Clémentine Autain : L'autre gauche, c'est pas gagné...

Publié le par dan29000

clementine.pngRégionales. L’autre gauche, c’est pas gagné…

J’avais affirmé ma disponibilité et ma volonté de m’investir dans la bataille des régionales. Malheureusement, ce ne sera pas possible, ce que je regrette profondément. A l’issue d’un long processus auquel j’ai participé avec la Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), j’avoue ne pas y retrouver mes petits, comme on dit. Une fois de plus, l’autre gauche se prépare à être très en deçà de ses potentialités et de la place qu’elle devrait occuper dans un contexte de crises sociale, économique et démocratique, face à une droite dure au pouvoir.

Après la division avec le NPA, les listes en préparation autour du Front de Gauche (constitué du PCF, du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon et de la Gauche Unitaire composée d’ex du NPA) se constituent dans de nombreuses régions en tournant le dos à l’esprit de rassemblement et à celui de novation. L’idée d’un élargissement et d’une impulsion nouvelle à partir de l’acquis des européennes, où le Front de Gauche avait obtenu 6,8% - passant contre toute attente devant le NPA (5,2%) - est en passe de ne pas se traduire dans les faits. La lecture des mails quotidiens de camarades de la Fase qui rapportent l’état des discussions en région est de ce point de vue assez éloquent, même s’il reste fort heureusement quelques bonnes nouvelles ! En Ile-de-France et en PACA, pour prendre deux régions emblématiques, la construction des listes a même révélé une véritable « chasse aux sorcières » à l’égard des sensibilités composant la Fédération - les communistes unitaires en ont particulièrement fait les frais.

Le rejet de la candidature de Patrick Braouezec était déjà une très mauvaise nouvelle tant elle fermait bien des possibilités pour une dynamique digne de ce nom en Ile-de-France, et même au-delà. C’est le duo Pierre Laurent (tête de liste régionale) / Marie-George Buffet (tête de liste en Seine-St-Denis) qui a été mis en place et donnera le ton. Rien n’a été fait pour contrebalancer cette construction autour du PCF. De ce point de vue, le veto émis sur ma candidature en Seine-Saint-Denis m’apparaît comme un symptôme. Loin d’être un simple règlement de compte personnel (pour ma candidature dans les collectifs antilibéraux en 2006 face à Marie-George Buffet et ma venue sur Montreuil qui a violemment contrarié le député PCF Jean-Pierre Brard, maire sortant - finalement battu par la verte Dominique Voynet…), elle participe clairement d’une volonté politique de fond : combattre celles et ceux qui revendiquent haut et fort la création d’une nouvelle force. On peut d’ailleurs s’interroger sur où en sera, au lendemain des régionales, la « lune de miel » entre un Parti de Gauche qui poursuit l’objectif de construire un Die Linke à la française et un PCF qui a décidément choisi de construire… le PCF.

Les faiblesses de la Fase, qui fonctionne avant tout comme un réseau et ne s’est pas donné les moyens de sa visibilité dans l’espace public pour construire un meilleur rapport de force, n’ont pas permis de changer l’état d’esprit et d’aboutir à un meilleur dispositif de campagne. Ce constat amènera nécessairement à des remises en cause radicales pour la Fase.

A ce jour, il me paraît impossible d’avaler tant de couleuvres (qui pourrait soutenir une campagne dont les principaux animateurs ont émis un veto le concernant ?) et de souscrire à une construction politique qui, globalement et sans sous-estimer quelques bonnes surprises régionales, a favorisé l’accord entre de petits appareils au lieu de rechercher les ingrédients pour mener une campagne dynamique, ouverte sur la société, porteuse de souffle et d’espoir, de pluralisme et de renouvellement. Le fait que Mohammed Mechmache du Forum social des quartiers populaires ait claqué la porte ou que l’hypothèse de la candidature de Leila Chaibi de L’appel et la pioche n’ait pas été retenue m’apparaissent comme des faits significatifs, qui indiquent ce qui était possible et est en train d’échouer.

Le triple défi que nous devons relever pour être populaire et peser utilement reste donc largement devant nous : allier contenu radical sur une ligne de transformation sociale et écologique, unité des forces de l’autre gauche et renouvellement/refondation du projet comme des formes. Dans Transformer à gauche que j’ai publié au Seuil en octobre dernier, ces points sont développés. Nous avons donc du pain sur la planche. Ce travail au long cours reste absolument motivant.

Clémentine Autain

Posté le 14 janvier 2010

Publié dans actualités

Commenter cet article