Coulommiers : proviseur de lycée et DCRI, contre un lycéen du NPA, le ridicule ne tue plus

Publié le par dan29000

 

Convocations, visite des RG : la dure vie d'un lycéen militant au NPA

Marie Kostrz | Journaliste Rue89
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En Seine-et-Marne, un lycéen engagé subit les pressions de son proviseur qui, l'accusant de prosélytisme, a fait venir les renseignements intérieurs.

« Des tracts contre le gouvernement tu distribueras ? Au bureau du proviseur on t'abonnera ! »

Tel pourrait être le titre de la leçon assénée depuis cinq mois par le proviseur du lycée Jules Ferry à Stéphane Barth, élève de terminale à Coulommiers (Seine-et-Marne). Sans qu'elle ne s'ancre pour autant dans sa tête.

Stéphane Barth, alias « le communiste » pour ses camarades de classe, s'est découvert une passion pour l'engagement militant à l'automne 2010. A l'époque, un mouvement contre la réforme des retraites mobilise son lycée :

« Nous avons été au moins 400 élèves à descendre dans les rues de Coulommiers, c'était quelque chose ! »

Son éveil politique ne s'est jamais assoupi depuis. Seul, il a commencé à orner les murs de son établissement d'affiches « qui abordaient un peu tous les thèmes, comme l'éducation ou le féminisme » et qu'il finançait avec son « argent de poche ». Jusqu'en février 2011, où il rejoint le NPA.

Devant le lycée, interdit de distribuer des tracts

Devant le bahut planté sur les hauteurs venteuses de la petite ville, les exclamations enjouées fusent à l'évocation de Stéphane Barth. Grâce à son engagement, il jouit d'une petite renommée parmi les élèves. L'un d'eux plaisante :

« Tout le monde le connaît, il distribue souvent des tracts à la fin des cours. »

Mais inciter ses camarades à réfléchir sur la politique actuelle ne plaît pas à la direction du lycée Jules Ferry. A l'automne 2011, Stéphane Barth s'est fait une première fois tirer les oreilles :

« Le proviseur m'a dit que je n'avais pas le droit de distribuer des tracts du NPA sur le trottoir devant Jules Ferry car selon le cadastre, il lui appartient et c'est interdit d'avoir une activité politique au lycée. »

Le garçon s'entête : pourquoi ne serait-il pas autorisé à y exercer cette activité si, au même endroit, l'administration fait une entorse au règlement en acceptant que les lycéens fument ?

Les tracts, une « source d'émeutes graves »

Ses demandes de salle, où il souhaiterait organiser une réunion apolitique sur la réforme du lycée engagée par l'Education nationale, sont systématiquement refusées.

Fin novembre, il reçoit une nouvelle convocation, avec cette fois une invitée d'honneur : sa mère. Contactée par Rue89, cette dernière regrette la réaction « exagérée » de la direction :

« Lorsque je suis venue au lycée, la vice-proviseure m'a dit que la distribution de tracts pouvait être source d'émeutes graves, qu'elle allait appeler la police si cela se reproduisait.

On a l'impression que c'est un terroriste alors que quand on voit Stéphane, il n'a rien à voir avec ça tout de même ! »

Nouvelle convocation et menace de procès

Emmitouflé dans son manteau noir, une écharpe grise enroulée autour du cou, le blondinet qui franchit la grille du lycée après cinq heures de devoir surveillé (le bac approche) ne revêt pas, il est vrai, la panoplie du dangereux révolutionnaire.

Mains dans les poches, cheveux coupés courts et petites lunettes sur le nez, il rejoint d'un pas calme ses copains. Réunis en petit cercle, ils papotent, fument et rigolent sous la pluie. Scène ordinaire des années lycée.

Parmi eux se trouve un des alliés de Stéphane Barth. Le lycéen, qui souhaite rester anonyme, a tenu à créer un comité de mobilisation. L'idée est venue à quelques jeunes après une nouvelle convocation de Stéphane pendant laquelle, selon lui, le proviseur adjoint l'a menacé d'un procès en diffamation.

Quand les services de renseignements débarquent

L'ami explique :

« Je voulais mettre en avant les libertés des lycéens, même si je n'ai aucun engagement politique. Ce qui arrive à Stéphane est intolérable, on devrait pouvoir s'exprimer beaucoup plus librement. »

La création du comité, annoncée dans une nouvelle affiche, n'a fait que monter la pression d'un cran. Le 9 décembre, Stéphane est de nouveau sommé de rejoindre le bureau du proviseur. Driss, qui appartenait aussi au comité, se souvient :

« Nous étions deux à venir avec lui mais une fois dans le couloir de l'administration, la secrétaire nous a demandé de retourner en cours. »

Là, Stéphane se retrouve en face de Francis Beltran, proviseur, de ses deux adjoints et... de deux hommes rattachés à la Direction centrale de la sécurité publique. Il s'agit de la seconde branche des renseignements intérieurs avec la DCRI.

« Ils pensaient que je voulais créer une cellule du NPA »

Stéphane, qui avoue avoir été un peu déstabilisé de se retrouver seul face à cinq adultes, se souvient :

« J'ai tout de suite voulu prendre des notes mais ils m'ont dit que ce n'était pas la peine. Ils voulaient en savoir plus sur la création du comité, ils pensaient que je voulais créer une cellule du NPA alors que je suis le seul à être encarté. »

Il ajoute :

« L'un des deux agents est Bruno Machet, qui m'avait déjà contacté quelques mois plus tôt. Il m'a dit qu'il fallait que je me méfie des groupuscules qui envoient les militants au casse-pipe.

Puis qu'il ne fallait pas que je prenne ça comme une menace, mais que ce n'était pas trop dur de m'attaquer en justice s'il le voulait. »

Une belle intimidation pour un militant en herbe : l'affiche que les jeunes avaient collée dans le lycée pour annoncer la création du comité n'était pas légale car elle nommait l'établissement, ce qui est interdit.

Pour les lycéens, une pression « honteuse »

La Direction centrale de la sécurité publique affirme qu'il ne s'agissait que d'une visite de routine :

« C'est la direction de l'établissement qui nous a prévenus que Stéphane Barth faisait beaucoup de prosélytisme dans le lycée, qu'il demandait des salles, distribuait des tracts. Nous nous sommes déplacés car c'est notre rôle. »

A Jules Ferry, cette mésaventure horripile élèves comme professeurs. Justine, élève de terminale, trouve cette pression « honteuse » :

« Ça me fait mal au cœur pour Barth parce qu'il donne tout son cœur pour défendre ses idées, qu'il invite au dialogue et au débat sans jamais obliger qui que ce soit à le suivre. »

« La direction n'a vraiment rien d'autre à foutre »

Côté professeurs, l'incompréhension est aussi partagée. L'un d'eux témoigne :

« Stéphane a énormément progressé depuis qu'il est engagé politiquement, c'est devenu un bon élément de sa classe. »

Un autre regrette que la direction « n'ait vraiment rien à foutre de plus important » que d'embêter « un agneau pareil » :

« Stéphane a un comportement citoyen et respectueux des institutions et non violent. Il s'est retrouvé face à une incompréhension de la direction qui est passée à un stade de répression. C'est allé beaucoup trop loin par rapport à ce qu'il a fait. »

Le proviseur : « Dehors ! »

Il dénonce les procédés employés :

« Il a été convoqué sans avocat, sans ses parents. Il n'y aucun témoin dans cette histoire. »

Difficile en effet de recouper les informations. La Direction centrale de la sécurité publique refuse que Bruno Machet détaille les propos qu'il a tenus durant l'entretien.

Le proviseur n'est pas plus enclin à me rencontrer. A peine entrée dans le bureau de la secrétaire, Francis Beltran, imposante armoire à glace en costume, m'adresse un grand geste brusque :

« Dehors ! Vous n'auriez pas fait déjà deux fois le tour du lycée si vous étiez venue me parler. »

J'étais présente sur les lieux depuis dix minutes top chrono.

L'ordre d'empêcher les mobilisations ?

Jean-Baptiste Fondu, membre du comité exécutif et du bureau des jeunes NPA, assure que c'est la première fois qu'un lycéen militant subit un tel acharnement. Les pressions, cependant, sont selon lui monnaie courante.

Pour lui, c'est moins le parti que tout opposant à la politique actuelle qui est visé :

« On voit apparaître toute une série de proviseurs qui agissent comme de vrais relais du ministère de l'Education nationale et qui ont pour ordre d'empêcher les mobilisations. »

Stéphane Barth assure que si la direction « pense qu'il est maté, elle se trompe ». Il est loin de baisser les bras.

 

Source : RUE 89

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cubeau 28/11/2014 21:48

cela ne m'étonne pas c'est bel et bien la mentalité hiérarchique .
arbitraire vexation infantilisation harcèlement