Pourquoi j'ai arrêté de militer avec le Front de gauche

Publié le par dan29000

Pourquoi j'ai arrêté de militer avec le Front de Gauche ?

 

Historique de mon aventure avec cette formationHourra pour Mélenchon, vive Mélenchon !

J'étais enthousiaste devant les qualités d'orateur indéniables du candidat. La campagne électorale m'a cueilli alors que je sommeillais, assez désabusé et même dégoûté, depuis une trentaine d'années loin de la politique. Il faut vous dire que je suis issue d'une famille communiste dans le genre mystique. Depuis 30 ans, c'est à dire depuis l'élection de François Mitterrand en 81 et pis encore après les Jospinades de 83. Alors le PS, faut pas m'en parler, c'est presque plus un adversaire de classe que les capitalistes. On va voir du reste que mon cheminement politique n'a fait que rapprocher toujours plus pour aujourd'hui les fusionner ces deux tendances sociales libérales.

Bref, je leur ai dit à mes camarades du Front de Gauche. Je leur ai dit comment je trouvais tout ça super, Place au Peuple, j'ai dit comment je trouvais ça chouette le concept de Radicalité Concrète (mais je doute que beaucoup de militants en comprennent vraiment le sens). Je leur ai dit c'est génial les Assemblées Citoyennes, j'y ai participé, j'ai donné un peu de moi-même pour cette cause qui me semblait être La Cause. Je leur ai dit, dès le départ, les gars, moi, tant que je ne dois pas voter socialiste une fois encore, ça me va !

La campagne électorale. Les grandes foules. Je me dis alors que finalement, peut-être bien qu'il faut un « homme providentiel ». Mélenchon, je le dévore des yeux et des oreilles mais pas que lui, les autres aussi, même s'ils ont moins de talent que lui. Je mate tous les meetings sur internet, je jubile, un espoir énorme gonfle ma poitrine et soigne mon hypertension.

Et puis quoi, j'ai été accueilli, moi le sans carte, le sans parti. Je fus jadis militant communiste ! Un bon, un qui savait convaincre. J'ai de la culture et je parle bien en public. Alors on m'écoute, on me comprend, on me réclame même ! Je suis bien, les choses avancent bien, j'ai ma position de non encarté dans les Assemblées, cela me confère une sorte de pouvoir charismatique assez étonnant.

Et puis vinrent les élections et le score minable (au regard de nos espérances folles !) de Mélenchon et du Front de Gauche. Bien sur les camarades sont toujours très forts pour transformer en réussite les échecs les plus cuisants. Mais on ne me la fait plus. Bref, on mijote, on calcule, on s'engueule en réunion, on sort son fourbis stratégie politique et c'est le mot d'ordre qui tombe : Voter contre Sarko ! Il fallait voter, et d'une et de deux, pour ne pas passer pour un saligaud, il fallait voter Flanby pour virer Sarko. Les boules pire que quand il a fallu voter Chirac contre Le Pen !

J'ai voté Flanby la mort dans l'âme. Mais pourquoi, sacre bleu, ais-je encore voté contre mes convictions profondes, à rebours de moi-même ?

La suite de mon aventure politiqueComme d'hab' et malgré les bonnes résolutions le mouvement politique porteur d'espérance se dégonfle après le succès de la gauche aux élections. Ouf, viré le méchant, jeté l'épouvantail ! Bien entendu la catastrophe qui a touché le Front de Gauche est vécu par les militants comme elle l'a toujours été. On se dégonfle et on pense aux prochaines élections. Les gars, faut pas s'épuiser, il faut concentrer son énergie en vue des prochaines échéances électorales. Place au Peuple qu'y disait. Mais tout disant l'idée malgré tout n'était autre que de l'emporter aux élections. La place du peuple elle n'est pas ailleurs que dans l'isoloir et devant l'urne puisqu'au final tout se termine toujours dans une urne Quand on fait bouger le peuple ou que l'on soutient sa lutte c'est en arrière pensant : élections !

J'ai voté pour l'autre valet de la finance internationale. Je suis pour la résurrection d'Alfred Jarry et je parlerais désormais de phinances, la pompe à phinance ça va bien avec phlamby. J'ai voté carpette sur injonction de mes camarades communistes et gauchistes. Je me suis outré des jours et des jours de n'entendre toujours associés sur les ondes médiacratiques que Socialiste et Gauche, la Gauche Socialiste. Mais oui, la gauche, toute celle qui veut accéder aux commandes par les élections, toute cette gauche-là est socialiste, social-démocrate même.

