Famine en Afrique et spéculation des banques sur les récoltes (G20)

Publié le par dan29000

 

Les banques spéculent aussi sur les récoltes

Jean-Pierre Alliot - Tribune | Marianne 2


Alors que la famine fait rage en Afrique, le G20 s'est réuni le 23 juin dernier pour tenter d'organiser la spéculation sur les marchés agricoles, c'est-à-dire pour y permettre des profits, juge Jean-Pierre Alliot.



 

Douze millions de personnes touchées par la sécheresse et la famine en Afrique, dans les pays de la Corne, Somalie, Kenya, Djibouti, Ouganda et Soudan. La FAO, l’organisation de l'ONU chargée de l'alimentation et de l'agriculture a réclamé, le 20 juin, cent vingt millions de dollars supplémentaires pour leur venir en aide. L’urgence est indéniable et la tragédie est d’autant plus révoltante qu’une question se pose : combien de ces millions alimenteront la spéculation ? Car nous n’avons plus seulement affaire aux circuits locaux de corruption par lesquels les autorités et mafias locales détournent une partie de l’aide internationale. Depuis quelques années, la spéculation sur les produits agricoles a atteint des proportions qui provoquent la panique dans les sommets des États les plus puissants de la planète.

Pour favoriser le commerce international, les institutions de la finance et de l’assurance ont créé des instruments financiers, les dérivés de matières premières. À l’origine ce n’étaient que des instruments de couverture contre le risque. Ils sont devenus progressivement des instruments de placement financier, qui s’achètent et se vendent. Les volumes de transactions qu’ils provoquent ont pris une importance qui dépasse sans doute bien des prévisions. Et le plus grave, c’est qu’ils sont de plus en plus souvent déconnectés des échanges réels de matières premières. À la bourse de Chicago, il s’échange chaque année sur les marchés dérivés l’équivalent de quarante six fois la production annuelle mondiale de blé.

Intéressant mais inquiétant, pour les grandes puissances. Et pour les institutions financières privées qu’elles représentent et dont elles prétendent organiser la concurrence. Aussi le G20 a-t-il lancé, le 23 juin dernier une initiative pour  tenter d’organiser la spéculation sur les marchés agricoles. L’accord signé entre les ministres de l'Agriculture porte officiellement sur la lutte contre la volatilité des prix des produits agricoles. Audace des audaces, les ministres ont reconnu « la nécessité de mettre en place sur les marchés des matières premières agricoles des règles de fonctionnement nouvelles » afin de lutter contre « les abus de marché ». Sur cette lancée, ils ont « fortement » encouragé les ministres des finances du G20, qui doivent se retrouver à l'automne, « à prendre les décisions appropriées pour une meilleure régulation et supervision des marchés financiers agricoles ». Depuis des décennies, à chaque crise, à chaque explosion de bulle financière, de telles promesses sont lancées en même temps que des programmes d’austérité pour les populations.

De subtiles tractations ont été menées la semaine dernière à Berlin et à Bruxelles pour savoir qui, des banques françaises ou allemandes, va accaparer, et à quel prix, les richesses de la nouvelle colonie que devient la Grèce. Elles montrent à quel point il est possible de faire confiance aux États et à leur Union pour développer, dans le fracas harmonieux de la guerre économique, la concurrence « libre et non faussée », aux dépens des peuples. Si eux-mêmes, les premiers intéressés, n’y mettent pas bon ordre, on ne voit pas comment, la finance pure ayant montré ses limites, les banques ne s’attaqueraient pas maintenant à grande échelle, en même temps qu’à la Grèce, à l’un des acquis premiers de la civilisation, l’agriculture.



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