Fin mars, les éditions Actes sud publient un livre de la plus grande importance : Tchernobyl par la preuve, vivre avec le désastre et après, de Kate Brown dans la collection « Questions de société »

 

Avril 1986, explosion et incendie du réacteur 4 de la centrale nucléaire Lénine, située en république socialiste soviétique d'Ukraine, en URSS, à une centaine de kilomètres de Kiev, non loin de frontière avec la Biélorussie. Certes au départ, si, comme nous, vous êtes intéressés par ce sujet, l'on pense, encore un bouquin de plus sur Tchernobyl ! Cela ne manque pas dans le monde entier, sans parler des films, fictions ou documentaires, des séries et autres multiples études. Pourtant, après lecture, il s'avère que ce livre de Kate Brown est une date. Nombre de publications sur Tchernobyl sont des points de vue, plus ou moins éclairés d'ailleurs. Là, le titre du livre annonce la couleur : Tchernobyl par la preuve. Cela change tout.

 

Kate Brown est la première historienne occidentale à avoir travaillé dans les archives du ministère soviétique de la Santé. Voyons donc qui est cette Kate Brown dont c'est le premier livre traduit en français. Saluons le courage des éditions Actes sud, à ce propos. Historienne spécialisée en histoire environnementale, professeure de science, technologie et société, au fameux MIT de Boston (Massachusetts Institute of Technology). Kate Brown est déjà l'auteure de plusieurs ouvrages : Plutopia, chez Oxford University press ou Dispatches from Dystopia chez University of Chicago Press. Elle est à l'origine de la déclassification de nombreux dossiers en Russie, Ukraine et Biélorussie. Plus d'une décennie de travail, de lectures et classement de textes inédits, de rencontres avec des habitants, y compris dans la zone d'exclusion totalement contaminée.

 

Car si Kate Brown s'attache aux faits, aux dates, aux chiffres, elle ne néglige pas pour autant l'aspect humain de cette catastrophe. Par la preuve, elle explique comment le pouvoir russe a dissimulé l'information, comme cela s'est pratiqué lors du désastre de Fukushima. Des autorités japonaises dissimulatrices comme les autorités soviétiques. Autre point fort de cette incroyable enquête de Kate Brown, sa volonté de contextualiser. Ne jamais oublier la part de responsabilité des agences étrangères au plus haut niveau, comme l'ONU, AIEA et des scientifiques internationaux, minimisant la catastrophe et se voulant rassurant, tous liés à l'industrie nucléaire. L'auteur n'oublie pas non plus de pointer les USA et la France pour leurs essais nucléaires depuis des décennies. Elle aborde aussi la spécificité des faibles doses accumulées ayant généré, surtout chez les enfants, une multitude effarante de cancers, notamment de la thyroïde. Face à une désinformation massive, russe et internationale, Tchernobyl par la preuve, est terrible document incontournable, pour mieux faire face à un futur nouveau désastre, surtout en France, où le parc de centrales vieillissantes sera encore actif bien des années. Tchernobyl par la preuve, est comme la culture en période de pandémie, essentiel.

Dan29000

 

Tchernobyl par la preuve

Vivre avec le désastre et après

Kate Brown

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Cedric Weiss et Marie-Anne de Béru

Éditions Actes sud

Collection : Questions de société

2021 / 528 p / 24 euros, disponible en numérique

 

Site éditeur

 

 

Tag(s) : #lectures
Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :