Lors de cette nouvelle rentrée littéraire, les éditions Actes Sud ont tiré la bonne carte parmi les 82 premiers romans, en publiant 77, de Marin Fouqué, déjà connu pour sa poésie, ses nouvelles et ses performances scéniques mêlant prose, chant et musique.
C'est l'histoire d'un adolescent. Un adolescent vivant, ou survivant, dans le sept-sept, ce département si proche de Paris, si proche de la campagne, sans être ni parisien, ni campagnard, une sorte de territoire mal défini. Pas trop la ville, mais pas le charme des campagnes. Le narrateur, dans un abribus, attend le passage du car scolaire. Un jour il décide de ne pas le prendre. Après avoir laissé passer le bus, le gamin laisse aussi passer la journée. Il regarde les bagnoles, au loin, sur la nationale, au milieu des champs. Il laisse aussi passer ses souvenirs de l'été, avec d'autres ados, la fille Novembre, ou Enzo,le Traître. Avec des parents aussi absents que les perspectives dans le 77.
Un endroit un peu vague comme un terrain, un abribus comme un refuge. Planqué et protégé sous une capuche, il attend, de grandir, sans vraiment d'histoire ou de culture, entre shit et bagarres. Il attend. Attente sous forme de résignation, celle des zones de relégation, pas uniquement dans les cités, lui qui est surnommé « la mignonne ». Dans le coin, il y a les hommes, les vrais, faudrait qu'il devienne l'un d'eux, un jour... Violence, masculinité et question de genre... Tout un programme, de quoi, réfléchir sur un banc, dans un abribus.
Dès les premières pages, le lecteur plonge, captivé, bousculé, enivré par le flux de la prose de Marin Fouqué. Irrésistible. Un rythme saccadé, aux phrases courtes, issues de la boue des champs alentours, du bitume et du béton de cet endroit solitaire un peu perdu, entre ici et là-bas. Au fil des mots scandés façon rap, l'on sent surgir ce gamin qui attend sur son banc toute la journée. Il prend forme, se met à vivre, dans ces zones d'exclusion où l'on pourrait bien croiser quelques Sans-dent ou quelques Gilets jaunes. Installé dans son abribus, le narrateur n'a pas vraiment envie de traverser la rue pour aller chercher un boulot. Qui d'ailleurs n'existe sans doute pas. La vie, en mode survie par la parole, chantée ou écrite. Un magnifique premier roman qui marque la naissance d'un écrivain. A noter, la sublime photographie de couverture signée, Melchior Tersen.
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77
Marin Fouqué
Éditions Actes Sud
2019 / 19 euros / 224 p
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RENCONTRES /
Marin Fouqué et Youssef Abbas - 2 octobre 2019 - Villa Gillet Rencontres avec Marin Fouqué et Youssef Abbas
Marin Fouqué - Vendredi 11 octobre 2019 - Libre Ere, Paris Rencontre à Paris
Marin Fouqué - Samedi 9 novembre 2019 - Librairie Café de Crécy la Chapelle Rencontre à Crécy la Chapelle
PRESSE /
« C'est justement son style qui frappe, dès les premières pages de ce magistral 77, proposant un équilibre parfait entre un phrasé impeccablement rythmé, tenu, et une oralité pleine de vie - de mélancolie, aussi. »
« Se déploie une langue brute, orale et imagée, entre l’urgence rageuse et la mélancolie, qui creuse la mémoire d’un jeune garçon. L’écrivain raconte avec justesse la vie désolée de ces jeunes habitants du 77 - la Seine et Marne -, sous l’ombre de la grande ville, désirable et redoutée. » »
« Fulgurant, politique, moderne. […] Les doigts dans la prise de notre temps, 77 est un roman d’électrocuté. Ses étincelles foudroient, son style est nucléaire, son rythme, éperdu. Entre castagnes et rêves de quand, Marin Fouqué, aède moderne, chante pour les sans-fonds de notre monde, des gilets moins que jaunes, des gilets marron, rédimés en seigneurs de la glaise par la puissance de son verbe. A grands flux, un écrivain est né. »
« Le 77, cet endroit sans identité propre, ni hautain comme le 75, ni teigneux comme le 93. La Seine-et-Marne, la France périurbaine sur 6 000 km2, vient de trouver son roman. Un premier et très beau livre. […] Ce n’est pas un récit qui déplie un paysage, mais un paysage qui s’épanouit en un récit, en une vibration qui aspire à devenir cri. […] Il est toujours émouvant d’assister à une naissance. Éclosion d’un écrivain et apparition d’un territoire. La littérature française est en train de s’inventer un nouveau genre : celui du roman périurbain, qui n’est ni l’épopée des cités trash, ni l’élégie morne de la vie rurale. C’est le lieu de notre modernité. On ne peut que l’avoir compris à l’issue des mouvements sociaux de l’hiver dernier. »
« Ses mots sont rageurs, sonores, grinçants. Et le récit de son héros, une course éperdue, épuisante, en couleurs. Presque stroboscopique. »
« La plume brute et frénétique de Marin Fouqué dessine son histoire : celle d’un garçon prisonnier d’un corps « de lâche », d’un foyer brisé et d’un lieu qui l’assaille par sa violence. […] ce premier roman, […] fait songer à Edouard Louis autant qu’à Virginie Despentes. »
« Son premier roman, 77, sonne […] comme une incantation, impressionnante de spontanéité et de vitalité. […] En plus d’interroger les obsessions de notre époque, Marin Fouqué marque les esprits par la langue qu’il déploie. […] 77 est un livre violent, qui bouscule et envoûte, une véritable expérience sensorielle. On le referme tremblant d’excitation, comme si, pendant tout le temps de la lecture, Marin Fouqué avait déclamé son texte au creux de notre oreille. »
