Les hommes de Billancourt, de Caroline Pochon, sur France 2

Depuis la rentrée, Marie Drucker anime le rendez-vous prisé de la case documentaire « Infrarouge », proposant toujours un regard novateur et exigeant sur une diversité de sujets.

FRANCE 2 / MARDI 17 AVRIL 2018

Documentaire « Les hommes de Billancourt » - inédit

► A 22h40

Qui étaient les hommes de Billancourt ?

A la veille de mai 68, ils sont près de 36.000 à travailler dans l’usine Renault de Boulogne-Billancourt – la plus grande usine de France à l’époque. La plupart de ces hommes sont venus d’ailleurs : 56 nationalités se côtoient dans ce lieu mythique des luttes ouvrières, cette vitrine de la contestation sociale en France.

Ce film donne la parole à la dernière génération à avoir travaillé à Billancourt. Ouvriers, directeurs, syndicalistes… de la révolte de mai 68 à la fermeture en 1992, ils nous racontent leur histoire de Billancourt. Une histoire industrielle et humaine, sociale et politique, qui traverse l’histoire de France.

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NOTE D'INTENTION DE LA RÉALISATRICE :

La mémoire ouvrière française est habitée par une usine célèbre, mythique : l’usine Renault de Billancourt. La forteresse ouvrière. On disait dans les années soixante : « quand Billancourt éternue, c’est toute la France qui s’enrhume », tant la Régie était le lieu de toutes les avancées sociales depuis les grandes grèves de mai 1936.

Ainsi, Mai 68 est indissociable de Billancourt. Les étudiants marchent sur l’usine le 16 mai, dès qu’ils apprennent que l’usine est occupée. Ils veulent fraterniser avec les ouvriers et c’est à Billancourt que la rencontre a lieu. Quand Georges Séguy, dirigeant de la CGT, présente les accords de Grenelle passés avec le gouvernement, visant à mettre fin à la grève générale qui paralyse la France, c’est à Billancourt qu’il vient prendre la parole, devant les ouvriers de chez Renault.

En 1992, l’usine a fermé ses portes. Des herbes folles ont poussé sur les vestiges de l’usine. Aujourd’hui, une salle de concert, la Seine Musicale, a vu le jour, mais le reste de l’île reste en friches. La mémoire non plus, n’a pas été entretenue. Aucun lieu de mémoire n’a été prévu dans les projets de réaménagement des terrains, qui valent de l’or, aux portes de Paris. Des associations d’anciens ont vu le jour. Mais ces hommes prenaient de l’âge. C’est pourquoi il était important de recueillir leurs récits, d'entendre leurs témoignages, afin de tenter de reconstituer la fresque de ce que fut l’usine. Son vécu. Son destin. Ses luttes. Ce qu’elle représente.

25 personnes ont été filmées, de l’ouvrier à l’ingénieur. Le film propose un tissage de ces récits, comme une polyphonie aux accents multiples. Italien, Kabyle, Sénégalais, Marocain etc. Ils sont marqués par la passion, la fraternité, le souvenir des luttes. Des blessures aussi. Avec une pudeur qu’il fallait savoir respecter auprès de ces hommes. Les récits sont parfois antagonistes, comme lorsque l’on entend le directeur de l’usine, et plus loin, un représentant de la CGT lorsqu’il s’agit de raconter une grève. Peut-être, pour reprendre l’expression de l’historienne Laure Pitti, des antagonismes accordés dans le lieu de l’usine ?

Ce film raconte, avec le soutien d’archives magnifiques et pour beaucoup, inédites à la télévision, en particulier les photos de Gérald Bloncourt, la vie dans cette immense usine, à la fin des années soixante, et jusqu’à ce que tombe la forteresse, en 1992.

Le film conte mai 68, à travers des récits de première main, à l’intérieur de l’usine. De ces points de vue divers, rarement recueillis ensemble, émerge la grande Histoire. Le responsable CGT qui voit arriver le jour le plus important de sa vie. L’ingénieur qui part jouer au tennis. L’ouvrier marocain qui décide de faire le piquet de grève et deviendra un militant. Puis, on plonge dans les années soixante-dix, avec les luttes des OS, c’est à dire les ouvriers spécialisés. En réalité, des travailleurs exploités, pour un travail « sans qualité », luttant pour ne pas rester « OS à vie » dans l’usine.

C’est une fresque de la condition ouvrière que propose ce film. Il montre aussi la façon dont cette usine particulière inscrit son destin dans la grande Histoire et influe également sur le cours de celle-ci. Surtout, on va découvrir, avec ce film, le rôle essentiel joué par les travailleurs immigrés : ces nouveaux prolétaires, entrés comme figurants dans l’histoire, y deviendront sujets de leur destin, et acteurs principaux de la classe ouvrière française. Le film leur donne la parole, une parole peu entendue.

- Caroline Pochon

 

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BIOGRAPHIE DE LA RÉALISATRICE :

Caroline Pochon a étudié l’Histoire contemporaine à Sciences Po et à la Sorbonne. Diplômée de la Fémis en scénario, elle travaille tout d’abord dans le développement de scénarios, en France et en Afrique, avant de se consacrer au documentaire. Depuis 2004, elle a réalisé sept films de 52 minutes, dont quatre pour Arte. Le plus célèbre, La face cachée des fesses, coréalisé avec Allan Rothschild en 2009, s’intéressait à l’histoire des représentations du corps. Deux ans plus tard, De la pilule au Sida raconte l’histoire de la sexualité en occident, au temps de la « révolution sexuelle ». Elle consacre une grande part de son travail à l’histoire sociale : en 2005, elle s’est intéressée au travail à la chaîne, en s’immergeant dans une usine de camions en Normandie (UEP122/Portraits ouvriers). En 2015, elle signe, pour Arte, un épisode de l’émission Déchiffrage : L’immigration, un problème économique ? Avec Les hommes de Billancourt, pour France 2, elle approfondit son enquête sur l’histoire du monde ouvrier en France et s’intéresse particulièrement à sa composante liée à l’immigration, dans l’usine la plus mythique du pays.

 

SOURCE/ FRANCETVPRO.FR

 

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