Changeons de cap, changeons de pac ! un essai signé José Bové et Gilles Luneau

Publié le par dan29000

 

 

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S'il fallait faire la liste de tous les sujets importants non traités par les candidats à cette élection présidentielle, la liste serait longue...Par exemple, la question primordiale de l'agriculture, quel type d'agriculture voulons-nous, au service de qui, comment se débarrasser des pesticides, et cette PAC que peut-on en faire ?

 

 Un vaste débat qui ne peut concerner que les seuls agriculteurs, un débat qui doit se faire entre les paysans et l'ensemble des européens. Comment nourrir 500 millions de personnes aujourd'hui et demain encore plus ! C'est l'un des enjeux de ce livre instructif écrit à quatre mains, celles de José Bové et celles de Gilles Luneau, grand reporter et spécialiste de géopolitique, rédacteur en chef de Globalmagazine.info. Ce duo n'en est pas à son coup d'essai, ayant publié en 2002, "Paysan du monde", ou encore "Pour la désobéissance civique", en 2004.

 

 Parfois le sujet de la PAC peut s'avérer légèrement ardu pour certains. C'est pourquoi il faut lire ce livre, abordable par tous et d'une approche claire. Trois parties distinctes facilitent la lecture.

 D'abord, la PAC et son bilan à assumer, avec un versant social en trompe-l'œil qui donna un bilan écologique catastrophique, étant soumis à la dictature sans cesse omniprésente des logiques techniques.

 Dans un second temps, nos auteurs nous font découvrir quelques vérités que les grands médias se gardent bien de nous expliquer sur ce sujet. Alors que les multinationales prennent le pouvoir, l'Union Européenne a perdu progressivement son autosuffisance alimentaire. Cela est grave. A juste titre, le sujet est aussi contextualisé. Partout dans le monde, la razzia sur les terres fertiles s'accélère. L'Arabie Saoudite achète 760 000 hectares de terres agricoles au Soudan, la Malaisie s'en approprie 300 000 au Cameroun...Fonds souverains et sociétés d'États sont les nouveaux prédateurs. Souvent il s'agit de se procurer des agrocarburants alors que le pétrole bon marché n'est plus d'actualité et que l'exploitation de cette énergie approche de son terme. Tout cela étant alors habillé d'un aspect "développement durable". En réalité, deux grandes nuisances se font jour, une menace sur la sécurité alimentaire de ces pays, en faisant reculer le nombre d'hectares dédiés aux cultures nourricières, en puisant dans les ressources d'eau et en accroissant la déforestation. Autre aspect, ces dégradations de masse accélèrent le changement climatique.

 Enfin la troisième partie de cet essai est intitulé à juste titre : Vent nouveau. Comme partout et sur tous les sujets, les cinquante ans de cette PAC furent le produit d'un rapport de forces politiques. Pressions et magouilles diverses des lobbies. Le tout renforcé par l'action catastrophique de l'OMC qui libéralisa l'organisation actuelle des marchés agricoles. Loin de promouvoir la souveraineté alimentaire comme on s'en doute. Pourtant il serait injuste de ne pas prendre en compte les résistances à cet état de fait. Par exemple la création de Via Campesina, réseau regroupant 200 millions de paysans de 70 pays et 150 organisations paysannes ou rurales. Ou encore l'action efficace des Forums sociaux locaux et mondiaux depuis 2001 à Porto Alegre. Sans oublier le mouvement Slow Food, né en Italie en 1986 (120 000 membres dans 50 pays). Rien n'est donc écrit dans le marbre, la PAC peut être réformée, en assurant le revenu des paysans, établissant des échanges commerciaux équitables, tout en protégeant les ressources naturelles. Certes la bagarre face à la Commission européenne n'est pas simple comme l'on peut le comprendre dans les dernières pages de cet essai qui redonne quand même espoir.

 

 En fin de volume, un utile ensemble de repères chronologiques, partant de 1944, les accords de Bretton Woods, à octobre 2011 où à Bruxelles, le commissaire européen à l'agriculture présente au Parlement le paquet législatif de réforme de la Politique agricole commune de la Commission européenne.

 

 Un essai nécessaire afin de bien comprendre un enjeu mondial primordial dans les prochaines années.

