La sortie d'un nouveau roman de David Vann est toujours un événement littéraire. C'est encore le cas pour Komodo, publié chez Gallmeister en mars dernier.

 

Komodo donc, une île en Indonésie. Un haut lieu pour les amateurs de plongée sous-marine, une sorte de paradis sur terre, eau bleue, requins inoffensifs et superbes, raies mantas, plages immenses et soleil à profusion. De belles perspectives pour Tracy, californienne, très délaissée par son mari et surtout en grande difficulté avec leurs jeunes jumeaux. Tracy répond donc à l'invitation de son frère aîné, Roy, qui travaille à Komodo depuis son divorce, s'étant éloigné de sa famille. Comme une envie de break pour Tracy, biologiste de formation, rêvant parfois de tuer son mari et tentant de supporter les jumeaux, en comptant les jours avant leur entrée à l'école ! Femme au bord de la crise de nerf. Quoi de mieux que la mer, le soleil, la plongée, les sublimes poissons multicolores pour éviter le pire. Sans oublier un retour vers ce frère un peu perdu de vue.

David Vann aime manifestement les îles, se souvenir de son magnifique Sukkwan Island qui le fit connaître il y a dix ans, il aime aussi les poissons, après ceux en vase clos dans Aquarium, ceux en liberté de Komodo. Mais ce charme des îles et cette magie des poissons ne sont que la toile de fond pour de terribles tourments familiaux. Explorateur de l'âme humaine, David Vann réussit une fois encore à nous brosser un tableau perturbant d'une femme qui plonge dans les deux sens du terme. Très vite, les rapports entre frère et sœur vont se dégrader. La tension s'installe au paradis. Peu à peu, les reproches, les non-dits, les souvenirs remontent à la surface entre deux plongées abondamment décrites par l'auteur. Ajoutons à ce duo, la mère septuagénaire de Tracy et Roy. Trio explosif dans cadre enchanteur. Descente en apnée dans les flots pour Tracy, descente psychologique en elle-même, deux sources de danger pour cette femme en perdition. Au final, un roman perturbant où David Vann réussit encore un superbe portrait d'une famille déchirée. Pour son septième roman, Komodo est une nouvelle confirmation que David Vann est un auteur majeur aussi doué dans les descriptions naturalistes que pour l'analyse des détresses de l'âme, un grand plaisir pour ses lecteurs dans le monde entier.

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Komodo

David Vann

Traduit de l'américain par Laura Derajinski

Éditions Gallmeister

2021 / 290 p / 22,80 euros

 

Site éditeur

 

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PRESSE /

"Une attaque sans provocation, si rare." Dans le règne humain et sous la plume du génial David Vann, romancier de la crise existentielle et des conflits familiaux, fréquentes sont ces attaques.

Docteur ès cruauté, David Vann reste le maître des joutes intimes. "Au fond", chacun de ses livres raconte la même histoire : un drame originel, une famille pulvérisée, des morceaux à rassembler - si possible. La nouveauté de Komodo, c’est le regard porté par l’auteur sur la condition féminine. Tracy n’est pas une mauvaise fille. Elle est simplement à bout, rincée par son métier de mère. Elle marche au bord du gouffre. Il y a dix ans, David Vann l’y aurait précipitée. Il a grandi. Pour le meilleur.

Il est vraiment fortiche, David Vann ! Les dialogues sont un festival de vacheries, et les réflexions de Tracy sur le couple, la famille, la société, à graver dans le marbre. Si Komodo n’est pas le plus sombre de ses livres, l’auteur y distille une tension fascinante dans un style chauffé à blanc. Respect. 

Alternant l’humour cynique et un inquiétant déséquilibre, le romancier construit son livre par paliers, plongeant le lecteur dans un paradis, l’accompagnant dans sa descente vers les profondeurs les plus déroutantes, puis le laissant re monter trop vite, au risque d’étouffer, en plein effroi. Comme Tracy, happant l’oxygène, inspirant de manière anarchique, arrachant son masque. Pour voir quoi ? 

Tag(s) : #lectures
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