Affaire Karachi : la justice se rapproche de Balladur et Sarkozy

Publié le par dan29000

Karachi : avec Bazire et Gaubert, la justice touche au "premier cercle" sarkozyste

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L'affaire de Karachi connaît une accélération avec l'audition par la justice, mercredi 21 septembre, de deux très proches de Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert. Le premier a été placé en garde à vue, et le second, après avoir été présenté au juge Van Ruymbeke a été mis en examen et laissé libre. Or, tous deux sont des proches de longue date du chef de l'Etat. Explications.

1/ Qui sont ces deux hommes ? Nicolas Bazire dirige actuellement la holding privée du groupe LVMH et siège à son conseil d'administration. Il fut le témoin de mariage de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni. Avant cela, il était surtout connu comme ancien directeur du cabinet d'Edouard Balladur et directeur de  de sa campagne présidentielle en 1995. Le financement de cette campagne est dans le collimateur de la justice.

Thierry Gaubert a été chef adjoint du cabinet de M. Sarkozy lorsque celui-ci était ministre du budget, entre 1993 et 1995. Il fut également l'un de ses principaux collaborateurs à la mairie de Neuilly. Eloigné de Nicolas Sarkozy depuis la fin des années 1990, il reste très proche de Brice Hortefeux. Il fut l'époux de la princesse Hélène de Yougoslavie, figure mondaine qui pourrait avoir évoqué devant les juges des élements compromettants, selon le Nouvel Observateur.

 

 


2/ Que leur reproche la justice ? On ne connaît pas, pour l'heure, le motif précis du placement en garde à vue de M. Bazire. Mais, au coeur de toute cette affaire, se trouve la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 et son financement, qui paraît de plus en plus irrégulier.  Si les comptes de campagne de l'ancien premier ministre ont été validés, à l'époque, par le Conseil constitutionnel, plusieurs témoins ont fait état d'irrégularités et, notamment, du dépôt de fortes sommes en liquide, dont la provenance reste incertaine. Sept millions de francs seraient ainsi apparus sur les comptes de manière potentiellement frauduleuse.

Au coeur de l'été, un témoin a permis d'écarter la piste d'un financement par les fonds secrets en liquide dont disposait alors Matignon. Cela accrédite la piste d'une autre source, qui pourrait être celle des rétrocommissions.

3/ Quel lien avec l'affaire de Karachi ? Ces fonds pourraient provenir de rétrocommissions issues de contrats d'armements avec le Pakistan et l'Arabie Saoudite. Ces ventes donnaient lieu à des commissions légales à destination d'intermédiaires, et la justice soupçonne qu'une partie de ces sommes d'argent ait pu revenir illégalement en France.

Le principal intermédiaire de ces ventes (contrats "Agosta" pour des sous-marins au Pakistan et '"Sawari II" pour de frégates à l'Arabie saoudite) se nomme Ziad Takieddine. Il est proche d'une partie des ténors de la majorité. Le site Mediapart a publié une série de photos de vacances où on le voit en compagnie de Jean-François Copé ou Brice Hortefeux. Claude Guéant a reconnu en lui un intermédiaire, notamment pour se rapprocher de la Libye de Mouammar Kadhafi. Il est mis en examen, ses biens ont été saisis, et une enquête est menée contre lui pour fraude fiscale.

 

 


3/ En quoi est-ce relié à l'attentat survenu au Pakistan en 2002 ? Les commissions versées aux intermédiaires des ventes de sous-marins et de frégates, d'un montant respectivement de 33 et de 200 millions d'euros, ont été interrompues à partir de 1996 par les chiraquiens, arrivés au pouvoir. L'hypothèse retenue par la justice serait celle d'une vengeance des intermédiaires pakistanais qui bénéficiaient de ces commissions. Les chiraquiens auraient voulu couper le versement des commissions, étalé sur plusieurs années, avant tout pour priver leurs ennemis balladuriens de ces sommes.

Mais, toujours selon cette hypothèse, qui n'est pas prouvée ni validée, les commissions – qui étaient alors encore légales – allaient à une série d'intermédiaires au sein de milieux militaires et du renseignement au Pakistan. Ces personnes auraient pu déclencher l'attentat qui a tué 14 personnes, dont 11 membres français de la Direction des constructions navales (DCN).

>> Voir notre infographie : "Comprendre l'affaire Karachi en trois minutes"

4/ Que change cette audition ? Le fait que deux proches de Nicolas Sarkozy soient ainsi auditionnés pose question. Selon des informations de presse, l'ex-épouse de M. Gaubert aurait évoqué des "valises de billets" que son époux aurait raportées de Suisse et qui auraient été confiées ensuite à M. Bazire. Ces informations, non confirmées, posent question.

L'audition des deux témoins montre que la justice se rapproche du chef de l'Etat. Pour l'avocat des familles de victimes de l'affaire Karachi, Me Morice, "il va de soi et il est certain que si Nicolas Sarkozy n'était pas actuellement président de la République, il serait entendu parce que les pistes mènent vers sa responsabilité".

 


Samuel Laurent

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