Egypte : le pouvoir au peuple

Publié le par dan29000

Révolution égyptienne : le pouvoir au peuple

dimanche 27 novembre 2011 - 08h:12

Serene Assir - Alakhbar

 


 


Après une semaine de protestations populaires culminant dans un rassemblement vendredi à la place Tahrir, les manifestants ont à nouveau réclamé le pouvoir au peuple, et les débats ont été relancés sur la meilleure voie à suivre pour un changement démocratique en Egypte face à l’actuel régime militaire et à la veille des élections parlementaires.
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Des dizaines de milliers de manifestants ont convergé pour un autre rassemblement de masse sur la place Tahrir ce vendredi, pour réclamer la fin du régime militaire, à quelques jours des premières élections législatives depuis la chute de Hosni Moubarak - Photo : Ali Garboussi

Le Caire - Place Tahrir, le cœur de la révolution égyptienne s’est remis à battre avec une ferveur révolutionnaire ce vendredi, alors que la place débordait de centaines de milliers de personnes unies dans leur détermination à mettre fin à la dictature militaire. Des milliers de personnes se sont aussi rassemblées dans d’autres villes d’Egypte, dont Alexandrie et Ismaïlia.

Beaucoup sont restés bien au-delà du coucher du soleil pour exprimer leur désir de voir les fruits d’une révolution qui a apporté autant d’espoir qu’elle a fait couler de sang. Dans la seule semaine dernière, une répression sanglante par les forces de police à fait des dizaines de morts et des centaines - voire des milliers - de blessés.

« Tantawi, va-t’en ! A bas Tantawi, tout comme Moubarak ! » Les manifestants réunis sur la place applaudissent, faisant référence au président du Conseil suprême des Forces armées (SCAF).

L’ambiance était festive dans tout le centre du Caire, où la foule s’oppose catégoriquement à la nomination par le SCAF du nouveau Premier ministre par intérim Ganzouri Kamal.

Pendant ce temps, le souvenir trop récent de la répression brutale exercée par l’armée et la police au cours de la semaine, couplé avec l’imminence des élections législatives lundi, ont approfondi les débats au sein du camp révolutionnaire.

Une étudiante en sciences politiques Nermeen, âgée de 21 ans, est arrivéé à la place Tahrir au début de la journée. Fière de prendre part à la réconquête de cette place emblématique, elle était incertaine sur la façon dont le mouvement de protestation continuera à se développer, au-delà de la rue et dans la vie politique.

« Nous avons évincé Moubarak en prenant la rue, mais nous devons faire beaucoup plus que protester si nous voulons débarrasser l’Egypte de la domination militaire », a déclaré Nermeen. « Je me demande juste si nous savons vraiment ce contre quoi nous sommes. Les armées sont violentes par définition. Nous devons proposer des alternatives, sinon nous serons amenés dans une impasse. »

Les préoccupations de Nermeen ont été reprises tout au long de la journée par les militants et les manifestants appartenant à de nombreux milieux politiques. Chez tous, il y a un fort sentiment que les participants à la révolution qui a secoué le monde ont compris qu’ils étaient à nouveau au seuil de la réalisation d’un véritable et nouveau bouleversement.

« Les Égyptiens ont été contraints d’abandonner la vie politique depuis 60 ans, donc récupérer notre place dans la vie publique n’est pas simple », a déclaré Alaa Shukrallah, un médecin, militant politique et membre d’une nouvelle coalition de gauche, l’Alliance populaire socialiste. « Nous sommes à un stade où les gens ont vraiment besoin que la révolution se réalise pleinement. »

Une nouvelle proposition qui a émergé de la Place Tahrir a avancé l’idée de créer un conseil de transition dirigé par trois candidats à la présidence : Abdel Moneim Aboul Futouh, un ancien membre de l’aile la plus libérale des Frères musulmans, le nassérien Hamdeen Sabbahi et l’ancien responsable de l’Agence international de l’énergie atomique, Mohamed El-Baradei. Quelques heures plus tard, lors d’une entrevue à la télévision égyptienne, Sabbahi a déclaré qu’un gouvernement de salut national devait être mis en place, et tel qu’il puisse être accepté par les manifestants de la place Tahrir.

Pour Alaa Shukrallah, l’idée de créer un conseil qui permettrait une transition immédiate du pouvoir depuis les militaires aux civils est une excellente idée. « Je pense que les gens sont d’accord pour que nous commencions à mettre en place des mécanismes pour traduire nos demandes en réalités », dit-il.

