
En 2015, nous avions eu un vrai coup de cœur pour Si tard,il était si tard, un roman puissant de l'auteur écossais James Kelman, aux éditions Métailié. Deux ans plus tard, l'auteur nous revient, chez le même éditeur, avec Mo a dit, et confirme ainsi la force et l'originalité de son écriture.
Au centre de ce nouveau roman de James Kelman, Helen. Helen qui travaille de nuit, dans un casino. Croupière. Un très petit appartement dans la banlieue londonienne. Elle vit, ou parfois survit, avec sa petite fille de six ans, et un compagnon anglo-pakistanais, Mo. Si au début de ce livre, il faut insister pour entrer dans cette narration dénuée de chapitres et constituée de longs blocs de texte, parfois sans respiration, une certaine aridité va s'estomper au fil des pages. Le lecteur est alors bel et bien embarqué par cette journée dans la vie d'une femme. L'on partage alors la vie extérieure et intérieure de cette jeune femme. Le sommeil qui s'absente, la bouilloire qui fuit, une vie un peu difficile, un peu sans perspective, le racisme ordinaire, le sexisme ambiant, et le travail de nuit, jamais facile. En distribuant les cartes à la table du casino, Helen pense, et parfois rêve, à sa vie d'avant, à sa vie actuelle, comme une héroïne de Ken Loach, une vie pas facile, mais une vie de résistance. Avec des touches tragiques ou tendres.
Les monologues intérieurs sont légions en littérature. Les réussir n'est pas chose aisée. Pourtant James Kelman confirme qu'il se situe parmi les grands auteurs actuels. Né à Glasgow, il a quitté l'école à quinze ans, fut apprenti typographe et multiplia les petits boulots comme pas mal d'écrivains avant de publier, et de réussir une belle carrière où il reçut de nombreux prix, dont le prestigieux Booker Prize pour Si tard, il était si tard. Dès le début de Mo a dit, l'auteur nous offre une scène saisissante qui va donner le ton pour la suite. En revenant du casino au petit matin, Helen croise deux SDF et semble reconnaître l'un d'eux. Son frère, pas vu depuis une douzaine d'années. Une brève vision qui va la poursuivre. Un tableau réaliste et touchant de ce prolétariat anglais qui tente de survivre au capitalisme prédateur installé depuis Thatcher. Mo a dit, un des romans marquants de la rentrée littéraire. Un roman qui demeure longtemps en nous, une fois le livre achevé.
Dan29000
Mo a dit
James Kelman
Traduit de l'anglais (Écosse) par Céline schwaller
Éditions Métailié
Bibliothèque écossaise, dirigée par Keith Dixon
2017 / 256 p / 18 euros
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PRESSE /
"Ces vingt-quatre heures, que l'on lit comme une transe hypnotique, débarrassées de toute intrigue, habitées par la voix pertinente et libre de l'héroïne, font de cette anti-Mrs Dalloway la porte-parole des petites gens, titillant la conscience endormie d'une société capitaliste et délétère." Lire l'article ici
Elise LépineTransfuge"C’est parfois drôle, parfois tragique et souvent pertinent. Et surtout, c’est d’une humanité qui prend aux tripes." Lire l'article ici
Site Addict Culture"Un roman social britannique intense." Lire l'article ici
Ronan LancelotVocable anglais