En février, les éditions Belfond publiaient le deuxième roman d'Imbolo Mbue, Puissions-nous vivre longtemps. Roman très attendu après le grand succès du précédent Voici venir les rêveurs, que nous avions aussi chroniqué en 2016.

 

Un petit village en Afrique, Kosawa, durant la fin des seventies.

Les anciens ont cru les promesses des envahisseurs blancs venus d'Occident.

Pexton, c'est le nom d'une multinationale pétrolière américaine.

Peu à peu Kosawa devint l'enfer sur terre.

Partout des puits de pétrole, souvent des fuites dans les pipelines. Champs pollués, rivières polluées, récoltes contaminées, et les plus faibles meurent, les enfants. Les années passent, la pollution et le mépris demeurent, les obsèques aussi. Les villageois ne sont rien aux yeux de Pexton. Juste une cohorte d'invisibles, impuissance et décomposition.

 

Jusqu'au moment du basculement. Il viendra du fou du village, Konga, qui lors d'une réunion avec des représentants de Pexton, subtilisera les clés de leur véhicule. Un geste fondateur. Tenir tête pour recouvrer la liberté. Mais tous ne sont pas d'accord, le capitalisme et le pétrole font vivre le village, créent des emplois. Le lecteur comprend assez vite qu'avec Imbolo Mbue, les clichés ne sont pas de mise. L'heure de la révolte sonne, l'heure de la répression sanglante aussi. Mais au-delà d'un superbe roman de résistance, Puissions-nous vivre longtemps, offre aussi un magnifique portrait de femme, celui de Thula. Nous suivons durant plusieurs années, son chemin vers la révolte, qui passe par l'éducation, par les États-Unis, et par le retour au village.

 

En un peu plus de quatre cent pages, Imbolo Mbue illustre avec intelligence et finesse, l'oppression de l'Afrique, sa mémoire, ses traditions, ses moments de révolte. Difficile de ne pas penser à l'écrivain nigérian Ken Saro-Wiwa qui paya de sa vie, son combat contre les vautours de Shell. L'auteure n'oublie pas, avec justesse, la responsabilité des élites africaines en place, avec un dictateur corrompu nommé « Son excellence ». Camerounaise d'origine, devenue américaine depuis 2014, Imbolo Mbue est devenue une voix qui compte dans le monde des lettres. Une voix forte dans la lignée de Toni Morrison et James Baldwyn. Sans nul doute le plus magistral roman de la rentrée littéraire hivernale 2021. Un grand nom de la littérature se confirme ainsi, un nom à ne pas oublier.

 

Dan29000

 

Puissions-nous vivre longtemps

Imbolo Mbue

Traduit de l'anglais (Cameroun) par Catherine Gibert

Éditions Belfond

2021 / 432 p / 23 euros, 14 euros numérique

 

Site éditeur

 

 

 

 

Tag(s) : #lectures
Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :