Le budget de la défense n'a rien de sacré, malgré l'offensive des lobbies

Publié le par dan29000

Réponse aux lobbies : non, le budget de la Défense n’est pas sacré

Pierre Haski | Cofondateur Rue89
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Capture d’écran de l’éditorial du Monde paru ce mardi (LeMonde.fr)

 

 

 

Il est en France un lobby plus fort que les autres : celui du budget de la Défense. Vous n’avez pas pu le rater : depuis quelques jours, les grandes orgues sont en action pour mettre en garde les Français contre les conséquences des arbitrages que s’apprête à rendre le président de la République sur les dépenses militaires françaises pour les années à venir.

Vous n’entendrez assurément pas crier aussi fort au « déclassement » de la France, comme le fait dans son éditorial en première page Le Monde de ce jour, lorsque les coupes budgétaires touchent aux secteurs sociaux, lorsque les services publics disparaissent de certains territoires, ou lorsqu’on réduit le nombre de banlieues prioritaires pour l’adapter aux possibilités budgétaires au lieu de faire l’inverse.

Négocier le déficit à Bruxelles ?

Les promoteurs d’une « sanctuarisation » des dépenses militaires ont trouvé un nouvel argument imparable auprès de l’opinion : puisque la France consacre une part plus conséquente de son produit intérieur brut à la défense que les autres pays européens, négocions un droit à déficit accru auprès de Bruxelles !

Ainsi, la France deviendrait la « garde suisse » de l’Europe, le pays qui irait chasser le terroriste dans le désert au nom de tout un continent ayant démissionné de ses responsabilités militaires. Et en échange, ses partenaires fermeraient les yeux sur 0,5 ou 1% de déficit en plus des 3% prévus...

Cette idée défendue par des élus et par une partie de la presse, a l’allure de la bonne trouvaille de consultants au service du lobby des dépenses militaires, et ne tient pas la route d’un examen plus précis.

D’abord parce que la France n’intervient pas « au nom » de l’Europe mais le plus souvent unilatéralement, comme ce fut le cas au Mali et comme elle menace de le faire en armant l’opposition syrienne contre l’avis de ses partenaires, Britanniques exceptés.

Ensuite parce qu’on peut se demander si c’est vraiment un bon calcul pour un pays comme la France de faire dépendre son « rang » international de sa seule capacité de projection militaire, sans autre réflexion.

Vrais-faux débats

Les cris d’orfraie lancés par avance par les défenseurs de la sanctuarisation occultent le débat qui n’a pas lieu sur la place, le format, et les missions de la défense nationale en France, son rôle dans une Europe de la défense inexistante, et dans le monde actuel.

Pas plus que ce débat n’a eu lieu lors de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’Otan, décidée par Nicolas Sarkozy et confirmée en douceur par son successeur en s’abritant derrière un rapport résigné d’Hubert Védrine.

Par exemple, un ancien ministre de la Défense socialiste, Paul Quilès, défend l’idée, et il n’est pas le seul, qu’il faudrait en finir avec l’arme nucléaire française, qui gèle à elle seule une partie importante du budget de la Défense. Ses arguments ne manquent pas de poids, mais le débat autour des dépenses militaires se déroule comme s’il était déjà tranché avant même d’avoir eu lieu.

De même, ceux qui agitent les conséquences industrielles, et donc pour l’emploi, d’une baisse des dépenses militaires françaises, sont-ils prêts à une analyse critique des grands programmes d’armement ? Le Rafale, par exemple, à ce jour jamais vendu à l’étranger (l’Inde, peut-être bientôt...), a-t-il été un atout pour la France, ou pour... Dassault ?

Complexe militaro-industriel

Le « bruit » actuel sur les dépenses militaires est caricatural des faux débats publics en France. Le « complexe militaro-industriel » comme on disait autrefois, brouille tout en agitant la fibre gaullienne qui existe désormais dans l’inconscient collectif français en faisant croire que la « grandeur » de la France, son siège au Conseil de sécurité, et son « rang » dans le monde, dépendraient de son armée.

Il ne s’agit pas ici de douter qu’il existe de réelles menaces dans un monde toujours incertain, que la France ait besoin de préserver un outil de défense nationale. Il s’agit simplement de ne pas se laisser abuser par les arguments de ceux qui, derrière la grandeur de la France, défendent d’abord de solides et pragmatiques intérêts industriels, pour l’essentiel privés.

 

 

 

SOURCE / RUE 89

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