argentin envers Mario Sandoval, ancien policier poursuivi pour crimes contre l’humanité pendant la dictature. « Il serait intolérable que la France puisse entraver la justice de ce pays » en y apportant une réponse négative, plaident les philosophes Miguel BenasayagJean-Pierre FayeOlivier Mongin et Bernard Stiegler, et l'éditeur François Gèze. 

 


 

Le 9 octobre 2013, la chambre de l’instruction de Paris va avoir la lourde responsabilité d’émettre un avis sur la demande d’extradition du franco-argentin Mario Alfredo Sandoval, né le 31 août 1953, ancien officier de la Police fédérale de Buenos Aires pendant la dictature argentine (1976-1983). Il a fait l’objet, le 15 mars 2012, d’un mandat d’arrêt international émis par la justice argentine, dans le cadre de l’enquête pour « crimes contre l’humanité, privation de liberté et torture ayant entraîné la mort » commis au sein de l’École supérieure de mécanique de la marine (ESMA), l’un des pires centres de torture et de disparitions forcées de la dictature militaire.

Le juge argentin Sergio Torres, qui est à l’origine de la procédure, a d’abord été saisi par les membres de la famille de Hernan Abriata, militant de la Jeunesse universitaire péroniste et étudiant en architecture disparu le 30 octobre 1976, qui avaient témoigné dans le rapport officiel de la Conadep (Commission nationale sur les disparitions) publié en 1984, Nunca más. Selon eux, un des membres du commando venu enlever le jeune homme dans la maison de ses parents s’était identifié comme « officier inspecteur Sandoval de la coordination fédérale » basée à l’ESMA. Ils avaient également pu entendre les surnoms de « Halcon » (comme se faisait appeler le capitaine Néstor Savio) et « Serpico » (qui était Ricardo Cavallo), membres du « grupo de tareas 3.3.2 », commando clandestin de l’ESMA.

En 2008, de nombreux sites de presse français et d’associations de défense des droits de l’homme et de solidarité ont repris ce témoignage quand Mario Sandoval était apparu dans des conférences internationales comme spécialiste d’intelligence économique résidant en France. Il avait alors porté plainte pour diffamation en arguant que la personne nommée dans les articles était un homonyme et que sa mention dans le rapport de la Conadep n’était pas avérée. Sa plainte déposée au tribunal d’Auxerre a été jugée irrecevable.

Mais les identités de celui qui avait obtenu la nationalité française et de l’officier de police de la coordination fédérale ont pu être rapprochées et les témoignages de rares survivants de l’ESMA ont confirmé la présence de Mario Sandoval parmi les agents de ce centre de détention. Le juge Torres a ainsi pu intégrer son dossier dans le méga-procès de l’ESMA qui s’est ouvert en 2012 pour instruire les crimes contre l’humanité – dont l’enlèvement et la disparition des religieuses françaises Alicia Domont et Léonie Duquet – commis dans ce centre de torture, 780 personnes étant mises en cause.

En 2008, on a ainsi découvert qu’un agent de la dictature argentine avait pu faire carrière en France. Mario Sandoval s’est présenté comme un fonctionnaire et un enseignant dans la police de Buenos Aires et dans l’armée argentine entre 1972 et 1985 qui avait obtenu un doctorat en science politique et un DEA en philosophie politique à Paris-I. Il a ainsi pu décrocher des postes de conférencier et d’enseignant en relations internationales et en intelligence économique à l’Institut des hautes études pour l’Amérique latine, à l’École supérieure d’économie et de gestion de Paris, à l’université de Marne-la-Vallée et au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il a indiqué être aussi membre du Collège international de philosophie.

En mai 2007, Laurence Masure a révélé dans un article du Monde diplomatique, que « fin novembre 2006, le site de l’ambassade de France au Chili indiquait que M. Sandoval, “universitaire chargé de mission à la direction de l’intelligence économique de l’ACFCI [Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie]”, faisait partie d’une “importante délégation” autour de la personne de M. Alain Juillet – neveu de M. Pierre Juillet, l’ancien conseiller de M. Jacques Chirac –, grand patron, proche des milieux de la défense, directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) en 2002, et nommé plus récemment par M. Nicolas Sarkozy au poste de directeur de l’intelligence économique auprès du Premier ministre ».

Comme plusieurs ONG de défense des droits de l’homme l’ont fait remarquer dans un communiqué de presse publié le 3 octobre 2013, « si la France s’interdit en principe d’extrader ses nationaux, cette règle ne saurait s’appliquer à Mario Alfredo Sandoval. L’article 696-4 du code de procédure pénale exclut en effet cette règle lorsque la personne réclamée n’avait pas la nationalité française à l’époque de l’infraction. À l’époque des faits, M. Sandoval possédait uniquement la nationalité argentine. »

De nombreux secteurs de la population argentine se sont mobilisés pour que toute la lumière soit faite sur les crimes contre l’humanité commis pendant la dictature et il serait intolérable que la France puisse entraver la justice de ce pays. Nous espérons donc que le tribunal répondra favorablement à la demande d’extradition transmise par le juge Torres et que le gouvernement statuera rapidement sur l’exécution de cette mesure.

Un rassemblement de plusieurs organisations de solidarité et de partis politiques se tiendra le 9 octobre à 15 heures devant la fontaine de la place Saint-Michel à Paris et une pétition est disponible en ligne pour soutenir la demande d’extradition de Mario Sandoval. 

Miguel Benasayag, philosophe,
Jean-Pierre Faye, co-fondateur du Collège International de Philosophie
François Gèze, éditeur,
Olivier Mongin, philosophe,
Bernard Stiegler, philosophe

 

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