Mais la jeune manifestante Nermeen n’est pas d’accord, « parce que ces politiciens n’ont aucune légitimité réelle. Les gens qui ont une légitimité sont ici sur la place, pour protester. Nous devons faire nos propres choix, et nous devons parvenir à un consensus entre nous. N’est-ce pas cela la démocratie ? »

Arriver au point où la place Tahrir - et même le mouvement révolutionnaire du pays dans son ensemble - puisse déterminer un tel agenda semble difficile à ce stade. À tout le moins, un consensus réel de base sur les principales questions politiques mettra sans aucun doute plus de temps à se concrétiser que ce que l’échéancier électoral - avec les élections parlementaires imminentes - semble permettre. A deux jours de la première journée des élections, il est difficile d’évaluer dans quelle mesure les manifestants vont y participer ou les boycotter.

Shukrallah et Futouh Qura, également de l’Alliance populaire socialiste, sont opposés à la tenue d’élections comme il était prévu.

« La loi d’urgence est toujours en place. Nous n’avons aucune garantie qu’il n’y aura pas d’arrangements ou de corruption », affirme Qura. « Si nous nous rendons aux urnes aujourd’hui, nous ne ferions que remettre le pouvoir que nous avons conquis à des forces qui ne nous représentent pas. »

Mais Nermeen est en désaccord, sur la base que « nous devons prendre nos responsabilités. Je vais certainement voter si les élections ont lieu comme prévu. »

La ville reste parsemée de panneaux d’affichage faisant la promotion des candidats et de leurs slogans. En tout, 11 405 candidats sont en lice sur les listes électorales, pour 116 sièges au Parlement tandis que 2356 sont en lice pour 56 sièges individuels. Un total de 59 partis sont en compétition, dont 19 sont libéraux et 15 islamiques.

Mais des doutes sérieux subsistent quant à savoir si les élections se tiendront après les dizaines de tués dans des affrontements entre les forces de police et les manifestants au cours de la dernière semaine.

D’une façon générale, la jeunesse et la gauche, qui sont le moins représentés parmi les candidats au Parlement, sont les forces qui revendiquent le plus clairement que l’avenir de l’Egypte soit décidé dans la rue.

« Ce n’est vraiment pas le moment de s’occuper du Parlement », a déclaré Mohammed al-Hamidi, un jeune militant d’extrême-gauche, avocat et ancien membre du mouvement du 6 avril. « Le SCAF conspire contre la révolution. La pire erreur que nous pouvons faire est de tomber dans son piège, laissant ainsi des forces qui n’ont rien eu à voir avec la révolution, récupérer la lutte et des sacrifices du peuple. »

Énergique et éloquent, al-Hamidi, âgé de 23 ans, est particulièrement préoccupé par les Frères musulmans qui tentent de rouler dans le sillage de la révolution. Bannis sous le régime de l’ancien président Hosni Moubarak, les dirigeants de la Confrérie [des Frères Musulmans] n’ont pas approuvé les manifestations de masse sur la place Tahrir ce vendredi. Ils ont au contraire organisé une manifestation à al-Azhar au Caire, pour protester contre les menaces d’Israël de démolir le passage vers la mosquée al-Aqsa à Jérusalem. Environ 2000 personnes ont pris part au rassemblement.

« Les Frères Musulmans agissent de façon opportuniste en profitant de la révolution, sans la soutenir, » dit al-Hamidi. « Maintenant que l’ancien régime est parti, ils veulent prendre le pouvoir. Mais ce n’est pas pour ce quoi nous avons lutté. »

Des déclarations récentes du SCAF ont cherché à détourner l’attention du combat mené par al-Hamidi et des milliers d’autres jeunes, affirmant que les forces de sécurité n’avaient pas utilisé des tirs à balles réelles contre les manifestants. « L’Egypte ne peut pas être réduite à la place Tahrir et à la rue Mohammed Mahmoud », a déclaré le général Malla lors d’une conférence de presse le 24 novembre.

La déclaration du général semble perdre tout son sens comparée à la force de l’expérience vécue par tous ceux qui sont déterminés à défendre la révolution, même au risque de leur vie.

« Pendant les récents affrontements, nous avons été assiégés dans l’hôpital de campagne des bénévoles au centre-ville du Caire », a déclaré al-Hamidi, cette fois avec un tremblement dans sa voix sonore.

« Nous nous sommes précipités vers l’hôpital parce que des amis avaient besoin de soins médicaux immédiats. La police a alors bouclé l’entrée et lancé des grenades lacrymogènes dans l’hôpital de campagne. Ceci est un crime. »

« Nous ne vendrons pas la révolution », a déclaré al-Hamidi. « Nous avons déjà emporté trop de succès pour nous arrêter maintenant. Nous sommes à quelques pas de l’achèvement. Nous avons juste besoin de continuer. »


26 novembre 2011 - Alakhbar - Vous pouvez consulter cet article à :


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Traduction : Naguib


Source : info Palestine











Publié dans Monde arabe - Israël

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