Congrès de la CGT : Un grand écart politique qui passe mal
Mercredi 20 mars 2013
Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 187
(21/03/13)
Le 50ème congrès de la CGT à Toulouse s’inscrit dans une contexte particulier : un gouvernement de « gauche » auquel la direction confédérale n’a pas ménagé son
soutien et qui en quelques mois a réussi à susciter un tel mécontentement que le secrétaire général sortant ne peut faire autrement que d’exprimer son désenchantement.
Sous le précédent quinquennat, la direction confédérale avait semé la confusion en refusant de s’affirmer comme un adversaire systématique de Sarkozy, et en
participant à la législation sur la représentativité syndicale. La deuxième phase fut plus classique avec la construction de la mobilisation contre l’austérité, puis avec la lutte contre la
réforme des retraites. Au total, les grandes options de la politique confédérale furent mises en difficulté : le syndicalisme rassemblé – l'axe CGT-CFDT - débouchait sur l'échec de la
mobilisation sur les retraites et les restructurations internes engagées depuis le début des années 2000. Résultat, la succession du secrétaire général qui traditionnellement s’opère sans
difficulté est devenu un enjeu politique trop souvent présenté comme une simple querelle de personnes. En fait cette bataille réfractait les questions non résolues en interne et les échecs de la
stratégie. Thierry Le Paon s’est trouvé être le candidat des moindres désaccords. Les grandes fédérations comptent qu’il modère les projets de restructuration interne mettant en cause leurs
prérogatives. Mais, de l’autre, les problèmes politiques auxquels se trouvent confrontés la CGT ne pourront rester sans réponse.
Aucun cadrage politique
A l'ouverture du congrès, le discours inaugural soporifique du nouveau secrétaire entretient toutes les ambiguïtés sur le rapport au gouvernement et la stratégie
syndicale. La dénonciation des réformes de la fonction publique et notamment de l’hôpital, est la seule à susciter des applaudissements significatifs. Les mobilisations phares de ces derniers
mois sont évoquées positivement et même soutenues, en paroles : « ce n’est pas Taylor (patron de Goodyear) qui ne veut pas de nous, c’est nous qui ne voulons pas de lui ». Mais elles ne
constituent pas non plus l’axe d’une stratégie. La riposte à construire contre la validation parlementaire de l’ANI sur la flexisécurité illustre ces atermoiements : une opposition verbale mais
pas de construction réelle de la mobilisation. La poursuite de la politique du dialogue social, de la volonté réaffirmée d’un syndicalisme rassemblé sans programme sont des impasses. La mise en
avant des contre-projets industriels, la mise au centre de la question du travail, du concept de Sécurité sociale professionnelle et du nouveau statut du travail salarié, ne sauraient servir de
stratégie.
Une demande de radicalité
Les interventions sur le rapport d’activité montrent que ce vide est largement perçu. A l’applaudimètre, les interventions dénonçant radicalement le gouvernement
reprenant les mots d’ordre de nationalisation, de rejet total du projet de loi découlant de l’ANI l’emportent largement. La mise en cause du syndicalisme rassemblé jusqu’au refus de se
reconnaître dans la dénonciation de l’action de brûlure du drapeau de la CFDT remporte un franc succès : «Il est moins grave de brûler le drapeau d’une organisation syndicale trâitre que de
brûler le Code du travail comme l’a fait cette organisation ».
L’annonce d’une journée d’action contre la légalisation de l’ANI symbolise une impuissance ne répond pas aux exigences des congressistes et pourrait finir par
passer pour de la complicité.
La violence sociale réfractée par les militantEs ne peut se satisfaire de cette tiédeur revendicative et politique.
Robert Pelletier
SOURCE / NPA