Canard enchaîné : Sarkozy, Squarcini (DCRI) et surveillance des médias

Publié le par dan29000

 

 

 

Sarkozy supervise la surveillance de journalistes, selon Le Canard
Par Pierre Haski 



On savait Nicolas Sarkozy obsédé par les médias et par les journalistes. Selon Le Canard enchaîné à paraître mercredi, le président de la République va même jusqu'à superviser personnellement la surveillance de certains journalistes.

L'article est signé Claude Angeli, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire, et il cite des sources anonymes au sein de la Division centrale du renseignement intérieur (DCRI). L'accusation est claire :

« Depuis le début de l'année, au moins, dès qu'un journaliste se livre à une enquête gênante pour lui ou pour les siens, Sarkozy demande à Bernard Squarcini, patron du service de Renseignement intérieur (DCRI), de s'intéresser à cet effronté. En clair, de le mettre sous surveillance, de recenser ses relations et, surtout, ses informateurs. »


Selon Le Canard, il y aurait même un groupe spécial de la DCRI dont la fonction est d'identifier les sources de ces journalistes. Parmi les méthodes employées, il y a l'analyse des numéros de téléphones appelés, grâce à l'analyse des factures téléphoniques, avec la « complicité » des opérateurs télécoms, précise l'article.

Dans certains cas, comme après des révélations concernant Bernard Kouchner, plusieurs salariés du ministère des Affaires étrangères auraient également été convoqués à la DCRI.

L'Elysée n'avait pas réagi mardi soir, mais ne manquera sans doute pas de démentir avec la plus grande énergie.
Un contexte tendu avec les journalistes

Il n'empêche qu'elles surviennent dans la foulée de plusieurs affaires qui sont au cœur de l'actualité politico-judiciaire. Le Monde, en particulier, a porté plainte à deux reprises dans l'affaire Bettencourt-Woerth.
D'abord une plainte contre X pour violation du secret des sources, à la suite des révélations selon lesquelles l'Elysée a eu recours à des procédés qui, selon le quotidien, enfreignent directement la loi sur la protection du secret des sources des journalistes.
En octobre, toujours concernant la violation du secret des sources des journalistes, la direction du Monde et les deux journalistes concernés, Gérard Davet et Jacques Follorou, ont annoncé qu'ils portaient plainte sur la base de l'article 77-1-1 du code de procédure pénale, qui impose au procureur de demander à des journalistes une autorisation avant de se faire communiquer leurs factures téléphoniques détaillées.

Dans la même veine, une série de cambriolages mystérieux vient de se produire, avec les vols des ordinateurs d'un journaliste du Monde et d'un autre du Point qui travaillaient sur l'affaire Bettencourt, ainsi qu'au siège de Mediapart où l'enregistrement des conversations de Liliane Bettencourt a été volé.
« Je ne vois pas en quoi cela me concerne »

Vendredi à Bruxelles, Nicolas Sarkozy a repoussé d'un commentaire mi-ironique, mi-méprisant, une question sur les cambriolages récents concernant les médias ou des journalistes :

« Je ne vois pas en quoi cela me concerne. Vous attendez un commentaire de moi sur une enquête. Je ne vois pas en quoi cela peut concerner le chef de l'Etat. Je vois trop ce qu'un commentaire de ma part pourrait amener comme commentaire de la vôtre. »


Nicolas Sarkozy entretient un rapport totalement obsessionnel avec les médias, comme tous les hommes politiques sans doute, mais à un niveau sans doute rarement atteint avant lui. « Cartes sur table » (Plon), le livre des frères Duhamel, Olivier et Patrice, qui vient de paraître, en a donné une nouvelle illustration, avec d'innombrables exemples.

Rue89 en a également fait l'expérience en diffusant, en juillet 2008, la vidéo du « off » de son passage sur France3 –dont on réalise à la lecture du livre des Duhamel qu'il s'est passé des scènes encore pires dans le salon de maquillage… –, qui vaut à son journaliste Augustin Scalbert d'être mis en examen pour « recel », et de passer en procès au début de l'année prochaine.

Un conseiller d'Eric Woerth, Eric de Serigny, réclame de son côté la somme record de 5 millions d'euros à Rue89 et au journaliste David Leloup à la suite d'une enquête sur ses liens avec des sociétés enregistrées dans des paradis fiscaux, en contradiction avec la politique officielle du gouvernement.

Les dernières révélations du Canard viennent alourdir le dossier, bien épais, des relations conflictuelles entre Nicolas Sarkozy et les médias.

 


Source : RUE 89

Publié dans actualités

Commenter cet article