L'été dernier, à l'occasion du centenaire de la naissance de Charles Bukowski, les éditions du rocher ont publié Les Bukoliques, de Cédric Meletta.

 

Pour ceux qui connaissent mieux la télévision que la littérature, de Bukowski restera bien entendu son historique passage alcoolisé à Apostrophes, l'émission-culte de Bernard Pivot. C'est dommage, enfin si on aime comme nous, la littérature nord-américaine. Certes Buk avait deux grandes passions, les femmes et l'alcool. Ou l'alcool et les femmes. Ou les deux en même temps. Mais le ramener à cela serait une lourde erreur. Car notre homme à Los Angeles a laissé derrière lui une œuvre, une vraie. Faite de romans, de nouvelles, de poésies, d'essais, de correspondances ou scénarios ... Une œuvre marquante, souvent adaptée au cinéma, par les plus grands, comme Marco Ferreri ou Barbet Schroeder, ou en France par Bouchitey et Eric Cantona. Après une enfance plus que difficile, avec un père tapant alternativement sa femme et son gosse, Bukowski découvrit l'écriture et la poésie plus la prose magnifique d'un autre grand auteur, John Fante (Demande à la poussière). Petits boulots, errances, bars, écritures... Sexe, alcool et...pas rock and roll, plutôt Mahler... Plus tard, il faudra deux indispensables passeurs littéraires pour que vienne le succès. Aux États-Unis, le sublime poète Lawrence Ferlinghetti, également libraire et éditeur publia Journal d'un vieux dégueulasse... En France, ce fut Philippe Garnier qui traduisit ce livre.

 

Le talent fit la suite, avec le succès international bien connu. Alors cet essai en forme de promenade littéraire tombait bien pour cette date anniversaire, afin de donner envie aux plus jeunes lecteurs de connaître les charmes de cet anar alcoolo de génie. Beautiful loser, nous dirait Leonard Cohen. L'auteur du Postier a dynamité la littérature pourtant déjà peu sage des lettres américaines. Entre deux passages devant sa machine à écrire, il vagabondait de bars en champs de courses. Boire, baiser, se battre, et parfois aussi écrire. Écrivain fêlé, là où jaillit la lumière, même si elle est souvent noire. Les Bukoliques restituent bien tout cela, et donneront sans nul doute à plus d'un lecteur le goût de lire ou relire Contes de la folie ordinaire ou Women et Factotum. Cédric Meletta offre ici de belles pages érudites et justes, qui tanguent bien comme dans un rendez-vous alcoolisé, après dix huit heures, avec un écrivain hors du commun. Le lecteur, averti ou non, s'égare avec délice dans cette vie si tumultueuse de Hank où il aura donné à voir, à bien voir, l'envers du décors pailleté d'Hollywood, les bars paumés et les chambres d'hôtels minables, d'une vie marquée par une tristesse endémique. Les Bukoliques, une belle lampée de Bukowski... A consommer sans modération.

 

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Les Bukoliques

Variations sur Bukowski

Cédric Meletta

Éditions du rocher

2020 / 240 p / 18,90 euros

 

 

« La différence entre une démocratie et une dictature, c'est qu'en démocratie tu votes avant d'obéir aux ordres. Dans une dictature, tu ne perds pas ton temps à voter »

Contes de la folie ordinaire.

 

 

 

 

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