 

 

Dan29000

 

 

Changeons de cap, changeons de Pac

José Bové, Gilles Luneau

Manifesto

Editions alternatives

2012 / 208 p / 16 euros

 

Voir le site des éditions Alternatives

 

Pour découvrir quelques pages du livre, c'est ICI

 

Et aussi le blog compagnon du livre

 

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EXTRAIT :

Avant propos

En 2012, la Politique agricole commune (Pac) fête les soixante ans de sa mise en oeuvre. Elle est non seulement l’une des plus anciennes, mais surtout la plus importante des politiques ayant construit et continuant de bâtir l’Union européenne. Comme toute réalisation politique, la Pac est critiquée, souvent à juste raison : inéquitable dans ses soutiens aux paysans, agent de désertification de nombreux territoires, écologiquement insoutenable par bien des pratiques promues, agressive et destructrice dans les relations commerciales qu’elle a induites avec les pays tiers, d’Afrique en particulier. On le verra dans ce livre, sous le vocable de Politique agricole commune se sont dissimulées plusieurs politiques. À l’origine, en 1962, la Politique agricole commune est une vraie stratégie politique au service du bien commun des peuples européens : la paix et l’autosuffisance alimentaire. Une vision ambitieuse, accompagnée des moyens nécessaires. Ses réformes successives ont obéi aux contingences immédiates, sans hauteur de vue. Après la chute du mur de Berlin, en 1989, l’audace présidant à l’intégration rapide des pays de l’Est européen fut très fortement temporisée par la marche forcée vers la libéralisation du commerce mondial. Les réformes furent souvent des empilements techniques, fruits des compromis avec les différents lobbies en cours à Bruxelles et à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cet abandon progressif de l’intérêt commun nous dépose aujourd’hui au pied d’une réforme d’importance. La politique de 1962 concernait six pays et 170 millions de personnes, celle à mettre en oeuvre pour 2014-2020 touche vingt-sept pays et plus de 500 millions d’Européens. La nature même des enjeux a changé : préservation des ressources naturelles, santé publique, réchauffement climatique, fin des énergies fossiles pour ce qui est de l’héritage anthropique du dernier demi-siècle. S’y ajoutent les défis du présent immédiat : • La concurrence, pour une surface cultivable mondiale limitée, entre cultures nourricières, cultures de rente et cultures d’agrocarburants, raréfie les possibilités de nourrir les peuples dans le monde entier. Depuis 2007, la spéculation boursière sur les matières premières agricoles provoque à chaque hausse des cours des émeutes de la faim. La ruée des pays riches vers les terres fertiles des pays pauvres installe une nouvelle forme de colonialisme, avec son lot d’exclusion et d’esclavage. • L’allongement des voies commerciales (maritimes, aériennes, routières) alourdit le bilan carbone de beaucoup de nos aliments. Tout comme l’offre surabondante de la « grande distribution » et de la restauration hors domicile qui, en plus, entretient un scandaleux gaspillage alimentaire. De tels enjeux sociaux, économiques, écologiques, réclament une Politique agricole et rurale commune suffisamment puissante pour structurer l’Europe en tenant compte de ses responsabilités internationales. Une politique en rupture radicale avec celle qui agonise aujourd’hui. Une politique qui renoue avec le bien commun. Une politique de souveraineté alimentaire, basée sur des modes de production écologiques et des échanges commerciaux équitables. Il ne suffit pas de « verdir » la Politique agricole commune avec des « mesures environnementales » mais de refonder une stratégie agricole, alimentaire et sociale pour les prochaines années. Depuis une vingtaine d’années, des mouvements paysans, ruraux et citadins multiplient les expériences alternatives à l’agriculture intensive, à la grande distribution, à la restauration collective industrielle, à la façon d’habiter un territoire. Des recherches scientifiques explorent la microbiologie des sols, les subtilités des écosystèmes, les impasses de la modification génétique. Nous avons la chance aujourd’hui de pouvoir puiser dans ces bilans concrets pour penser l’avenir. Il suffit d’en faire le choix. Une autre Politique agricole commune est non seulement possible, mais indispensable à l’épanouissement des peuples européens. Nous vous en offrons ici nos clés.

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