Rentrée sociale : entretien avec Annick Coupé, de l'Union syndicale Solidaires

Publié le par dan29000

«  il est nécessaire de fixer un rendez-vous à la rentrée pour une journée de grève et de manifestations  »
 
27 juin 2013
 

Entretien avec Annick Coupé, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires. Au lendemain de la conférence sociale, nous revenons avec elle sur les enjeux des prochains mois pour les salariéEs, en particulier autour de la question des retraites.


Robert Pelletier – Pour vous, que ressort-il de la conférence sociale de la semaine dernière  ?

Annick Coupé – C’est un pur exercice de communication auquel se livre le gouvernement pour démontrer son attachement à un vrai dialogue social, contrairement à son prédécesseur. Mais le «  dialogue social  » ne peut remplacer l’analyse sur les choix et les priorités du gouvernement. Cette conférence sociale a été ouverte par un discours de François Hollande très tourné vers la nécessité de réduire les déficits, et de développer la compétitivité…

Sur la forme, cette conférence sociale n’apporte rien de nouveau  : le calendrier et les grands thèmes étaient connus et, sur le fond, on reste perplexe sur un Président qui relativise les chiffres du chômage, réaffirme que la courbe du chômage sera inversée à la fin de l’année, alors que toutes les analyses économiques disent l’inverse, et ses seules réponses restent le contrat de génération et le contrat d’avenir qui ne règlent rien sur le fond. Il n’y a manifestement pas de projet ni de volonté de réorientation des politiques économiques et sociales.

Au moins, sur les retraites, le gouvernement a ouvert des pistes.
En réalité, le gouvernement n’a rien dit des arbitrages qu’il fera entre les propositions contenues dans le rapport Moreau. Il a juste réaffirmé le caractère incontournable de l’allongement du nombre d’annuités, reprenant le leitmotiv sur «  on vit plus vieux, donc il faut travailler plus longtemps  »  ! Il justifie le calendrier très court au prétexte que les discussions ont déjà eu lieu dans le Conseil d’orientation des retraites (COR) et dans l’élaboration du rapport Moreau.

Pour nous, ce n’est pas acceptable  : la question des retraites justifie un débat citoyen, et pas seulement entre «  experts  » ou entre partenaires sociaux. Cela suppose du temps. Or le calendrier fixé par le gouvernement vise à empêcher que ce débat ait lieu. Mais cela peut se retourner contre le gouvernement, car cela ressemble trop au calendrier de Sarkozy en 2010  !

Il s’agit aussi de limiter toute possibilité de mobilisation, mobilisation déjà rendue difficile dans un contexte social et un paysage syndical compliqués.

En ce qui concerne le paysage syndical, il existe effectivement des positions très différentes. Mais même la CFDT reste assez prudente, en ne voulant pas apparaître en soutien inconditionnel du gouvernement. Pour CFDT, CGC, CFTC, il s’agit de se placer d’abord dans la perspective de la négociation du projet de loi qui démarre début juillet, mais pas de s’appuyer sur la mobilisation. Mais du côté de la mobilisation, cela se construit  : la CGT envisage une journée de mobilisation interprofessionnelle pour la deuxième semaine de septembre.

Pour Solidaires, il est nécessaire de fixer, avant les vacances, un rendez-vous à la rentrée avec une date précise pour une journée de grève et de manifestations pour la défense des retraites et contre les reculs envisagés par le gouvernement. Cette décision peut être prise lors de la réunion unitaire à l’initiative de la FSU le 1er juillet où, pour l’instant, CGT et Solidaires ont confirmé leur présence.

Mais face à la détermination du gouvernement, notamment sur le nombre d’annuités, nous n’avons pas d’autre choix que d’engager un processus de mobilisation ambitieux. Et il faudra travailler cette question au niveau local, dans les entreprises, et essayer d’élargir aux équipes syndicales qui ne se retrouveraient pas dans les positions nationales de leur syndicat. Et, surtout, d’élargir le débat sur la question centrale, de fond, celle de la répartition des richesses. C’est un sujet tabou pour ce gouvernement, comme cela l’était sous Sarkozy. Avec la moitié des salariéEs qui ne sont plus dans l’entreprise au moment du départ à la retraite, le développement du chômage, seul un autre partage des richesses peut non seulement sauvegarder notre système par répartition mais aussi le rendre plus juste, plus solidaire.

Justement, ne penses-tu pas que des mesures sur la pénibilité, les femmes, ne paraissent comme des contreparties rendant acceptable cette nouvelle contre-réforme  ?

Ce n’est pas le moindre des paradoxes du discours gouvernemental. Son argument central est qu’il s’agit d’une réforme difficile, mais allant vers plus de justice. Si, par exemple, la forfaitisation de la majoration de pension de 10 % pour les parents de 3 enfants serait plus favorable aux femmes, elle ne résout rien. Pour l’instant, rien n’est mis sur la table pour réduire les inégalités de pension entre hommes et femmes  : par exemple, la surcotisation patronale du temps partiel.

Pour la question de la pénibilité, le compte personnel, les possibilités de départ anticipé ou de reconversion, sont des pistes intéressantes mais trop limitées  : seuls les cancers et le travail de nuit seraient concernés alors que d’autres risques ne sont pas pris en compte.

Dans tous les cas, l’allongement du nombre d’années de cotisation nécessaires, présentée comme incontournable, aggravera les inégalités. C’est cette contradiction que la gouvernement n’assume pas  !

Vous contestez la notion de dialogue social, mais vous êtes présents à la conférence sociale et dans ses suites. N’est-ce pas contradictoire  ?

Nous exigeons un traitement égalitaire de toutes les organisations syndicales. C’est encore loin d’être le cas et, par exemple, nous n’étions invités qu’à deux tables rondes sur six à cette conférence sociale. Participer à ce type de réunion nous permet de donner nos positions, mais aussi de voir les positions des uns et des autres alors que ce sont souvent les réunions bilatérales qui sont privilégiées par certains, à l’abri des regards indiscrets  ! Notre présence n’est certes pas décisive dans le rapport de forces, mais notre absence ajouterait à la marginalisation dans laquelle certains sont tentés de nous enfermer.

Propos recueillis par Robert Pelletier


* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 201 (27/06/13). http://www.npa2009.org/

Mis en ligne le 29 juin 2013
 
SOURCE / ESSF

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