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mardi 9 octobre 2012 à 20.35

Le Monde en face


Cinq Caméras brisées, une histoire palestinienne


Documentaire


A la naissance de son quatrième enfant, Emad reçoit une caméra pour filmer ses proches et le début du conflit. Pendant cinq années, il brosse ainsi le portrait des siens, famille et amis, tels qu’ils sont affectés par ces événements. Cinq années d’une chronique intime de la vie d’un village plongé dans un affrontement de tous les instants. Emad a en tout utilisé cinq caméras, chacune s’étant brisée au cours de différents incidents. L’une d’elles a même protégé le paysan-cinéaste d’une balle qui aurait pu l’atteindre à la tête. Chacune de ces caméras rend compte d’un chapitre de la longue marche pour la justice des habitants de Bil’in : les manifestations, les arrestations, l’accident grave d’Emad, la mort des amis, les espoirs… Emad filme sans relâche pour témoigner, pour la mémoire de son village. De sa rencontre avec Guy Davidi, réalisateur israélien qui connaît bien Bil’in, naît Cinq Caméras brisées, un film d’auteur primé dans de nombreux festivals.

Une production Alegria Productions / Burnat Films Palestine / Guy DVD Films, avec la participation de France Télévisions
Année 2011

Déconseillé aux moins de 10 ans

Magazine
Format 40'
Présentation Carole Gaessler
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Entretien avec Emad Burnat, réalisateur

sites/documentaires.france5.fr/files/CINQ_CAMERAS_EMAD_BURNAT_200.jpgVous rappelez-vous le premier jour où vous avez filmé ?
Emad Burnat :
Je m’en souviens très bien : c’est au moment où les bulldozers israéliens sont entrés dans le village pour construire le mur et où ils se sont mis à abattre les arbres. Ce même jour, mon fils Gibreel venait de naître et un de mes amis m’avait offert une caméra. J’ai donc commencé à filmer les événements du village et, en même temps, mon fils.


A quel moment avez-vous senti que filmer était essentiel pour vous ?
E. B . :
Quand j’ai décidé de prendre ma caméra pour filmer la lutte de mon village, c’était ma façon de participer à la résistance. Pour plusieurs raisons : informer, protéger les gens autour de moi, proposer des séquences aux médias…


Au bout de quelques semaines, j’ai songé à réaliser un film sur mes amis. Je voyais les journalistes étrangers rendre compte des manifestations et j’ai pensé que je devais parler, moi, de mon village. J’ai donc commencé à concentrer mon objectif sur mes amis, sur ma famille et mon fils Gibreel qui grandissait. Je n’ai pas voulu faire de documentaire politique, mais filmer ma vie quotidienne de mon point de vue, avec une approche plus humaine.

Comment ont réagi vos amis et les habitants du village ?
E. B . :
J’étais le seul à avoir une caméra, et ils se sentaient en sécurité avec moi car ils me connaissaient. J’étais toujours avec eux et, d’une certaine manière, je les protégeais, car la présence de la caméra a parfois empêché les soldats israéliens d’utiliser la violence.


Il y a des scènes fortes dans le film, de tristes moments de votre vie… Comment la caméra vous a-t-elle aidé à les traverser ?
E. B . :
La caméra a été un témoin très important au cours de ces sept dernières années. Une fois, elle m’a même sauvé la vie. Mais ce n’a pas toujours été le cas.


Ainsi, les balles ont cassé certaines de mes caméras et, le jour où j’ai été arrêté, c’est parce que je filmais. Donc, parfois ma caméra a été une alliée, et, à d’autres moments, elle a provoqué des situations douloureuses pour ma famille et moi.

Pourquoi avez-vous remplacé chacune de ces cinq caméras brisées ?
E. B . :
Je suis très lié à ma caméra, j’ai passé beaucoup de temps de ma vie à filmer, à monter et à dépenser de l’argent pour la réparer. Je me suis donné pour devoir et responsabilité de filmer, donc chaque fois que l’une d’entre elles a été détruite, j’en ai acheté ou retrouvé une autre.