Je me suis éloigné de mes camarades Front de Gauchiste, déçu à nouveau, amer et plein de doute. Je les aime bien, ils me ressemblent tant, cette envie de changer le monde, de se débarrasser de cette engeance mortelle qui nous conduit droit au mur. Je les aime bien mais je leur en veux. Je ne leur en veux pas de ne pas m'avoir entendu, ma fois, je suis un démocrate au fond et je n'ai rien d'un despote, même éclairé, mais mon intuition est assez sure, j'ai pu le vérifier. Je leur en veux de n'aller pas au bout de la logique, je leur en veux de faire passer dans leur tête des idées qui ne sont pas cohérentes. On en fait quoi de la radicalité concrète, on en fait quoi du « Place au Peuple » qui semblait si puissant, si sincère ? Mes camarades, c'est Le peuple. Il faut croire qu'il se sent une place quelque part pour ne pas tourner les talons. C'est là que ça n'est pas cohérent. Quelle place ?

En vérité j'ai commencé à me douter d'un truc pas logique quand je me suis remis à coller des affiches et à distribuer des tracts. Plus personne ne fait ça sauf les militants du Front de Gauche et les écologistes qui occupaient les marchés et les murs, ruinant les phinances de leurs partis politiques.

La droite et l'extrême droite phinancent des entreprises pour le faire et ne le font qu'avec beaucoup de parcimonie. Enfin bref, comme il y a 30 ans, les mêmes méthodes. Et puis les Assemblées Citoyennes c'était chouette, ça m'a mis le feu, mais je me suis rendu compte que c'était toujours les mêmes participants ou peu s'en faut, des gens déjà convaincu! Où est le peuple ? Devant sa téloche et c'est là que les autres font campagne !

Un découverte fondamentaleJe me suis rendu compte progressivement qu'une de mes intuitions anciennes était en train de se révéler dans la réalité. Je me suis rendu compte que des gens faisaient quelque chose d'autre. Notre Dame des Landes par exemple, mais pas que. NDDL c'est le gros truc voyant comme les Indignés mais il se passe des tas d'autres petites choses : les AMAP, les SCOP et d'autres mouvements qui ne cherchent pas une solution électorale, qui ne cherchent pas le pouvoir, mais font progresser une autre idée du monde, de la relation des gens entre eux, de la politique, une idée post capitaliste. Je leur ai dit à mes camarades, je leur ai dit que pour moi la fracture elle n'était plus entre la droite et la gauche, catégories politiques étroitement liées au capitalisme, je leur ai dit qu'elle passait entre les tenants du néo-libéralisme, du capitalisme et les autres, ceux qui inventent autre chose, un truc non capitaliste, les zappatistes quoi !

J'ai découvert la résurrection de l'Education Populaire et je me suis formé. En me formant j'ai rencontré des gens très divers et j'ai produit ma conférence gesticulée. J'ai rencontré Franck Lepage certes, sacré bonhomme, mais aussi des hommes et des femmes ardents à la lutte (comme dit Mélenchon) sans pour autant être politisés au sens militant traditionnel du terme.

Un qui fait de la radio, l'autre de l'agriculture écologique, un autre qui intervient dans les écoles, dans les entreprises, etc... Des gens multicolores et sans carte, sauf syndicale (je suis syndiqué mais là aussi je me pose des questions embêtantes) qui agissent à leur niveau, parfois modeste, qui font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils savent, dans leur boulot, hors du boulot. Ils ne font pas que vouloir un autre monde, c'est ça que j'ai découvert, ils le créent.

Et puis il y avait mon pote l'anarchiste. J'ai beaucoup appris de lui, notamment en ce qui concerne le pouvoir et la liberté. Les anarchistes ne veulent pas du pouvoir. J'ai vu vivre un gars bien, un gars avec son accordéon et sa guitare, il chantait Brassens et créait autour de lui une vie dans laquelle plein de possibles s'agitaient, attendant qu'on les saisissent.

