Et si on apprenait à autoproduire ?

Publié le par dan29000

 

 

Bricoler, jardiner, coudre… Et si on réapprenait à autoproduire ?

Une trousse à couture (photographerpandora/Flickr/CC).

La persistance d'un taux élevé de chômage en France tend à enfermer les populations les plus précaires dans un cercle vicieux d'exclusion économique et sociale. Cela en dépit des multiples politiques de retour à l'emploi mises en place par les pouvoirs publics.

Depuis quinze ans, le Pades (programme d'autoproduction et développement social) promeut une nouvelle approche, l'« autoproduction accompagnée », dont le mot d'ordre est : « Faire, et en faisant, se faire. »

L'idée

Relevant de l'économie non-monétaire, « l'autoproduction englobe toutes les activités destinées à produire des biens et des services pour soi et son entourage, sans contrepartie monétaire ». Or, paradoxalement, ceux qui en auraient le plus besoin ne disposent pas des moyens matériels, de l'espace, du temps et des savoir-faire pour bricoler, jardiner, coudre ou cuisiner pour eux-mêmes.

Cinquante propositions pour changer le cap, par Le Labo de l'ESS.Pourtant, les bénéfices économiques et sociaux de l'autoproduction sont évidents, selon Le Labo de l'ESS (économie sociale et solidaire) :

« Pour les jardins, les avantages individuels et collectifs sont multiples : meilleure alimentation, contribution à la lutte contre l'obésité, possibilité de donner une partie de la production et d'échanger à cette occasion.

Pour l'autoréhabilitation des logements : lutte contre l'habitat insalubre, préservation du patrimoine immobilier, économie d'énergie, etc. » (Télécharger le document)

Dans ce contexte, l'autoproduction accompagnée se présente comme une démarche concrète d'accompagnement et de transmission des savoir-faire à travers des ateliers cuisine, des jardins de développement social, des chantiers d'autoréhabilitation du logement, etc.

Autant d'activités qui favorisent l'autonomie des personnes, contribuent à les sortir de la dépendance et de l'exclusion, à reconstruire le lien social, et à corriger les inégalités, en dynamisant l'économie domestique.

Comment la mettre en pratique ?

Le Pades n'intervient pas directement sur le terrain, sa mission est de rassembler, unifier et faire connaître toutes les initiatives isolées, élaborer des méthodes, former les animateurs de terrain, mettre en relation les structures (associations, régies de quartier, CCAS…) et proposer de l'assistance à maîtrise d'ouvrage aux collectivités.

A Sevran (Seine-Saint-Denis), Joël Humbert anime les jardins familiaux de développement social des Beaudottes :

« Pour atteindre les personnes les plus en difficulté, on a fait du porte-à-porte. Avec ces jardins partagés, on cherche à favoriser la convivialité dans un quartier fragilisé par le trafic de drogue, à améliorer le cadre de vie et répondre à une demande d'espaces verts. »

La mairie a investi 1,4 million d'euros, organisé des réunions et tiré au sort l'attribution des parcelles : 69 lots de 10, 20 ou 30 m 2 inaugurés en novembre dernier.

Au quotidien, Khalida et Cherifa, deux sœurs de 38 et 32 ans, apprécient :

« On cultive nos légumes. Ils sont bien meilleurs et moins chers qu'au marché ! On rencontre nos voisins, on échange. »

Encore peu nombreux – 1 200 à 1 500 par an – les chantiers d'autoréhabilitation s'adressent à des familles modestes ou en grande difficulté sociale : smicards, bénéficiaires de minima sociaux, femmes isolées avec enfants, etc… Encadrées, elles apprennent à peindre ou poser un revêtement de sol pour améliorer leur habitat dégradé. Le but : « Refaire son intérieur pour se reconstruire. »

Depuis septembre 2010, l'Association des compagnons d'Ile-de-France assure l'accompagnement technique et social du projet porté par la mairie de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Le référent, Pascal Quijoux :

« Le dispositif est continu et permanent. Ces chantiers redynamisent les personnes, les aident à mieux cohabiter. On constate qu'elles se prennent en main, se réorientent vers l'emploi, obtiennent de leur bailleur un appartement plus grand, etc. On ne donne rien, on motive les gens à devenir acteurs de leur (ré)insertion. »

Concilier encadrement technique et accompagnement social s'avère complexe. D'où un coût relativement élevé : de l'ordre de 120 000 euros pour douze à quinze familles aidées. Les institutions financent peu ces actions qui n'ont pas pour finalité première l'accès ou le retour à l'emploi.

Ce qu'il reste à faire

Les responsables politiques ont encore du mal à intégrer les ressources de l'autoproduction dans la mesure du niveau et de la qualité de vie des personnes, et donc à accepter l'idée que la collectivité prenne en charge ce qui est fait par soi-même, pour soi-même.

Pourtant, en 2009, un rapport du Conseil d'Etat, « Droit au logement, Droit du logement », préconisait le recours à l'autoproduction pour l'entretien et la gestion quotidienne des logements.

Le guide de l'autoréhabilitation par l'Union nationale des centres communaux et intercommunaux d'action sociale, UNCCAS.De son côté, le Labo de l'ESS présente et met en débat « 50 propositions pour changer de cap », parmi elles le recours à l'autoproduction partagée comme un moyen de développement des circuits courts solidaires.

Cependant, c'est bien en multipliant les initiatives réussies comme à Bordeaux, Le Havre, Perpignan ou Les Mureaux, que l'autoproduction accompagnée prouvera son utilité sociale et technique, et donc sa légitimité à intégrer les politiques publiques. (Télécharger le guide de l'autoréhabilitation par l'Union nationale des centres communaux et intercommunaux d'action sociale, UNCCAS)

► L'Autoproduction accompagnée de Guy Roustang et Daniel Cérézuelle - éd. Erès - 2010 - 208 pages - 23 euros.

Photo : une trousse à couture (photographerpandora/Flickr/CC).

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Mitsuko 15/05/2011 17:29



Bonjour Dan,


Moi, je serai bien partante pour ce "si on apprenait à autoproduire" ... évidemment que ça marcherait formidablement bien ...


Pas forcemment facile à mettre en place mais ça peut le faire vraiment ... en tous les cas, moi,
je vois ça comme ça ...


Bon dimanche à toi, Dan. A bientôt. bises.


Mitsuko 



dan29000 15/05/2011 20:04



Oui je suis en train de lire un bouquin sur le sujet, article en juin, mais je crois que c'est déjà ce que tu fais un peu en montrant des recettes de  cuisine à des voisins...Bonne soirée



Keruzien 15/05/2011 12:24



Ca me semble une très bonne idée, pas forcément facile à mettre en oeuvre. Quand j'étais gamine on apprenait la couture à l'école (pour les garçons je sais pas), je doute que ça se fasse encore
aujourd'hui alors qu'on pourrait y ajouter des base de bricolage, jardinage, cuisine. Ma mère cousait, tricotait pour nous habiller, elle faisait ça le soir, le week-end, ça allongeait les
journées de boulot, elle le faisait parce qu'il n'y avait pas d'argent pour acheter les vêtements. Avec les "30 glorieuses" ça a changé, et consommer est un moyen de montrer qu'on n'est pas
pauvre.
Même si autoproduire me parait important pour sortir de ce toujours plus, arriver à casser l'image "on le fait parcequ'on est pauvre" n'est pas facile et pourtant nécessaire.



dan29000 15/05/2011 14:44



Bien d'accord et on va en reparler en juin lors de notre critique d'un bouquin intitulé, l'autoproduction accompagnée, vraiment intéressant...