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Durée : 00:52:00
Réalisateur : CAMPANA GLORIA
Avec la participation de : CNC (CENTRE NATIONAL CINEMA),FRANCE TÉLÉVISIONS
Production : BO TRAVAIL !
Production déléguée : FÈVRE FRANÇOIS,BONOPERA GEORGES
Filmé à Belgrade où il a passé les dix premières années de sa vie, ainsi qu’à Paris, sa ville d’exil, l’auteur et dessinateur de renom Enki Bilal a accepté de se livrer devant la caméra de Gloria
Campana. Portrait tout en finesse d’un créateur déraciné et prolifique.
Interview de Enki Bilal
« Je ne suis pas un auteur du réel et je ne cherche pas à le représenter. C’est plutôt une vision paranoïde du monde à travers mes filtres personnels.
Quand Philippe Druillet est arrivé, il a fait exploser tous les cadres. Tout d’un coup, il a imposé un univers de pure science-fiction. Et ça a été aussi une passerelle pour découvrir la littérature anglo-saxonne, comme Ray Bradbury d’abord, puis ensuite Lovecraft, et plus tard Zelazny et Asimov. A l’école, je découvre évidemment aussi les grands classiques de la littérature française. D’emblée il y a un auteur, un poète, qui me happe littéralement : Baudelaire.
La langue française va compter énormément dans la genèse de ma carrière de dessinateur. Quand j’entre au lycée, je découvre Pilote, Tintin, Spirou, les Giraud, Mézières, Uderzo, puis Mandryka, Gotlib, Reiser…
Mon père avait été le tailleur de Tito, deux ou trois ans après la guerre. Il s’était battu à ses côtés pendant la Seconde Guerre mondiale.
Nikopol est mon antihéros préféré. Emblématique, il représente un peu l’homme mal à l’aise, pas à sa place dans une société du futur (…). C’est le prototype de l’humain dépassé par des événements qu’il n’arrive pas à contrôler parce que le système est trop fort, manipulateur, pervers.
[A propos de son arrivée à Paris au début des années 1960] C’est la traversée, la découverte de Paris, sous la pluie, dans la nuit, des lumières, mais aussi de la banlieue. C’est l’arrivée dans un appartement — enfin je n’ose pas employer ce terme pour l’endroit dans lequel on est arrivés à ce moment-là — et puis c’est le début de notre intégration.
Le cinéma m’a libéré du mouvement de l’enchaînement des plans. Ma bande dessinée est de moins en moins classique, elle est de plus en plus écrite, elle va plus vers le roman graphique.
Pour être dans la prospective, je me sers des outils et des informations d’aujourd’hui, mais aussi de la mémoire d’hier. C’est ainsi que, par exemple, j’ai développé l’aspect religieux du conflit des Balkans, parce que c’est l’une de mes grandes phobies. J’ai très peur de l’extrémisme religieux. »
Source : magazine des programmes de France 5