Grèce : les "Indignés" toujours là : "on ne doit rien, on ne vend rien, on ne paie rien"

Publié le par dan29000

 

 

 

 

Bras de fer entre les « indignés » grecs et la troïka FMI-UE-BCE

En Grèce, la grande épreuve de force est engagée. A droite du ring, la troïka formée par le Fonds monétaire international (FMI), l'Union européenne et la Banque centrale européenne (BCE) ; à gauche, des milliers d'indignés (« aganaktismeni », en grec), qui se rassemblent chaque soir et chaque dimanche devant le Parlement à Athènes.

Dimanche, ils étaient encore 15 000, selon la police, à manifester sur la place Syntagma. Leur slogan :

« On ne doit rien, on ne vend [privatise, ndlr] rien, on ne paye rien. » (Voir la vidéo)


Le 5 juin, environ 100 000 personnes criaient leur refus des remèdes dictés par la troïka, et qui affecteront directement le niveau de vie des Grecs. D'autres manifestations ont eu lieu dans des dizaines d'autres villes.

A la façon des « indignados » de la Puerta del Sol à Madrid (qui viennent de lever le camp), les « indignés » grecs ont transformé la place Syntagma en vaste agora protestataire et festive. (Voir la vidéo d'Euronews)


Hausses d'impôts, coupes budgétaires et privatisations

L'enjeu de cette crise, c'est le nouveau plan d'austérité que le gouvernement entend mettre en œuvre. Les manifestants appellent à la grève générale mercredi, jour du début du débat parlementaire sur le sujet. Une chaîne humaine est prévue ce jour-là pour encercler le Parlement. Le gouvernement prévoit un vote du plan le 28 juin.

Le nouveau plan rend plus sévères encore les mesures d'austérité votées il y a un an :

  • nouvelles hausses d'impôts,
  • nouvelles coupes claires dans les budgets.

Au total, 28,4 milliards d'euros d'économies sur cinq ans. De nombreuses privatisations sont également prévues dans les secteurs de l'énergie, des transports, et des banques ; elles doivent rapporter aux caisses de l'Etat 50 milliards d'euros.

Le plan est porté par le Premier ministre socialiste Georges Papandréou, mais se heurte au refus des syndicats et d'une partie de son propre parti, le Pasok. Selon Papandréou, cette nouvelle cure est indispensable pour éviter le défaut de paiement de la Grèce : selon les prévisions, la dette publique grecque atteindra 362 milliards d'euros cette année (159% du PIB), contre 300 milliards d'euros en 2009 (127% du PIB).

Pressions internationales et couacs européens

Les pressions internationales sur Papandréou sont très fortes : un défaut de paiement menacerait la stabilité financière dans toute l'Europe. De leur côté, les Européens ne sont pas toujours d'accord entre eux sur la façon de résoudre la crise. Un consensus se dégage sur la nécessité d'un nouveau plan d'aide, mais de quelle ampleur ?

Une dispute feutrée a par ailleurs lieu entre l'Allemagne, représentée par le ministre des Finances Wolfgang Schäuble et la Banque centrale européenne, présidée par Jean-Claude Trichet, sur la façon de traiter la dette grecque.

Pour Schäuble, les contribuables européens ne doivent pas être les seuls à supporter l'effort : les acteurs privés doivent prendre en charge une partie substantielle du sauvetage (il propose d'allonger à sept ans la maturité de leurs créances) ; mais Trichet demande aux pays européens de résister à la proposition allemande, qui serait considérée par les agences de notation financière comme une faillite, et donc ne ferait qu'empirer les choses. Pour lui, une telle restructuration serait une « énorme erreur ».

Il faut dire qu'une restructuration de la dette grecque fragiliserait la BCE elle même : elle a acheté pour 190 milliards d'euros de titres de dette grecque.

Cette dispute rend nerveux les marché, ce qui créé des tensions sur les taux d'intérêts et risque de retomber une fois de plus sur la tête des Grecs. Sur le marché des « swaps », on estime désormais que les chances d'éviter la faillite de la Grèce n'excèdent pas 25%…

L'heure est grave : les ministres des Finances européens doivent se retrouver ce mardi, pour une réunion non programmée, en vue d'éviter une catastrophe. Le sort de la Grèce sera au cœur des discussions du sommet européen qui doit se tenir les 23 et 24 juin à Bruxelles.

Des manifestants internationalistes… et nationalistes ?

Pour les manifestants, c'est un dictat qu'on entend encore imposer à leur pays. Ils constatent que les créances contractées n'ont souvent rien apporté de positif aux Grecs, et jugent donc scandaleux de faire retomber sur le peuple les conséquences de la crise financière à laquelle elles ont conduit.

Ils réclament l'annulation d'une partie de la dette. Cela pourrait passer, pour commencer, par un audit : en mars, un appel a été lancé pour la constitution d'une commission publique chargée d'enquêter sur la question. Seules les dettes « légitimes », celles qui ont été contractées dans l'intérêt de la nation, devraient alors être honorées. Des économistes et des personnalités politiques du monde entier soutiennent cette initiative.

Devant le parlement grec, tout en brandissant des drapeaux tunisiens ou espagnols, le mouvement de protestation prend des tournures anti-européennes, voire nationalistes. L'UE n'est plus perçue comme une chance pour la Grèce, mais comme un piège « néolibéral » à rejeter. Le mouvement, plus radical que celui de la Puerta del Sol, reste brouillon, même si les différents mouvements qui le composent se sont partagé l'espace, constate Yorgos Mitralias, animateur du comité grec contre la dette :

« Il y a eu une clarification du paysage politique de la place de Syntagma, la droite et l'extrême droite populaire étant représentées parmi la foule en haut de la place, juste devant le Parlement, et la gauche radicale et anarchisante occupant la place elle-même, contrôlant l'assemblée populaire et le campement permanent. »

La gauche radicale, ajoute Mitralias, domine cependant encore largement le mouvement, le colorant « d'un rouge profond ».

 

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