Après déjà cinq livres aux éditions de l'Olivier, Ali Smith publie aux éditions Grasset le premier volume de sa tétralogie : Automne. Une auteure écossaise majeure, pas encore assez connue en France. Son nouveau roman illumine cette rentrée littéraire parmi 524 romans français et étrangers.
Deux personnages principaux au centre de ce roman. Daniel Gluck, centenaire cloué sur son lit dans une maison de retraite. Élisabeth, une jeune femme de 32 ans venant souvent lui faire la lecture. Cela pourrait être assez banal, si ces deux-là ne se connaissaient depuis bien longtemps. En effet Daniel était le voisin d’Élisabeth quand elle avait 8 ans. Cet homme déjà âgé l'avait initiée à la littérature, au cinéma, à la peinture lors de leurs longues promenades, malgré la suspicion de la mère d’Élisabeth ! Longue amitié inoubliable malgré le temps qui a passé.
Parfois le vieil homme s'endort un peu, ultimes répétitions dans l'attente du sommeil définitif. Alors Élisabeth attend, une attente fiévreuse dans ce pays divisé post-Brexit où les gens pensent avoir tout gagné, où les gens pensent avoir tout perdu. Autumn est paru depuis trois ans au Royaume-Uni. Winter aussi en 2017... Élisabeth n'oubliera jamais ses promenades et dialogues avec ce voisin si distingué et aimable. Juste des promenades, sous le signe de Keats ou du temps qui file, avec ce geste sublime illustratif, un vieil homme jetant sa montre dans une rivière, juste parler de la vie et de l'art dans la vie, moments en suspension entre une enfant ouverte au monde et cet homme voisin érudit.
Alors que cette nouvelle rentrée littéraire nous assomme parfois avec nombre de pavés, Ali Smith nous offre un roman aussi bref que limpide, lumineux et poétique. Phrases courtes, dialogues justes, pour narrer une longue amitié, pour nous faire percevoir le discret mouvement des saisons, de la vie qui avance et s'enfuit, sur nos existences fugitives dans un monde chaotique. Dès les premières pages, le lecteur est hypnotisé par la prose poétique d'Ali Smith, par la sensibilité de ses personnages. Nombreux allers-retours entre réalité et fiction, balancement poétique de la vie, Un style chatoyant au service d'un roman où vient aussi surgir une figure un peu oubliée du Pop art britannique, Pauline Boty, disparue à 28 ans en 1966, seule artiste féminine de ce mouvement innovant dans une Angleterre machiste des sixties.
Au final, Automne, est un exemple de ce qu'est la plus haute conception de la littérature, ce roman devrait donner un nouvel essor à Ali Smith en France où l'on ne peut que déplorer l'absence de ses précédents livres en format poche ! On attend déjà Hiver pour continuer ce voyage littéraire émouvant avec cette auteure éblouissante qui compte aujourd'hui 7 pièces de théâtre, 5 recueils de nouvelles et 9 romans, dont 3 finalistes du prestigieux Booker Prize.
Dan29000
Automne
Ali Smith
Traduit de l'anglais par Laetitia Devaux
Éditions Grasset
2019 / 240 p / 19 euros
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PRESSE /
Militons à notre tour pour qu’Ali Smith (encensée dans le monde anglo-saxon et trois fois finaliste du Booker Prize) obtienne chez nous l’exposition qu’elle mérite. Automne a de quoi faire pivot : non seulement c’est une merveille, mais c’est sans doute le plus accessible, au sens de ce qui va droit au cœur, de ses textes traduits.
LIBERATION
