Turquie : la jeunesse contre l'AKP et Erdogan

Publié le par dan29000

TURQUIE – LE SURSAUT D’UNE JEUNESSE DE L’OUEST QUI CRAINT POUR SON MODE DE VIE – INFORMATION CHRONIQUE - L’arrachage des arbres n’est guère la réalité de la révolte. Du moins si, parce que c’est un parc très fréquenté des jeunes d’Istanbul qui viennent s’y balader. Mais loin des projecteurs, d’autres réalités. C’est celle de la jeunesse dite de l’ouest turc, celle d’Istanbul ou d’Izmir. Celle de ces régions qui votent contre l’AKP, alors que tout le reste du pays vote AKP. Celle qui a un niveau de vie notamment souvent plus élevé que le reste de la jeunesse du pays. C’est le réveil d’une partie minoritaire de la jeunesse turque qui, face aux récentes lois de l’AKP, et finalement à l’évolution de la société sur le long terme de la Turquie, qui se retrouve isolée et qui a peur de perdre son mode de vie. Alcool, drogue, laïcité affirmée voir radicale… Ce que nous voyons aujourd’hui est un sursaut de cette jeunesse, qui se retrouve finalement exclue de l’évolution du pays.

 

 

TURQUIE – COMME EN SYRIE, ATTENTION À BIEN CERNER LES CADRES DE PROTESTATIONS – ANALYSE / ÉDITO CHRONIQUE - Un petit point s’impose face à certaines comparaisons. Lorsque les manifestations ont commencé en Syrie, et elles s’y déroulent encore majoritairement, ce fut dans le cadre de la population pauvre et exclue du pays, largement majoritaire : campagnes et banlieues populaires, avant de gagner les universités et quelques jeunesses de petite et moyenne bourgeoisie de tendance libérale ou islamique. En Turquie, c’est tout l’inverse. Le cœur des manifestations est centré sur une jeunesse laïque, des quartiers développés de grandes villes, notamment de la côte occidentale, connue pour son hostilité au pouvoir. La majeure partie des manifestants sont des militants déjà rompus : étudiants, enseignants, professions libérales, etc. Et surtout, cette population est loin d’être majoritaire dans toute la Turquie…

 

On ne peut donc en aucun cas comparer les deux situations. Ne pas oublier qu’à deux reprises, quand on le donnait affaibli, l’AKP d’Erdogan a su remporter, aux Législatives, 47 puis 49,5 % des voix dans des élections libres et plurielles : en se basant sur les bourgeoises islamiques mais aussi sur l’immense population conservatrice et des classes populaires et moyennes du pays, bien plus nombreuses. Celle qui habite justement les banlieues, les campagnes et les grands quartiers pas forcément parmi les plus extraordinaires des villes turques. La population turque reste une population très rurale et il y a un fort antagonisme entre les populations des campagnes et des centres urbains. Un tel schéma s’applique aussi en Syrie, mais dans un degré différent.

Ce à quoi nous assistons en Turquie est par contre une possible forme répondant à l’Occupy Wall Street américain, un mouvement vu à l’origine comme celui des “pauvres américains” et où l’on a vu que le niveau de vie de ses participants était de loin d’être le plus misérable. Centré notamment sur des étudiants et des jeunes déjà engagés professionnellement parlant, mais avec des idées politiques propres à eux mais minoritaires. Mais en Turquie, avec une situation radicale entre laïcs et l’AKP, autant dire que la mobilisation est bien plus forte que l’Occupy Wall Street, qui s’est d’ailleurs très vite éteint et a fini par disparaître, ne survivant que sur le web.

