La secte Opus Dei sévit toujours dans une école

Publié le par dan29000

Une école dans la main de l'Opus Dei 

 par Bérénice Rocfort-Giovanni     

Trois membres de l'Opus Dei étaient jugés pour "travail dissimulé" et "rétribution contraire à la dignité". Ils ont été relaxés, mais le parquet a fait appel.

 

A quelques kilomètres de Soissons, dans la plaine picarde, une bâtisse austère surgit du brouillard. L'école hôtelière de Dosnon, dirigée par un membre de l'Opus Dei, l'organisation catholique ultraconservatrice, est au coeur du procès qui s'est tenu en septembre, et dont le jugement vient d'être rendu. Ils étaient trois de l'Opus Dei à être poursuivis pour "travail dissimulé" et "rétribution contraire à la dignité". Ils ont été relaxés. Mais ni la directrice, Claire Bardon de Segonzac, ni la secrétaire du château de Couvrelles, attenant à l'école, Agnès Duhail, ni le trésorier de l'Association culturelle universitaire et technique, Francis Baer, dont dépend l'établissement, n'en ont fini avec la justice. Le parquet, qui avait requis de lourdes amendes à leur encontre, a fait appel.

A l'origine de la procédure, Catherine Tissier, 39 ans. La jeune femme était élève, puis employée de l'Ecole Dosnon. Quand elle l'a quittée en 2001, à bout de forces, elle ne pesait plus que 39 kilos. A la barre, elle a raconté d'une voix fluette les journées passées à faire le ménage jusqu'à 21 heures et à s'occuper du linge, sans répit aucun, même les week-ends. Bien que la présidente du tribunal se soit refusé à faire le procès de l'Opus Dei, la "pieuvre de Dieu" était omniprésente dans les débats.

La directrice est soutenue par de nombreuses élèves

Au sein de l'"Œuvre", Catherine Tissier avait le statut de "numéraire auxiliaire", soit une fidèle "qui se consacre principalement aux travaux domestiques". Dénonçant une situation de "dépendance économique", elle a déclaré : "Au bout de dix ans, je n'avais plus que 10 euros sur mon compte." Fragile, dépressive, on la conduisait régulièrement chez un médecin, membre de l'Oeuvre. "Il me bourrait de cachets", affirme-t-elle. "L'Opus Dei n'influence en aucune façon l'organisation de l'école, même s'il y règne une ambiance chrétienne", se défend Claire Bardon de Segonzac. A Dosnon, chaque pièce a son crucifix. Dans la chapelle trône le portrait de Josemaría Escrivá de Balaguer, ce prêtre espagnol, fondateur de l'organisation en 1928, qui disait à ses ouailles : "Humilie-toi : ne sais-tu pas que tu n'es que la poubelle ?" La directrice, qui revendique 100% de réussite dans son école, a reçu le soutien de nombreuses élèves. Mais, au tribunal, deux anciennes pensionnaires ont décrit, des larmes dans la voix, "la saturation physique et mentale" qu'elles éprouvaient à Dosnon. Catherine Tissier a elle aussi fait appel.


Bérénice Rocfort-Giovanni - Le Nouvel Observateur

Article paru dans l'hebdomadaire du 1er décembre 2011

Publié dans actualités

Commenter cet article