Un avis aux consommateurs de médicaments

Publié le par dan29000

Avis aux « consommateurs de médicaments »

Le Pr Claude Béraud et les décisions gouvernementales

Le 5 avril 2013, le Pr Claude Béraud, qui fut Chef de clinique en cardiologie, professeur de gastroentérologie et d'hépatologie, puis vice-président de l'université de Bordeaux, pour devenir ensuite médecin-conseil de la Caisse nationale d'assurance-maladie, puis conseiller du président de la Mutualité française, posait dans La Nutrition.fr, une question brûlante d’actualité : Les Français commenceraient-ils enfin à douter de la rationalité et de l’utilité pour les malades des décisions gouvernementales et des pratiques médicales ?

Je pense qu’il est important de diffuser l’essentiel de sa réponse à de nombreux « consommateurs de médicaments » :

« La confiance en l’efficacité et la sécurité des techniques médicales et en la nécessité de suivre, aveuglément, les recommandations des professionnels des soins, des médias et des institutions officielles, survivra-t-elle aux récentes contestations de l’utilité de certains programmes de prévention et de dépistage, comme à la critique solidement argumentée de la prescription de nombreux médicaments ?

« On peut en douter car ce ne sont pas les réformes annoncées ou quelques procès aux conclusions lénifiantes qui changeront les comportements des industriels et des professionnels des soins. Les hommes et les femmes de ma génération ont vécu dans l’espérance au début des années 1970. Alors : des livres, des revues, des articles de presse dénonçaient une médecine qui peu à peu se déshumanisait, tandis que les industriels commercialisaient de nouvelles thérapeutiques ou des techniques d’exploration diagnostique, sans même que l’État les oblige à vérifier leur efficacité et leurs risques. Dans une société alors animée par le désir de consommer et fascinée par les progrès des sciences médicales, ni les médecins ni les patients n’entendirent les critiques faites à un modèle biomédical qui leur semblait capable de prévenir, guérir, ou stabiliser l’évolution de nombreuses maladies autrefois mortelles. »

Après avoir énuméré les morts et les souffrances liées à la négation des très nombreux scandales sanitaires que nous avons connus et souvent trop vite oubliés, il demandait si ces scandales éclaireront un jour la conscience des responsables politiques et celle des citoyens, en suscitant des améliorations dans la délivrance des soins indispensables à la sécurité, à l’efficacité et à la légitimité des prestations médicales. Il en expliquait aussi les raisons, financières, culturelles et économiques :

« Financières : pour les industriels c’est le profit, seul moteur de leurs activités ; pour les professionnels c’est la croissance de leur niveau de vie qui les conduit à multiplier les actes dont 30 % sont superflus et parfois dangereux.

« Psychologiques : ce sont les croyances davantage que des logiques rationnelles qui dirigent les comportements des malades et des professionnels des soins. Les demandeurs de soins ont une foi aveugle en la médecine, ne doutent pas, ne savent pas et souvent préfèrent ne pas savoir. En fin de compte, ils sont asservis aux professionnels des soins auxquels ils font, encore aujourd’hui, habituellement confiance. Perdant leur sens critique, ils cèdent à toutes les assertions publicitaires véhiculées par les médias, exerçant sur les médecins une forte pression pour obtenir des examens complémentaires et des médicaments. Cette crédulité est contagieuse. Les citoyens, dans leur grande majorité, se représentent la médecine comme la source principale de santé à laquelle seuls les professionnels de santé peuvent donner accès. Ce système dominant de pensée est une grande et dangereuse illusion. La santé et notamment l’espérance de vie dépendent un peu de facteurs génétiques, principalement de nos comportements et de nos environnements économiques et socio-culturels, très peu de la médecine et des médecins. […] Les médecins ne doutent pas davantage que leurs patients et veulent ignorer l’incertitude sur les bénéfices et les risques des décisions prises pour un malade donné. Leurs modes de rémunération incitent les spécialistes à la production d’actes et la concurrence les conduit à accroître leur productivité financière aux dépens de la santé des patients, car faire plus n’est pas faire mieux. Un acte inutile sur le plan médical est, par construction, un acte dangereux, car s’il est inutile il ne peut apporter un bénéfice au patient et seuls persistent ses risques. »

Il abordait également les raisons économiques : « […] La production d’un bien, par exemple un médicament, ne répond pas toujours à des besoins médicaux mais à la possibilité d’accéder à un marché. Ainsi chaque année sont commercialisés des médicaments, des fausses innovations, parfaitement inutiles, qui sont des copies dérivées des médicaments déjà sur le marché. Vendus habituellement plus chers, ce sont aussi souvent les plus prescrits par les médecins abusés à la fois par les campagnes publicitaires, par les conseils des responsables universitaires et par les visiteurs médicaux. »

En quelques mots, il a résumé la situation actuelle, n’hésitant pas à être en désaccord avec l’autosatisfaction de nos services de santé, réputés être les meilleurs du monde, ce qui est parfaitement faux. Pour éclairer ses propos, il cite quatre exemples qui illustrent les tromperies médicales, industrielles et institutionnelles et nous rappellent que les décisions médicales devraient nous obliger à réveiller notre raison endormie par les discours intéressés de tous ceux qui sont moins soucieux de notre santé que du développement de leurs activités et de son fruit : le profit.

