« Manière de voir » n°133 / Février - mars 2014
Souriez, vous êtes surveillés
Du hall d'immeuble au commerce en ligne, la surveillance est désormais globale. Avec la diffusion massive de l'électronique, entreprises et Etats analysent les comportements et entassent des données, avec des moyens de plus en plus sophistiqués. Echapper à leur harcèlement devient un parcours du combattant.
Tout le monde le fait !
Maurice Lemoine
Secrets de fabrique, contrats, « business plans », nouveaux produits... Il fut un temps où fouiller les poubelles d'une entreprise était l'un des moyens les plus courants pour s'approprier les informations confidentielles d'un rival. Hyperconcurrence mondiale et progrès technologiques obligent, l'espionnage industriel utilise à présent des méthodes beaucoup plus sophistiquées. Et, tout autant que les firmes, implique les Etats : sous prétexte de surveiller les pays et entités hostiles, l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA) n'a-t-elle pas infiltré, entre autres, Pemex et Petrobras, les géants pétroliers brésilien et mexicain ?
Le marché de la peur rapporte. Profitant de l'explosion des capacités de collecte, de stockage et d'analyse des données, des entreprises s'intéressent de près à leurs consommateurs potentiels. Nos centres d'intérêt, nos liens sur les réseaux sociaux, nos goûts culturels, les lieux que nous visitons ou encore nos achats sont ainsi passés au crible par des programmes qui suivent les traces que nous laissons sur la Toile. Echapper à leur harcèlement devient un parcours du combattant.
Ce juteux marché de la peur
Denis Duclos
Le ciel, la Terre et l'oeil des satellites
James Ridgeway
L'arme cachée des grandes puissances
Ali Laïdi
Pêcher le client dans une baignoire
Ariane Krol et Jacques Nantel
Amazon, l'envers de l'écran
Jean-Baptiste Malet
Facebook, miroir magique
Philippe Rivière
La mise en place du plan antiterroriste Vigipirate, en 1978, a imprimé dans les esprits l'équation « vigilance = sécurité ». Mais, avec la diffusion massive de l'électronique, les technologies de surveillance ne sont plus l'apanage des seuls militaires. Téléphones portables, ordinateurs, cartes bancaires et autres « objets communicants » laissent des traces. Un employeur peut vérifier le comportement de ses salariés ; des émetteurs se nichent dans les jouets pour enfants, que leurs parents peuvent pister à chaque instant à leur insu. La mise en accusation des « assistés » ayant popularisé le thème de la « fraude sociale », les progrès de l'informatique ont davantage servi à contrôler les c ontribuables percevant des revenus identifiables (salaires, pensions de retraite, allocations de chômage et indemnités journalières de maladie) que ceux exilés dans les paradis fiscaux.
En revanche, dans les banlieues, dans les centres commerciaux, à l'école, sur les lieux de travail, les caméras de surveillance envahissent notre quotidien. Déjà testées ici ou là, certaines d'entre elles détectent et identifient les comportements « qui s'écartent de la norme ». Et que dire de l'adoption du drone pour l'observation des zones urbaines jugées difficiles ? Alors que médias et politiques claironnent leur attachement aux libertés, la figure du suspect prend le pas sur celle du coupable. Jusqu'à quand accepterons-nous de vivre sous le regard de cette constellation de « Little Brothers » ?
La tentation du « Loft management »
Stéphane Haefliger
Les « pièges liberticides » de l'informatique
Louis Joinet
Alarmante banalisation des vigiles
Martin Mongin
Sous l'oeil myope des caméras
Noé Le Blanc
Comment l'obsession sécuritaire fait muter la démocratie
Giorgio Agamben
Données de masse, tyrannie numérique
Kenneth Cukier et Viktor Mayer-Schönberger
We are the (digital) champions
Jean-Marc Manach
Parfois nécessaires, les activités de renseignement constituent une réalité de la vie internationale. Toutefois, la « lutte contre le terrorisme » semble avoir surtout pour effet de garantir un accès global aux communications du monde entier afin d'accroître la prééminence d'un pays - par exemple, les Etats-Unis - sur tous les plans, tant militaire qu'économique et politique.
Quand l'Etat colombien espionne ses opposants
Hernando Calvo Ospina
Antiterrorisme à géométrie variable
M. L.
Au coeur du renseignement américain
Nicky Hager
Le boom des réseaux sociaux
Philippe Leymarie
Surveillance « profonde » sur Internet
Antoine Champagne
La Grande Muraille chinoise a des ratés
Jordan Pouille
Pourquoi les institutions peinent à conserver leurs secrets
Felix Stalder
Confession d'un autiste
Dominique Vidal
Aux Etats-Unis, d'Al Capone à John Edgar Hoover
David Price
Prism, un Echelon au-dessus...
Thibault Henneton
Les gros mensonges de Google et Microsoft
Dan Schiller
Ce numéro est accompagné de photographies de Viktoria Binschtok, Mishka Henner et Thomas Kneubühler.
Viktoria Binschtok est représentée par la galerie Klemm's. En 2012, elle a publié World Of Details aux éditions Distanz, Berlin. Elle participera à l'exposition Paparazzi ! Photographes, stars et artistes, du 26 février au 9 juin 2014 au Centre Pompidou de Metz.
Mishka Henner est sélectionné pour le prix Pictet 2014. Dans ce cadre, il exposera au Victoria & Albert Museum de Londres, du 22 mai au 14 juin 2014.
Thomas Kneubühler exposera son projet « Plein nord » au Photoforum PasquArt de Bienne, en Suisse, du 2 février au 20 avril 2014. Il s'agit d'un travail sur les mines situées dans les régions arctiques du Canada et de leur lien avec la mondialisation.
Cécile Marin
Des araignées dans la Toile
Au lycée, vigilance ou paranoïa ?
Les missiles de la cyberguerre
« La Compagnie », de Robert Littell
« Le Profilage des populations », d'Armand Mattelart et André Vitalis
Olivier Pironet
Au fil de l'actualité
Bibliographie
Sur la Toile
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SOURCE / LE MONDE DIPLOMATIQUE