Alors j'ai lu, j'ai pensé, j'ai écrit. C'était pendant la construction de ma conférence. C'est fou tout ce qu'il s'est passé dans ma tête et dans mon âme pendant cette formation de conférencier gesticulant. J'ai compris que les élections et la démocratie dans les conditions dans lesquelles notre nation est gouvernée, c'est du flan, un piège à cons. Alors le Front de Gauche, ça irait pas mal tu vois, le Rassemblement pour la 6ème Rép. Sauf que le FdG ce sont des partis politiques et des groupes constitués assemblés. Le PCF et le PG surtout, les plus importants et que ces partis là ne sont pas prêts à y renoncer, aux élections car ce serait renoncer à survivre en tant qu'organisation.

Ben oui, pour moi, c'est cela qui est devenu une évidence, il ne faut plus voter, plus apporter sa caution à un système soi-disant démocratique qui nous endort d'un semblant de démocratie parlementaire et nous laisse espérer une solution de ce côté là et surtout qui nous persuade de l'impossibilité d'aucune autre solution. There Is No Alternative là aussi, là aussi la pensée unique mène son troupeau. Bonjour TINA.

Ce que j'ai appris de plus décisif encore. Enfin, je devrais dire plutôt ce que j'ai vu se confirmer car ça aussi je l'avais dit à mes camarades. Accroches-toi, je leur avais dit et c'est pas très bien passé, comme quand j'ai asséné en Assemblée Citoyenne que mon rêve à moi c'était qu'un jour il n'y ait plus de caissières de supermarché. Ça ne l'a pas fait, surtout qu'il y avait une caissière de supermarché dans l'assemblée, elle l'a mal prit, elle a cru que je la prenais pour une débile puisqu'elle faisait ce boulot, il a fallut que j'explique, c'était coton. Bon, ce que je leur ai dit, mais c'était une idée, je partageais une interrogation, un problème qui se posait à moi et qui montrait aussi pourquoi je n'étais pas encarté. A moi, il me semblait que les partis politiques et les syndicats, ces organisations représentatives paraît-il, étant nées dans le capitalisme, avait un rôle à jouer dans ce système et que donc, si nous souhaitions véritablement changer de système, sortir du capitalisme, il allait falloir s'en débarrasser. J'ai été moins charismatique d'un coup !

Eh oui, le capitalisme c'est un système, il faut en avoir une vision systémique et non partielle. A ne voir que le côté économique, certes catastrophique de ce système, on en oublie de s'interroger sur les aspects moraux, psychologiques, comportementaux. On en oublie l'imprégnation profonde de ce système marchand, fondé sur le vol à grande échelle, l'holocauste de peuples et de cultures, la compétition acharnée, une immoralité profonde, le recours à la religion, l'injustice et la satisfaction primaire des pulsions de consommation au détriment de celles dont parle le Marquis de Sade dans son texte : "Français, encore un effort si vous voulez être républicains" (légalement téléchargeable sur internet).

Manifeste contre le travailManifeste contre le travail© Krisis

Comme l'a écrit le groupe Krisis dans son ouvrage : Manifeste contre le travail (là aussi téléchargeable légalement au format .epub sur internet), il nous faut aller interroger dans notre vie de tous les jours tous les aspects qui fond cette vie et y déceler patiemment et assidûment ce qui relève de cette imprégnation pour le transformer. Confer aussi, sur Youtube les étonnantes interview de Félix Guattari qui nous explique le CMI (Capitalisme Mondial Intégré). C'est à une véritable métamorphose qu'il faut travailler aujourd'hui et non a gagner des élections que l'on perd son temps à croire pouvoir remporter. Les élections, le suffrage universel, sont un effet de cette imprégnation profonde dont parlait également Marx. Qu'il est doux de croire que ma voix compte dans cette multitude d'anonymes ! Illusion, foutaise énorme.

Le Front de Gauche, dans une voie non électoraliste, avait sa chance, peut-être l'a-t-il encore d'ailleurs. Je sais qu'en son sein nombreux sont les esprits, ardents à la lutte certes mais aussi à la pensée, qui peuvent infléchir cette ligne désespérante que les partis politiques ne peuvent pas ne pas imposer, sinon à accepter leur auto-destruction. En tout cas je pense avoir exposé les raisons qui me font m'en éloigner aujourd'hui : je ne veux plus rêver à des lendemains qui chantent, je veux chanter le présent avec les voix qui le chantent déjà et font vibrer cette chanson.

 

 

SOURCE / MEDIAPART

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