Le premier est celui de la prévention des maladies cardio-vasculaires par le dosage du cholestérol et la prise de statines, dont « les trois quarts sont inutilement consommées par approximativement 4 millions de sujets sains qui gaspillent ainsi environ 750 millions d’euros, sans aucun bénéfice pour leur santé mais en s’exposant à des risques probablement plus fréquents que le reconnaissent les entreprises pharmaceutiques. »

Le Pr Bégué rejoint ensuite les propos du cardiologue et chercheur au CNRS, Michel de Lorgeril : « La nutrition, l’exercice physique et l’arrêt du tabac ont démontré, s’ils sont suivis, une efficacité et une utilité très supérieure à celle des statines. »

Le second exemple est l’imposture de la prévention du cancer du col utérin, par la vaccination contre les papillomavirus. « Lorsqu’une adolescente demande à être vaccinée contre l’infection par les papillomavirus, il est raisonnable de lui expliquer : que ce vaccin a été mis sur le marché pour des raisons commerciales et financières avec la complicité des organismes de contrôle qui n’ont pas exigé des industriels les critères démontrant son efficacité pour prévenir l’apparition d’un cancer ; que les médecins ignorent son utilité et connaissent mal ses risques qui sont probablement limités. À cette jeune fille, une attitude raisonnable est de lui conseiller dès l’âge de 25 ans la réalisation d’un frottis cervico utérin qui sera répété régulièrement qu’elle soit vaccinée ou non et de lui déconseiller cette vaccination après avoir pris le temps nécessaire pour l’informer le plus exactement possible de nos connaissances sur ses bénéfices et ses risques. »

Le troisième exemple est celui du dépistage de la maladie d’Alzheimer qui est recommandé à toutes les personnes âgées éprouvant des troubles de la mémoire, qui sont liés au vieillissement cérébral. « L’État dans le cadre du plan Alzheimer a prévu la mise en place des “Consultations Mémoire” ; 282 étaient prévues. En septembre 2012 : 469 fonctionnaient, les trois quarts des consultants ne souffraient pas de cette maladie et avaient des capacités mémorielles “normales” pour leur âge. De 2008 à 2012 ces consultations ont coûté 229 millions à l’assurance-maladie obligatoire. Leur utilité est évidente pour les chercheurs qui pourront publier des travaux sur l’épidémiologie de la maladie et sur les modifications de l’imagerie cérébrale observées chez ces patients. Elle est sans réelle utilité pour les patients pour trois raisons : aucun traitement efficace n’existe pour traiter cette maladie. La Haute Autorité de Santé a reconnu en octobre 2011 que l’amélioration du service médical rendu par les médicaments spécifiques proposés pour traiter cette maladie était nulle, mais a oublié de signaler ce fait dans la recommandation de bonne pratique, concernant cette maladie publiée en décembre 2011. Selon la direction générale de la santé, les dépenses de l’assurance-maladie pour rembourser ces médicaments aux malades atteints de la maladie d’Alzheimer atteindraient 380 millions en 2013. »

Le dernier exemple est le dépistage du cancer du sein qui conduit chaque année à la réalisation de plus de 3 000 000 de mammographies dont les risques sont parfaitement connus : des excès de diagnostic, des interventions mutilantes inutiles, des examens répétés faussement positifs suscitant la peur, l’angoisse et des souffrances familiales. »

Enfin, le Pr Béraud conclut ainsi son message :

« Dans un pays en quasi faillite, où l’état de santé de la population se dégrade principalement pour des raisons économiques et sociales, la qualité des soins ne s’améliore pas alors que le volume des soins continue de croître. Cette situation a un coût humain : des dizaines de milliers de décès évitables et un surplus des dépenses de santé atteignant par comparaison avec les autres pays européens deux points du PIB, soit 40 milliards. Ni les responsables politiques ni les professionnels des soins ni la population ni les malades ne semblent avoir pris conscience de la gravité de cette situation. Lorsque les illusions se dissiperont enfin sur les choix politiques et les pratiques médicales, de profonds changements de l’organisation des soins et de la santé publique apparaitront nécessaires. »

Voir la totalité de l’article du Pr Claude Béraud sur La nutrition.fr article du 5 avril 2013.

SOURCE / sylviesimonrevelations.com

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