10 mai 2010 : 10ème anniversaire de la loi pour la reconnaissance de l'esclavage et de la traite négrière comme crime contre l'humanité
Le MRAP rend hommage à la loi du 10 mai 2001 dont
la députée de Guyane Christiane Taubira fut la cheville ouvrière. Cette loi a reconnu la tragédie de l'esclavage et de la traite négrière en tant que crime contre l'humanité. Elle affirme
également la nécessité que les manuels scolaires et programmes de recherche en histoire accordent à la déportation transatlantique de millions d'êtres humains « la place conséquente qu'elle
mérite ».
S'il reste à la faire reconnaître partout dans le monde comme
crime contre l'humanité, le chemin restant à parcourir en France même n'en est pas moins conséquent.
Le MRAP souligne en effet le lien étroit qui existe entre la reconnaissance de l'esclavage et les conséquences à tirer des
indépendances africaines du joug colonial il y a maintenant cinquante ans. Ces dernières n'ont pas mis fin à l'exploitation du continent africain comme en témoigne les migrations de la pauvreté
et du travail qui n'ont fait que s'amplifier au niveau mondial.
Parce que
le poids de l'héritage de ce crime pèse aujourd'hui encore sur l'Afrique, le MRAP réaffirme en ce mois de mai 2010, son ferme soutien à la marche des sans papiers de Paris à Nice pour leur
régularisation à l'occasion de la conférence gouvernementale de Nice qui entend commémorer le cinquantenaire des indépendances. Le MRAP rappelle à cette occasion sa revendication permanente de
régularisation de tous les sans papiers.
Cette journée doit donner matière
à réflexion sur la persistance de discriminations intolérables et la nécessité d’établir d’autres liens avec les outre-mers afin que la métropole mette fin à la relation inégale qui perdure, et
qu’elle s’habitue à dialoguer avec les habitants de ces territoires sur un pied d’égalité et écouter ce qu’ils ont à dire. Le MRAP demande la reconnaissance en droit international de l'esclavage
et de la traite comme crime contre l'humanité. Seule une telle reconnaissance peut ouvrir la voie à la justice et à une coopération véritable.
Paris, le 10 mai 2010.
Cinquième journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions
Pour le MRAP, cette journée de commémoration doit donner lieu à une réflexion profonde et
dynamique sur une période particulièrement dramatique et être l’occasion :
de rappeler que la France a été le seul
pays européen à connaître deux abolitions, le rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802 montrant que les mesures même les plus justes et les plus nobles ne sont jamais
acquises,
de rétablir certaines idées reçues en rappelant que les esclaves qui n’ont cessé de se battre pour la
liberté et la dignité ne doivent pas être ramenés au simple rang de victimes mais que parmi eux, de grandes figures de la liberté jusque là ignorées par la métropole prennent place dans notre
Histoire au même titre que les grandes figures reconnues de notre histoire nationale,
de dénoncer la vision
hexagono-centrée de l’Histoire qui fait qu’aujourd’hui comme hier, l’histoire de la nation se passe dans l’Hexagone et qu’ailleurs on accepte comme au temps de l’esclavage qu’il y ait des
exceptions à la règle de l’universel «Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », de montrer l’apport des esclaves en rappelant qu’aujourd’hui nous vivons dans un monde dont
les cultures qui nous sont devenues si familières leur doivent beaucoup, de redonner sa juste place à la lutte des esclaves : l’effacement de toutes les rébellions, de toutes les luttes menées
par les esclaves montre en creux l’importance de leur résistance, le marronage restant un exemple dans l’établissement d’une réelle souveraineté,
de redonner ainsi toute sa singularité à l’esclave africain qui a une langue, une culture, riche d’une histoire souvent orale que l’on
ignore et que l’on lui dénie, d’analyser la situation actuelle en montrant en quoi la division liée à l’esclavage continue à perdurer dans les départements et territoires d’outre-mer qui ne sont
toujours pas considérés comme des territoires comme les autres.
Pour le
MRAP, cette journée doit être également l’occasion de réaffirmer des exigences fortes. Outre l’inscription de cette histoire dans l’histoire nationale, il faut que soient établis :
la reconnaissance des effets de cette histoire du point de vue culturel et sociétal – le statut colonial n’a pris fin des
les territoires des Antilles qu’en 1946, la population vivant dans une sorte de « citoyenneté colonisée »- mais aussi dans ses conséquences concrètes comme la possession des terres ou la
détention du capital si cruciaux dans le domaine économique
le poids de l’héritage de cette situation
aujourd’hui.
Cette journée doit être également l’occasion de confirmer des
avancées dans l’acceptation de cette histoire comme l’ont fait des villes comme Nantes, La Rochelle ou Bordeaux directement liées à la traite et la loi Taubira du 21 mai 2001 rompt le silence
total de la nation sur l’abolition de l’esclavage pendant près de deux siècles. Néanmoins des obstacles et des résistances demeurent en particulier avec la remise en cause à La Réunion du projet
de Maison des Civilisations et de l’Unité réunionnaise.
Cette journée doit
être l’occasion de mesurer l’actualité de l’esclavage en réfléchissant autour de la figure de la personne que l’on peut déplacer dans une forme d’économie transformant les personnes en individus
jetables. L’étude de l’esclavage doit nous permettre de comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans une économie qui soumet les êtres humains à une forme de traite
contemporaine.
Que cette journée puisse enfin donner matière à réflexion
sur
l’étude particulière des différentes traites dans l’écriture d’une histoire plus décentrée -chacune des traites
produisant des phénomènes différents à étudier dans leur dynamique et leur impact - sans pour autant relativiser les phénomènes ou excuser la traite atlantique coloniale qui reste la plus
dramatique, la persistance de discriminations intolérables et la nécessité d’établir d’autres liens avec les outre-mers afin que la métropole mette fin à la relation inégale qui perdure, et
qu’elle s’habitue à dialoguer avec les habitants de ces territoires sur un pied d’égalité et écoutent ce qu’ils ont à dire,
la construction de l’idée de liberté qui s’est faite autour de l’esclavage tant il est vrai que si je suis libre, il y a quelqu’un qui n’est pas libre. Pour le MRAP, la liberté
ne prend tout son sens que si elle se conjugue avec l’égalité.
Créé par secretariat
Source : MRAP