Comment avez-vous rencontré Guy Davidi et travaillé avec lui ?
E. B . :
Il était un membre actif dans la lutte contre le mur et venait régulièrement aux manifestations ; il a vécu dans le village aussi. Après avoir accumulé des rushes pendant cinq ans, je l’ai appelé car j’avais besoin d’un professionnel pour me permettre de réaliser mon projet. Il m’a donné d’excellentes idées pour construire le film, sélectionner les images et permettre qu’il soit bien compris par un public étranger.


Puis nous avons rencontré Serge Gordey, et il y a eu un long processus de montage, notamment avec la monteuse française qui a apporté un autre regard.

Votre documentaire a déjà été salué par de nombreux professionnels et par le public de nombreux pays. Quel est votre sentiment ?
E. B . :
Au début, je n’imaginais pas que cela puisse arriver. Mais quand j’ai vu les réactions et l’émotion du public après les premiers festivals, cela m’a fait très plaisir et j’ai eu envie que cette histoire, notre histoire, soit davantage connue.


C’est le plus important pour moi, c’est pour cela que j’ai réalisé ce film, pour que l’on comprenne notre réalité et nos problèmes, et pour que cela change.

Aujourd’hui, quelle est la situation à B il’in ?
E. B . :
C’est toujours la même chose. Je continue à filmer, et les gens continuent à protester contre l’édification du nouveau mur.


Même si une partie de nos terres nous ont été restituées, tous les habitants n’ont pas récupéré les leurs. De plus, beaucoup d’arbres ont été détruits par les bulldozers ou brûlés. Les gens sont donc obligés de trouver un autre travail pour nourrir leur famille.

Il faudra encore beaucoup de temps et d’argent pour replanter et pouvoir recommencer à cultiver et récolter.

Propos recueillis par Anne-Laure Fournier

LES CREDITS

Realisateur : EMAD BURNAT / GUY DAVIDI
Production : ALEGRIA PRODUCTIONS/BURNAT FILMS PALESTINE/ GUY DVD FILMSFilms, a
Participation : FRANCE TELEVISIONS
Soutien : ITVS INTERNATIONAL
adminwikifr5
Posté par : adminwikifr5
Le : 21 septembre 2012
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La liste des prix

Le film de Guy Davidi et Emad Burnat a déjà récolté une moisson de prix internationaux, dont celui de la réalisation du documentaire international au Festival de Sundance 2012, le principal festival américain de cinéma indépendant et l’un des principaux au monde. En août 2012, Cinq Caméras brisées a été diffusé pour la première fois en Israël, sur Channel 8. Voici la liste complète des récompenses reçues.

• Prix de la réalisation documentaire au Festival de Sundance 2012
• Prix du meilleur documentaire au Jerusalem Film Festival 2012
• Prix Louis Marcorelles au Cinéma du réel 2012, festival international de films documentaires, Paris
• Prix spécial du jury et Prix du public au Festival international du documentaire d’Amsterdam (IDFA) 2011
• Prix du meilleur documentaire au Rooftop Films 2012, New York
• Prix du meilleur film au Traverse City Film Festival 2012, Etats-Unis
• Prix du public au Sheffield Doc/Fest 2012
• Grand Prix du jury à l’Open City Docs Fest 2012, Londres
• Prix de la réalisation au One World 2012, festival international du film sur les droits de l’homme, Prague
• Prix Stephen Jarl du meilleur documentaire international au festival Tempo 2012, Stockholm
• Prix du meilleur documentaire à l’Eurodok Film Festival 2012, Norvège
• Prix des étudiants et Prix du meilleur réalisateur au Movies that Matter 2012, festival de films sur les droits de l’homme, La Haye
• Prix du meilleur documentaire au Durban Film Festival 2012, Afrique du Sud
• Prix du meilleur documentaire au Yerevan International Film Festival 2011, Arménie
• Prix du public à l’IFI Stranger Than Fiction 2012, festival du film documentaire de Dublin
• Grand Prix Millennium et Prix The Marshall of Lower Silesia au Planete+ Doc Film Festival 2012, Pologne
SOURCE / FRANCE 5
Tag(s) : #écrans

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