À ceux qui veulent donc faire des comparaisons sur les ordres de grandeur et des antagonismes, attention à bien rappeler ces éléments avant d’émettre des opinions tranchées. Taksim n’est ni Tahrir, ni Daraa, ni Bourguiba. Et Erdogan n’est ni Moubarak, ni Assad, ni Morsi, ni Marzouki. Chaque situation a son explication, son ordre de grandeur et ses interférences multiples (nationales, internationales, sociales, économiques, politiques, religieuses, historiques, etc…). Ainsi, des revendications essentielles en Syrie (droit de vote à des élections libres, plurielles et ouvertes) ne sont pas les mêmes qu’en Turquie où ils dénoncent l’autoritarisme au pouvoir et veulent voir Erdogan démissionner, mais où ils ne contestent pas sa légitimité issue des urnes (grande nuance !).

 

TURQUIE – UNE DÉMISSION DE RECIPE ERDOGAN OU DE NOUVELLES ÉLECTIONS CHANGERAIENT QUOI ? RIEN… – ÉDITO CHRONIQUE - Si la Chronique a récemment fait une analyse, en croisant les témoignages, les études des élections non-libres en Syrie depuis 1961 (notamment sur les participations) du vote possible syrien pour un après-Assad ou des élections législatives libres et plurielles, démontrant que le Baath s’effondrerait sous les 25 % des votes, elle rappelle que la Turquie a déjà un vote ouvert et libre : les deux forces d’opposition laïque, voire radicale laïque, ont un réel poids et ont toute liberté électorale avec des chaînes d’information proches.

Une démission est pour le moment exclue, par le régime comme par le président et surtout, par Erdogan lui-même. Mais dans un cas de possible démission, de nombreux prétendants aussi populaires sont déjà des roues de secours dont Ahmet Davutoglu (considéré d’ailleurs comme moins autoritaire), le célèbre désormais ministre des affaires étrangères, dont beaucoup, dont cette Chronique, estiment qu’il est un dauphin plus que probable. Plus important, au regard de ces élections libres, même les deux forces laïques principales du pays, divergentes entre elles, sont incapables électoralement de faire plus, à deux réunies, que 40 %… L’AKP, à lui seul, sans alliés, atteint presque 50 %… Même dans une vague de colère et une baisse de la popularité de l’AKP, celui-ci arriverait en tête, même avec 35 % des voix, devant les deux forces laïques. Et l’AKP serait capable de se trouver des alliés électoraux fantoches aux pourcentages minimes pour ainsi revenir au pouvoir en toute légitimité.

Si les manifestations sont légitimes. Si la critique de l’autoritarisme croupissant sans les belles lumières de l’AKP est légitime. Si ce problème de parc est clairement intéressant. De nouvelles élections ne changeront rien et la Chronique préfère ainsi prévenir que contrairement à la Tunisie ou à l’Égypte, il n’y a aucune chance, osons être clair, que l’AKP ne tombe, même si Erdogan venait à démissionner dans un cas extrême. L’AKP peut être critiqué, mais a su préserver l’État dé représentativité et d’élections libres et plurielles : et dans celles-ci, il aura toujours son vivier de voix, supérieur aux deux (voire même trois) forces laïques réunies…

 

TURQUIE – ERDOGAN CONDAMNE LA POLICE POUR LA RÉPRESSION / LES MANIFESTATIONS PERSISTENT MAIS SE CALMENT – INFORMATION CHRONIQUE - C’est toute la frange anti-AKP de la société qui a pris le prétexte d’un projet urbain contesté (et contestable…). Les homosexuels turcs avec leurs drapeaux tricolores non loin des autonomistes kurdes en passant par les nationalistes kémalistes radicaux. Il faut dire que ce sont les manifestations contre le régime les plus virulentes que ce pouvoir n’a jamais eu à affronter. Ce 1er juin, les manifestants ont nouveau répondu par centaines de milliers pour exiger le départ de Recipe Erdogan. Mais en fin de journée, les cortèges fondaient peu à peu, après le retrait de la police de la place Taksim d’Istanbul et les propos d’Erdogan contre la police. Mais les manifestations continuent.

 

Cédric Labrousse
1er juin 2013

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SOURCE / JURALIB

 

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